CHAPITRE DIXIÈME
Or, M. le D^' Calmeil, qui déclare impitoyablement que toute vue est malade dès qu’elle ne partage point la puissance transformatrice de la sienne , attribue la vue constante de ces fantômes par ces populations diverses à des sensations faussées. (P. d9, ih.) Défense scientifique est donc intimée aux peuples passés, ou futurs, de jamais voir ou d’avoir vu ce que les yeux de M. le D' Calmeil sont incapables de découvrir ‘ !
Mais certaines conditions sont de rigueur, pour quiconque veut se convaincre du désordre visuel dont souffrent les yeux de ces professeurs médicaux de l’incrédulité. 11 faut, en effet, étudier sur le vif les gens pleins de vigueur et de santé qu’ils déclarent atteints de maladies surnaturelles • il faut, du moins, suivre pied à pied leur histoire dans les pièces authentiques qui les concernent, et dans le récit des écrivains dont la date est celle des faits; il faut, en s’adonnant à ce travail, s’attacher à la complète escorte de circonstances, de modifications et de détails qui donnent à chaque trait particulier sa physionomiecar^^c^e/■^5^^g'we. Mais ces trèssimples précautions semblent embarrasser à l’excès les amis de nos docteurs contre-croyants; et, pour se ménager la facilité de rester plus lestes dans leurs allures et dans leurs
1 Espérons du moins, puisque M. Calmeil a nommé les Cévennes et Loudun, qu’il lui sera donné de se guérir la vue en parcourant les pages radieuses d’évidence que M. Ilippolyte Blanc publia naguère sur les Camisards;... le livre révélateur et accablant où il fixe notre jugement sur le jansénisme et ses convulsionnaires, jusqu’au moment actuel {Plon, 1859 et 1863); l’ouvrage nerveux et simple deM. l’abbé Leriche, sur les possessions en général, et sur celle de Loudun en particulier. {Plon, 1859.) Je nommerai jilus tard la monographie complète de la célèbre possédée Nicole de Vervins, par M. l’abbé Roger, œuvre qui, pour les catholiques, vaut à elle seule une bibliothèque entière. Ce sont là de terribles et victorieuses réponses; et de tels écrits jettent le jour le plus accusateur sur l’incurable et collective hallucination des médecins qui traitent mdistinclenienl de folio les laits innombrables et si divers que nous a signalés M. le D'' Calmeil. {Lire id. la grande note finale du livre la Magie au dix-neuvième siècle.)
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propos, la plupart d’entre eux s’absliennent avec scrupule de s’astreindre à de si fastidieuses lenteurs.
Certes, si quelque plume, injustement passionnée, s’avisait de calomnier dans son honorabilité scientifique M. leD’’Calmeil, nous serions des premiers à le défendre et à séparer, dans les productions qu’il offre au public, le bon grain de la folle avoine. Mais comment ne point laisser s’écrouler sur lui-méme , et s’écraser sous ses propres ruines, le triste échafaudage construit par un savant qui veut être et qui voit dans sa personne un homme religieux, « un vrai fidèle» (p. dOO), un observateur « faisant preuve d’une haute supériorité d’esprit » (p. 95), au moment môme où la plume que guide sa main fiévreuse attaque la base miraculeuse de l’Église entière ; cette Église qui compte dans son sein les peuples les plus éclairés du monde et les plus hauts génies de l’humanité?
