‹ Les médecins moralistesChapitre 4 sur 352 · NOTICE SCR LA VIE ET LES ÉCRITS · texte numérisé non relu

NOTICE SCR LA VIE ET LES ÉCRITS

lissante en le" quittant. Un Irait de lumière venait de traverser son esprit, ou plutôt son cœur : « Le citoyen Carnot est bon, se ditelle; il m’aime bien, il ne me refusera pas la première grâce que je lui demanderai. » Enhardie par celte pensée, elle se fait accompagner par sa mère chez le général. Par malheur, absent dé chez lui, il est allé passer la soirée chez un représentant du peuple ; elle court l’y trouver. Introduite dans le brillant salon où est assis le général, au milieu d’une nombreuse compagnie, elle vient tomber à ses pieds, en s’écriant : « Grâce! grâce ! — Mais que me veux-tu, chère enfant? dit celui-ci avec bonté. — C’est un brave soldat qu’ils vont fusiller, parce qu’il a été trop vif envers son supérieur ! Oh! non, vous ne le laisserez pas mourir ainsi ; prometlez-le-moi, mon cher Carnot. » Et, pendant ce temps, elle ne lâchait pas les mains du général, qui , vaincu par tant de candeur, envoya un de ses aides de camp chercher les dépêches prêtes à partir pour le ministère de la guerre. Le pauvre soldat fut sauvé.

Mariée à quinze ans à l’excellent M. AVoillez, commandant du génie, elle put, à Ypres et à Namur, favoriser la rentrée de plusieurs émigrés dont les jours se trouvaient gravement compromis. Sous l’Empire, étant retournée à Saint-Omer, pendant que son mari se distinguait â l’armée d’Allemagne, madame 'Woillcz se retira du monde pour consacrer son temps à l’éducation de ses deux enfants et aux œuvres charitables que lui permettait sa position. Ne pouvant guère aider de sa bourse les infortunés, elle leur prodiguait des consolations et de bons avis, puis se constituait le secrétaire de toutes les veuves qui n’auraient pu rédiger convenablement leurs suppliques à l’Empereur.

Frappé de la clarté et de la brièveté chaleureuse du style dans lequel ces pétitions étaient rédigées, Napoléon dit un jour au grand chancelier de la Légion d’honneur ; « Voilà bien des fois que je reçois des demandes composées et écrites par l’auteur de ces lignes; vous me direz très prochainement à qui appartient celte grosse écriture. » Après quelques jours de recherches, M. de Lachaise, préfet du département du Nord, instruisait M. de Lacépède, et celui-ci, l’Empereur, que la femme du commandant AVoilIez était l’auteur des pétitions qui avaient attiré l’attention de Sa

DE MADAME W01LLEZ.

Majesté. » C’est bien là le style d’une femme de sens et de cœur, •> repartit Napoléon. Depuis ce jour, la grosse écriture fut constamment heureuse dans ses demandes pour les veuves de militaires.

En 1817, quand on organisa les Bureaux de Charité à Paris, le vénérable abbé de Carron (de Rennes) fil attacher madame Woillez au quartier le plus nécessiteux du XIIe arrondissement, et il l’employa comme une de ses actives coopératrices. On sait que la sœur Rosalie, madame AVoillez et madame Descuret y furent pendant un grand nombre d’années la seconde providence des malheureux. Les bienfaits journaliers de madame Woillez ne s’arrêtaient pas aux limites de son arrondissement : de tous les points de la grande cité, on s’adressait à elle ; unissant alors ses efforts à ceux de la sainte fille de M. Rendu, elle procurait à l’un une place, à l’autre un secours pécuniaire, à un troisième une puissante recommandation pour un avancement mérité; enfin, à un condamné, une commutation de peine, quelquefois même une grâce entière du roi.

Singulière coïncidence I Par une sombre nuit d’hiver, M. Woillez rentrait chez lui, vers onze heures, lorsque, passant devant la rue des Deux-Églises, aujourd’hui rue de l’Ahbé-de -l’Épée, il entend des cris plaintifs poussés par un jeune ouvrier que deux malfaiteurs serraient à la gorge pour le dévaliser. N’ayant pour toute arme qu’une clef, mais prenant une voix tonnante, l’ancien officier s’élance sur ces misérables, qui se hâtent de prendre la fuite. « Merci, mille fois merci, » s’écrie le jeune homme pénétré de reconnaissance et ignorant que son libérateur est le mari de la dame de charité qui, l’année précédente, l’avait soustrait à une peine afflictive. M. Woillez venait en effet de sauver la bourse et peut-être les jours d’un étourdi à qui madame Woillez avait sauvé l’honneur.

Vers la fin de la Restauration, le fils d’un vénérable magistrat venait cl être condamné aux travaux forcés pour crime de faux. Ce jeune homme, plus imprudent que vicieux, attendait à Bicêlre le départ de la chaîne, quand madame Woillez écrivit en sa faveur à un certain personnage qui avait partout ses petites entrées. « Vous qui êtes sans doute Y ami du bon Dieu , lui disait-elle, allez dès ce malin, non vers le ministre, mais jusqu’au roi; puis, séance

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