CHAPITRE NEUVIÈME
aussi extraordinaire : vous serez alors chrétien! » Grandes exclamations. « Ah! reprit Chamfort, je suis rassuré; si .nous ne devons périr que quand Laharpe sera chrétien; mous sommes immortels. — Pour ça, dit alors madame la iduchesse ..X..., nous sommes bien heureuses, nous autres ffemmes de n’ôtre pour rien dans les révolutions; quand je (dis pour rien, ce n’est pas que nous ne nous en mêlions ttoujours un peu; mais il est reçu que l’on ne s’en prend pas aà nous, et notre sexe — — Votre sexe, mesdames, ne vous een défendra pas cette fois; et vous aurez beau ne vous rmêler de rien, vous serez traitées tout comme les hommes, ssans aucune différence quelconque. — Mais, qu’est-ce que 'rous nous dites donc là, monsieur Gazette? C’est la fin du imonde que vous nous prêchez. — Je n’en sais rien; mais c:e que je sais, c’est que vous, madame la duchesse, vous ï-jerez conduite à l’échafaud, — vous, et d’autres dames avec v/ous, — dans la charrette du bourreau et les mains liées [derrière le dos. — Ah! j’espère que, dans ce cas-là, j’aurai llu moins un carrosse drapé de noir. — Non, madame; de ))lus grandes dames que vous iront comme vous en charrette 'ît les mains liées comme vous. »
De plus grandes dames encore ? — Ici se fit un mouvement (rès-sensible dans toute la compagnie, et la figure du maître i*e rembrunit; on commençait à trouver que la plaisanterie Gîtait forte. Madame ..X..., pour dissiper le nuage, n’iniista pas sur cette réponse , et se contenta de dire du ton le iidus léger : « Vous verrez qu'il ne me laissera pas seulement un confesseur. — Non, madame, vous n’en aurez liias; ni vous, ni personne. Le dernier supplicié qui en aura iiin, par grâce, sera.... » 11 s’arrêta un moment. « Eh
Iitien , quel est donc l’heureux mortel qui aura cette prérogative? — C’est la seule qui lui restera; et ce sera le Roi • e France! »
LE MONDE MAGIQUE
Le maître de la maison se leva brusquement, et tout le monde avec lui. Il alla vers M. de Cazotte, et lui dit avec un ton pénétré : « Mon cher monsieur Cazotte, c’est assez faire durer cette facétie lugubre. Vous la poussez trop loin, et jusqu’à compromettre la société où vous ôtes vous-môme. » — Cazotte ne répondit rien, et se disposait à se retirer; quand madame ..X..., qui voulait toujours éviter le sérieux et ramener la gaieté , s’avança vers lui ; « Monsieur le prophète, qui nous dites à tous notre bonne aventure, vous ne dites rien de la vôtre. » 11 fut quelque temps en silence, et les yeux baissés. « Madame, avez-vous lu le siège de Jérusalem, dans Josèphe? — Oh, sans doute!.,. — Eh bien, pendant ce siège un homme fil sept jours de suite le tour des remparts, criant incessamment d’une voix sinistre et tonnante : Malheur à Jénisnlem ! et le septième jour il cria : Malheur à Jérusalem! malheur à moi-même! et, dans ce moment, une pièce énorme lancée par les machines ennemies l’atteignit et le mit en pièces... » Puis M. Cazotte ' fit la révérence et sortit.
Mais quel était chez ce philosophe l’origine de cette puissance visuelle, de cette vue magnétique ou de ce Voy autisme? car un seul et même principe donne naissance à ces sortes de vue L
Un personnage, et des plus profondément versés que je sache dans les choses et les hommes de l’art occulte, me raconta ce qui suit : Cazotte, ayant publié son léger roman de Magie, reçut un jour une visite. « Oh! monsieur, lui dit son visiteur inconnu, dans vos pages en apparence frivoles, vous avez parlé de choses d’une haute gravité ! Vous les connaissez donc à fond? — Mais que voulez-vous dire? j’ai voulu faire un roman de magie , j’ai lu quelques grimoires , et voilà
1 Voir la Magie au dix-neuvième siècle, ch. xv, étude sur le Voyantisme, le vampirisme fluidique; et ch. xvi, la prison de Woinsbcrg.