‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 112 sur 243 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

sujets aux plus étranges accielents du nerf optique; rien de plus sûr, car l’un de ces vigoureux génies se figure voir un ange, et l’autre le fantôme, l’image d’un mort. (P. 98 à 101, ib.') Oh! la folie! Ainsi, sans doute, durent errer les sens de ceux qui virent apparaître et monter aux cieux Notre- Seigneur; de ceux qui le touchèrent, dont les doigts sondèrent ses plaies, et qui reçurent de sa main divine la merveille de sa chair sacrée. Ce fut là toute une légion, tout un monde d’hallucinés!

On a de la peine, ajoute ce malheureux redresseur de la vue commune et du sens commun, « on a de la peine à com- : prendre, en lisant les récits de Bède, de Pierre Damien, de Pierre de Cluny, surnommé le vénérable, d’Hincmar, de Thomas Brabantin , en parcourant un déluge d’histoires conservées dans l’immense recueil des Bollandistes, que l’ab- I négation de tout esprit de critique ait pu être poussé à ce I point et persister aussi longtemps dans tous les rangs du

• clergé )) . (P. 100. Le travail des Bollandistes n'a cessé de ^passer joour un admirable monument de science critique.) 'Yous qui doutez, vous qui supposez quelque exagération

• de notre part, venez entendre ou voir, et recueillez entre (juillemets, dans les paroles de M. le D‘ Calmeil, les leçons de la vraie sagesse. Accourez, oubliez les leçons de Rome (et tournez vos pas raffermis vers Charenton!

A Charenton, en effet, sous la plume du médecin des aliénés, toute perception du Merveilleux n’est plus que maladie, (que fausse sensation , que surexcitation ncirveuse. D’où ce fait (étrange que, plus l’histoire multiplie les merveilles que les deux imains de M. le D"" Calmeil jettent avec tant de mépris et de [prodigalité sous nos pas, plus nous le trouvons intrépide et tfixe dans l’idée parasite qui lui hante et lui travaille le cer- 'veau. Les [)hénomèmes contre lesquels il se roidit et se cguinde ne sont plus que théomanie, lorsque les laits semblent

LE MONDE MAGIQUE

appartenir ù l’ordre divin , ou, si le mauvais esprit en est l’auteur apparent, que démonopathie ! Ainsi lui plaît-il de nommer le mal , tout naturel à son sens , qui cause « surtout le désespoir des filles cloîtrées et leur fait donner le nom de possédées ». (P. 85.) Ce genre d’aliénation mentale s’est, — en effet, — montré partout éminemment contagieux, nous dit- le docteur. Il a infecté presque tous les cloîtres de l’Allemagne C’est lui qui a rendu si malheureusement

célèbres les Ursulines de Loudun et les religieuses de Louviers... Mais comment n’en serait-il point ainsi? (P. 86, ib.) Car « les théologiens font jouer aux démons le rôle que Capron attribue aux esprit animaux ». (P. 118, ib.) Ils lui font donc honneur des épidémies d’hallucinations a provenant des organes génitaux », ils le voient présider aux « épidémies de suicide » (p. 118, ib.), et le reconnaissent pour auteur des fausses sensations épidémiques que l’histoire a « notées dans les grandes calamités de peste ». (P. 19, ib.)

Car, dans la peste de Césarée, par exemple, poursuit le même docteur, tout scandalisé de la manière affirmative dont avaient fonctionné les yeux du public, « on crut, à diverses reprises, voir des spectres entrer et errer dans les maisons. Dans une peste qui éclata en Égypte du temps de Justinien, on crut voir voguer sur la mer des barques d’airain montées par des hommes noirs qui n’avaient plus de tôles. Dans une épidémie qui désola Constantinople, on croyait voir courir d’une habitation à l’autre des hommes vêtus de noir, qu’on prenait pour des dénions, et auxquels on adressait le reproche de multiplier le nombre des décès ». (P. 19, ib.) ...Et ces maladies ont d’ailleurs une cause analogue à celles qui « attaquèrent, en même temps , des populations presque entières », et que M. le médecin de Charenton appelle « la folie des Cévennes et la folie des convulsionnaires de Saint-Médard ». (P. 83,?:ô.)

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