‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 109 sur 243 · CHAPITRE'DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE'DIXIÈME

Idées fixes et hallucinations magnifiques de M. le D*’ Calmeil , médecin de Charenton. — Son traité de la folie. — Pour la partie sage du clergé et pour les vrais fidèles, Jésus-Christ, les apôtres et les saints à miracles, ne seraient que des hallucinés. — Exemples et réponses. Hallucination de Rome ou de Charenton. — Mot de Victor Hugo.

Entre les savants de cette pauvre et navrante école , nous ne pourrions sans manquer à notre sujet , nous taire sur celui qui traita la matière môme de ce chapitre , le scabreux sujet de l’hallucination, dans ^on livre de la folie. Cet écrivain est l’un des princes de la science négative 5 or, qui de nous , la louange et le blême aux lèvres , n’a nommé

GHAPITKE DIXIÈME.

ile médecin en chef du célèbre établissement d’aliénés de iCharenton, M. le D*’ Calmeil?

L’œil de ce praticien a, d’un bout à l’autre, scruté le ivaste horizon du Merveilleux. C’est pourquoi, de sa main I habile à juger les maladives agitations du pouls, il prétentdit effacer à jamais des annales de la science le nom du ^Surnaturel; le Merveilleux, qui en est l’épanouissement, m’étant aux yeux de son esprit qu’un rêve de la nature fé- Ibricitante. Telle est Xidée fixe que ce docteur travaille à tfaire passer de son cerveau parmi les vérités de l’école. Et «de la succession de ses stériles efforts répétés par ses imitaiteurs ou ses disciples, ressort la preuve effrayante de l’halllucination de sectes médicales contemporaines qui se sont igroupées autour de son drapeau L

Ainsi donc, d’une part, l’école qu’il nous sera, par laco- :nisme, permis d’appeler du nom de la place forte de son illustre chef : l’école de Charenton ; et, de l’autre, celle du catholicisme! de quel côté la vue faussée? de quel côté la justesse et la santé des yeux ? Usons des nôtres et jugeons :

« A présent, nous dit M. le médecin de Charenton, la i plupart des exemples de visions ou d’apparitions d’anges, de démons , d’ôtres de nature spirituelle qui ont été recueillis depuis le milieu du cinquième siècle jusqu’au quinzième, •sont rejetés par la portion du clergé réputée saqe, et attachée à de saines doctrines théoloyiques. Mais la validité ides témoignages aujourd’hui réputés faux, douteux, ou i attribués par les vrais fidèles à un état d’exaltation maladive de l’imagination, n’était rien moins que suspecte pendant le moyen âge. » V. P*’, p. dOO. Le moyen âge ! c’est •si peu de chose, en effet, que cette époque où triomphe la

* De la folie, etc., depuis la renaissance des sciences en Europe, jusqu’au dix-neuvième siècle, etc., 1845, par le D*" Calmeil, médecin des. aliénés de Cliarenlon. •

LE MONDE. MAGIQUE

postérité de l’école d’Alcuin l'ondée par notre Charlemagne; et il est de si bon goût de déverser le dédain sur ces siècles des Pierre Lombard, des Anselme, des Bonuvenlure et des Thomas d’Aquin! Du temps de ces éminents théologiens et de ces géants de la philosophie ; du temps aussi de ces prodigieux artistes sous le génie desquels les beaux-arts convoqués à l’édification des plus admirables monuments du culte enfantèrent des chefs-d’œuvre restés depuis inimitables, les ténèbres répandues autour de l’intelligence humaine devaient être d’une densité si palpable, n’est-ce pas? Car il est de foi, qu’avant la radieuse ouverture du dix-huitième siècle l’homme que nous appelons aujourd’hui civilisé l’emportait si peu sur le barbare !

Mais aussi, que voulez -vous? sa religion l’abrutissait. « Ses théologiens, s’en laissant imposer par une fausse analogie,... concluaient à tort du particulier au général... Il n’était pas permis à des personnages de leur caractère de révoquer en doute, en jugeant du sens de V Ecriture par la lettre, qu’ Abraham, Loth, Jacob, Tobie , Balaara, que les apôtres eussent été à môme de voir des Esprits et de converser avec des émissaires de Dieu; ils devaient croire que, du temps du Christ, la manie , les convulsions, la frénésie étaient quelquefois causées par l’action de démons sur les appareils fonctionnels; et qu’ alors la fureur pouvait quelquefois tenir sur les animaux à la stimulation des Esprits infernaux; ils devaient enseigner que le diable a pris la forme d’un reptile pour tenter la première femme; que Philippe et le prophète Habacuc avaient été enlevés eu l’air et emportés au loin par les Esprits. Mais ces faits exceptionnels ^ ne les autorisaient pas à soutenir que la plupart des milieux sont occupés par dés Esprits malins ; que

1 Faits que rejette avec tous les autres M. le Calmeil ! (Voir plus bas.)

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