‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 106 sur 243 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

• Mainlenant, si l’on se rappelle la mort de Gustave III et le jugement d’Ankarstroem, son assassin, on trouvera plus d’un rapport entre cet événement et les circonstances de cette singulière prophétie. Lejeune homme décapité en présence des états aurait désigné Ankarstroem. Le cadavre couronné serait Gustave III. L’enfant, son fils et son successeur Gustave-Adolphe IV. Le vieillard enfin, serait le duc de Sudermanie, oncle de Gustave IV, qui fut régent du royaume, puis enfin roi, après la déposition de son neveu. ))

(P. Mérimée, de l’Académie, Revue de Paris , v. 4, 1829, p. 255, extraits.)

A la suite de ces trois exemples, où le phénomène de* la vue magnétique, — qu’elle soit artificielle ou spontanée, — s’élève à sa plus haute puissance , contentons-nous d’offrir, à titre de document récapitulatif, une énumération que nous devons aux yeux et à la plume de M. l’abbé Lecanu, vicaire de l’une des paroisses de Paris. Des faits semblables à la plupart de ceux qui sont énoncés dans cette page me sont familiers, et je pourrais au besoin les appuyer de mon propre témoignage.^

« Nous avons vu un magnétisé nous dire l’heure à une montre qu’on lui posait sur la nuque, lire une lettre pliée, cachetée, et placée sous plusieurs enveloppes, en l’approchant de son épigastre; nous l’avons vu lire dans un livre fermé, à la page et à l’alinéa indiqués, rien qu’en posant la main sur la couverture; nous l’avons entendu dire l’ûge, le nom et toutes les qualités accidentelles d’une personne absente et inconnue, en froissant une mèche de ses cheveux : compter l’argent et les objets renfermés dans un meuble dont on lui présentait la clef, lire le nom d’une rue et d’un numéro indiqués Ix cent lieues de distance; décrire par le menu un appartement dans lequel il n’était jamais

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entré ; reproduire à la plume des caractères forces enfermés ’ dans la boîte d’une montre , répondre aux ' pensées de quelques spectateurs qui cherchaient à l’égarer en pensant des choses différentes de la vérité; et nous avons été saisis d’admiration, en présence de telles et de si concluantes expériences*. »

Que dire donc de ces merveilles et de tant d’autres qu’il « nous serait facile de citer à litre d’exemples? Une de nos sciences profanes pourrait-elle nous aider à découvrir dans les ressources accumulées de notre nature la clef de ce^ phénomènes? Non! nullement. [Voir la magie au diæneuvième siècle ^ ch. xii, etc.) Mais, dans le giron même de ce corps doctoral qui nous donne le triste spectacle de ses hallucinations négatives, le nombre est énorme de ceux qui, déclarant une guerre implacable au merveilleux, se bercent du fol espoir d’arracher des entrailles mêmes et des forces vitales de l’homme, la solution de ce magique problème. A l’aspect de chacun de ces faits, nous les enten- , dons, depuis quelque temps, se récrier à l’envi : Mais, en vérité, quoi de plus simple ! 11 n’y a là que du magnétisme!

A merveille ! Mais à ces hommes qui mêlent quelquefois aux ridicules étrangetés de leur hallucination des trésors de science, et dont le mal caractéristique est, lorsqu’ils regardent du côté du surnaturel , ou de ne rien voir, ou de ne' découvrir que la simple et invariable physionomie de la nature, nous nous contenterons de poser cette question - Qu’est-ce donc, s’il vous plaît, que le magnétisme?... Dans la bouche d’un homme avec lequel il faut compter, cette question devient sérieuse et embarrassante®.

1 Hisloirede Satan, Paris, -ISel, p. 430, 440, par M. l’abbé Lccanil, docteur en théologie, membre de plusieurs Sociétés savantes .; livre curieux, mais qui, malheureusement, n’est point irréprochable. Que l’on nous pardonne de le dire.

2 Dans mon livre la Mayie au dix-neuvièîne siècle, ses agents, scs

CIIAriTRE NEUVIÈME.

