‹ Les médecins moralistesChapitre 5 sur 352 · NOTICE SCR LA VIE ET LES ÉCRITS · texte numérisé non relu

NOTICE SCR LA VIE ET LES ÉCRITS

tenante, obtenez une commutation de peine pour mon malheureux protégé. » Touché d’un simple billet écrit à la hâte, Charles X promet la commutation. Dans la même journée, se rendant à Bicêtre, l’heureuse postulante annonçait au prisonnier la clémence royale dont il était l’objet, et, en outre, son placement prochain dans une maison de santé.

Décidément, la grosse écriture savait remuer le cœur des souverains; et pourtant, la tourmente révolutionnaire n’avait pas permis à madame Woillez d’assister longtemps aux leçons des Ursulines. Par bonheur, les lectures de sa jeunesse avaient été dirigées par le père Derlange, ancien répétiteur de Marie-Thérèse d’Autriche, et ce fut sans doute cette habile direction qui donna à l’élève ce goût si prononcé pour les belles-lettres, que les anciens appelaient judicieusement les bonnes lettres. Plus tard, pour .ajouter à l’aisance de sa famille, et surtout pour complaire à son gendre, qui était pour elle un fils bien-aimé, l’ancienne élève du père Derlange se livra à la composition d’ouvrages moraux, presque tous courounés d’un brillant succès, et qui ont puissamment contribué à raffermissement de la foi.

En 1 8 q 6 , madame AVoillez, qui avait perdu son mari et son fils, s’était retirée à Châtillon-d’Azergues. Là elle continua d’écrire pour l’éducation de la jeunesse, et, de concert avec sa fille et le bon curé Lavaure, elle coopéra à bien des améliorations ainsi qu’à la fondation d’une bibliothèque paroissiale, dans laquelle figurent les seize volumes qu’elle a publiés à Paris, à Tours et à Lyon, de 1831 à 1856.

Arrivée à l’âge de soixante-quinze ans, mais ne pouvant se condamner à un repos stérile, elle entreprit une longue suite de lectures médicales, et, abeille infatigable, parvint à composer le recueil intitulé les Médecins moralistes , dernier labeur qu’elle n’eut pas la satisfaction de voir imprimer. Le 11 novembre 1859, les lettres chrétiennes faisaient une perte à jamais regrettable : la veuve de M. AVoillez, notre mère chérie, succombait à la suite d’une opération douloureuse et de chagrins trop vivement sentis. Tous ceux qui la connaissaient intimement ont pu apprécier la richesse de sa nature comme cœur, comme intelligence.

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comme prudente et charitable conciliation. La vie et les écrits de cette femme remarquable laissent h la société une suite non interrompue de bonnes œuvres et de bons exemples. Quant à l’éducation de ses enfants, celle de sa fille est restée son plus bel ouvrage. Sa fin éminemment chrétienne a été le couronnement d’une longue existence employée à travailler, à prier, à faire le bien, puis à pardonner.

Si répandre nos bienfaits sur les malheureux est du bonheur, les répandre sur nos ennemis est un triomphe. Ces douces et célestes victoires, personne n’en gagna peut-être autant et avec moins d’effort que madame Woillez, dont l’âme était naturellement portée a la pitié, à la générosité, à la clémence ! Issue d’un sang plébéien, elle semblait née reine par le cœur, autant que par la distinction de sou port, de sa figure et de son langage.

Près de la chapelle romane du vieux château de Chàtillon-d’Azergues, dans l’ancien cimetière de Saint-Roch, on voit deux tombes presque pareilles, unies, pour ainsi dire, par la croix de pierre qui domine la montagne. La première est celle de l’éloquent et saint abbé Lavaure, dont les Châtillonnais déploreront longtemps la perte. Sur un marbre qui n’est point menteur, se lit l’épitaphe suivante, résumant la vie du zélé missionnaire et du bon pasteur si mal récompensé par les hommes : Il a passé en faisant le bien:

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