CHAPITRE DIXIÈME
« et d’une haute supériorité d’esprit, » tiennent pour menteurs ou hallucinés Moïse et les écrivains inspirés de la Bible, dont les écrits sont la base môme du catholicisme. Abraham, Jacob, Tobie, puis les apôtres et les saintes femmes, les Pères de l’Église et les historiens les plus graves (P. 94-95), ne sont à son sens que de pauvres malades. Il manquait, hélas! pour leur guérison un de ces médecins d’aliénés que possède le bienheureux asile de Charenton , un de ces puissants docteurs que nous retrouverons tout à l’heure accoudés devant les faits de Morzine !
Et croirons-nous triompher de la crise hallucinative de M. le D'' Calmeil, en répliquant : Mais Isaac naquit de la femme stérile et âgée , de même que Sodome eut sa pluie de feu , au jour dit par les anges ; mais Samuel apparaissant à Saül au foyer de la pythonisse d’Endor rendit un oracle vérifié. (P. 11.) Mais Tobie guérit la vue de son père en le frottant de ce fiel de poisson dont il eut dû nous transmettre quelques gouttes pour les yeux de nos hallucinés; mais, enfin, les portes de fer de la prison de saint Pierre s’ouvrirent d’elles-mômes, et il en sortit au milieu des gardes, ainsi que Notre-Seigneur du tombeau! Oh non! bagatelles que ces faits, et que toute la série des merveilles bibliques rapportées par tout un peuple de témoins!... Et pourquoi? C’est que les yeux de M. le Calmeil ri’y découvrent que néant : c’est que sa bouche les déclare impossibles! Et pour tuer, pour écraser l’histoire, quel amas de témoignages, quelles pyramides, quelles montagnes de faits scientifiques a-t-il soulevés? —
Aucune! Mais il laisse tomber sur elle, de la hauteur de ses lèvres, le poids de ses académiques sentences... L’histoire est-elle morte du coup?
Tout à l’heure, M. le D‘‘ Calmeil s’élevait avec indignation contre ces logiciens malades qui s’arrogent le droit
208 LE MONDE MAGIQUE
insolent de conclure du particulier au général. (P. dll.) Mais, que se permet-il à lui-môme? Cantonné, retranché dans la résidence expérimentale des aliénés , lieu malsain pour l’esprit, et où peut-être un excès de tension intellectuelle a faussé sa vue, oppose-t-il donc autre chose que sa minime et moderne école à l’Église universelle, au témoignage de tous les siècles, le nôtre compris (p. 92), à la vue ferme et précise, à l’assentiment universel du genre humain? “ — Tant de grandeurs auraient-elles à se prosterner devant i’école de Gharenton?,
Aux yeux frappés d’éblouissement halluclnatif de M. le D’^Calmeil, quiconque a vu ce que son mal lui défend de voir est visionnaire. Tels seraient, chez les anciens, Socrate et Dion, Brutus etCassius (p. 101) 5 tels, plus tard, Luther, Mélanchthon, Cardan (p. 140-173, etc,). Mais, le premier rang parmi ces hallucinés appartient, sous sa plume, aux écrivains inspirés de la Bible, aux apôtres, aux Pères et aux docteurs de l’Église, à ces hommes auxquels les coryphées de la philosophie païenne prodiguèrent les marques de leur admiration (Balthus, Rép., ‘1^ partie y p>. 155), et devant qui le monde entier s’inclina, reconnaissant en eux l’expression la plus haute de la sagesse humaine. [Macjie au dix-neuvième siècle y ch. •
Écoutez et voyez! Devant nous comparaissent. saint Antoine, ce grand homme aux pieds duquel s’humiliaient les princes, — et son puissant historien, Athanase, cette lumière de l’Église! Les entendez-vous divaguer à qui mieux mieux! Mais qui donc ou quelle raison nous le prouve? Oh! le voici, nous dit le grand docteur des hallucinés; le premier nous affirme ses visions, — dont les témoins sont innombrables, — et le second démontre la validité de ces ridicules témoignages! Saint Cyprien et saint Jean Ghrysostome ont des yeux qui s’hallucinent; Eusèbe et saint Augustin sont