Qu’il nous soit permis de le rappeler, le magnétisme est, d’abord, ce que niaient et tenaient pour néant, hier encore , les nombreuses écoles hostiles à toute idée de surnaturel. Et, dans ce groupe brillaient la plupart des docteurs de nos facultés, dont le si grand nombre veut, à l’exemple de Baumgarten, le brave médecin de Sa Majesté suédoise Charles XI, que, dans le domaine de la pensée, l’homme de bon sens « dpute de tout, excepté de la médecine! » [Vide supra .) Le magnétisme était, au moins, ce je ne sais quoi dont ils s’elTorçaient de se défaire, en le reléguant dans les profondeurs de l’ombre et du silence; ou, s’il en sortait, en le criblant de leurs sarcasmes. C’était pour eux un visiteur tenace, importun, frappant sans cesse à leur porte, passant au travers, et hantant jusqu’à la ruelle de leur lit : un vrai cauchemar! L’histoire du célèbre rapport, versé dans l’oreille de l’Académie de médecine, par une commission composée de membres d’élite tirés de son sein , mais lestement étoutfée par ses ordres entre deux matelas , voilà le fait qui nous dispense, par sa notoriété, de donner à notre parole un supplément de preuves. M. de Mirville, entre autres, l’a redit d’une manière si piquante et si nette, que nous rougirions de chercher à mieux faire [Esprits ^ ch. Il, troisième édition)-, et nos propres adversaires de la Criticpie française se sont mis sur ce point au diapason môme de notre parole. (iV** du i^jiiin 1861 , p. 567.) » Le magnétisme n’est donc, pour la sorte de savants contre laquelle nous luttons, qu’une chimère.

Mais, ù miracle! voici que, tout à coup, le surnaturel éclate sous le sol qu’il avait sourdement travaillé ! Il fait

vérités, scs mensonges, ch, xii, etc., le magnétisme analysé et examiné dans ses causes et ses etrels, se trouve (Mrc néant, mais seulement en tant fiu’agcnt naturel et fluide sui (femris, ou d’un genre à part. Là nous étudions ses caractères [)liysi(iues, intellectuels, moraux et religieux; c’esl alors (ju’il mérite un nom.

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explosion à la fois sur tous les points de l’Europe. On le voit, on le respire, on le touche, on le proclame : il est ! Dix mille bouches, dix mille échos se renvoient l’un ii l’autre ses hauts faits. Un peu plus, et le public y va croire! Que dis-je? Il se met en train de l’avouer tout haut, de même que jadis il avouait ses croyances. Yite donc, où sont les pompes, l’eau, les courants propres à noyer ces ardeurs antisceptiques? Yite! où donc?... Oh! patience! car, de tous côtés se dressent au sein du public les dénégateurs naguère attitrés du magnétisme, ces mêmes docteurs dont la grave parole, il n’y a qu’un quart d’heure à peine, le huait à titre de chimère.

Eh bien! eh bien! le surnaturel est là qui vous assiège, qui vous presse et vous perfore; il vous poursuit à coups de revolvers; il est là, certes, à ne pas s’y méprendre! Yoilà ce que crient à ces docteurs le nord -et le sud, l’orient et le couchant, en présence des faits qui, par myriades, font éruption jusque sous les pas de la Science^ et dont les malicieuses soudainetés condamnent ceux qui faisaient profession de les nier à vivre de tressaillements.

Le surnaturel! le surnaturel! Oh! sornettes, se hâtent de répliquer ces savants, aussitôt que revient leur aplomb, et qu’ils se supposent redevenus maîtres de leur équilibre; — mais ne voyez-vous point, bonnes gens, que de pied en cap votre surnaturel n’est que magnétisme! Eh quoi! le magnétisme , cette puissance , ce fluide sorti de votre chair ^ ne vous donne-t-il point le mot, le mot unique et vrai de toutes ces énigmes ? — Quelle oreille assez privilégiée pour n’avoir point mille fois entendu ces redites do la palinodie?

D’où' chacun voit que, sous ce règne d’hallucination doctorale, le magnétisme est distinctement aperçu d'abord sous forme de chimère. 11 a pour noms : grimaces, fourberies,

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