Eh quoi! nos plus augustes autorités judaïques et chrétiennes ne sont à ses yeux malades que des visionnaires et des maniaques! Le genre humain s’accorde à proclamer qu’une éclatante et infatigable puissance de miracles put seule engendrer ce plus grand de tous les miracles : la naissance et le triomphe d’une doctrine imposant à notre nature, avide de biens actuels et de jouissances immédiates, une habitude de privations, de contraintes et de p'eines ; cependant, halte là! — s’écrie avec son aplomb d’halluciné M. le D’’ Calmeil, — les auteurs et les témoins de ces miracles ne sont que des gens frappés d’hallucination! Ceux qui se rendirent à leur témoignage rendirent donc les armes à la déraison, et passèrent du côté de la démence! Et voilà l’humanité tout entière, voilà le catholicisme sans exception, depuis Adam, depuis Noé, depuis Moïse, depuis .Jésus-Christ jusqu’à Pie IX, atteint et convaincu, du côté de la foi, d’un dérangement intellectuel équivalant à la folie !
GHAPITIIE DIXIÈME,
Oh ! si nous avons un peu de cœur, quelle indicible compassion ne nous doit point inspirer un savant estimable, un de nos plus dignes médecins, lorsque, du haut de la position scientifique de Charenton, il donne le spectacle insultant de traiter en malade la vue des peuples de tous les siècles, et s’épuise en si malheureuses tentatives pour la redresser ! Les innombrables et éblouissants rayons de lumière qu’il a recueillis et condensés n’eurent donc pour effet que de bouleverser les yeux de son esprit et de les frapper du désordre visuel le plus regrettable et le plus bizarre, celui de l’halluciné qui voit et signale l’hallucination d’autrui partout où il porte et étale la sienne! Hélas! l’influence du milieu philosophique qu’habite son esprit, s’ajoutant à l’action du milieu topographique où ses fonctions ont rivé son intelligence et retenu son corps, ne sont-ce point là des causes dont le fâcheux concours tint sous le coup d’incessantes contagions et d’irrésistibles éblouissements une tête justement chère à la science !...
Grâce à la manière tout exceptionnelle dont les choses se jyrésentent à leur vue, commode et facile est vraiment la manière de procéder de MM. les tenants de l’école charentonnaise. Enjambant les caractères du mal qu’ils
s’imposent la tâche de décrire, ils se gardent avec scrupule de les placer sous les regards du public ! ou bien ils ne les rapportent qu’avec les signes du dédain , et dans le raccourci massacrant qu’imprime aux détails d’un conte féerique la bouche qui rougit de les redire. Leur parole, en un mot, n’appelle la sérieuse attention de ses auditeurs que sur les apparences naturelles de toute afiection morbide. Et, qu’on nous le dise cependant, ceux que l’Église appelle ses saints, et que signalent aux profonds respects de la catholicité les actes si rigoureux de la canonisation; ces mômes personnages que vous nommez ihéomanes, extatiques, hallu-
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cinés, et qui n’excitent en vous d’autre sentiment que celui de la compassion médicale, est-ce que, par hasard, rien n’existerait que de naturel et de simplement anormal dans leur exceptionnel et si prodigieux état? Regardez, voyez là-bas cet homme humble et plongé dans l’extase. Insensible aux cris aigus les plus perçants, sourd à tout éclat, à tout tonnerre, à toute explosion de voix ou de bruit, mort à toute stridence de son, immobile et de marbre sous les plus subites et poignantes atteintes du fer et du feu, voilà que l’ordre donné de la voix la plus douce par un supérieur, au nom de la sainte obéissance, le ramène instantanément au sentiment de la vie et aux habitudes de son état normal! Vos superbes et hypothétiques systèmes sur les excentricités de l’appareil nerveux expliqueront-ils, à des gens trop sérieux pour se payer de creuses et académiques paroles, cette facilité soudaine à redescendre des plus hauts sommets de l’extase au rez-de-chaussée de la vie commune? Et , veuillez-nous le dire encore, quel est le mot acceptable de l’énigme chez ces extatiques de l’ordre démoniaque qui, dans de semblables conditions d’insensibilité, cèdent ou s’exaspèrent sous l’effet d’une parole d’exorcisme, d’une prière, d’une relique, d’une chose sainte qui les approche ou les touche à leur insu? Est-ce que leur extase furibonde, est-ce que leur révolte maladive contre tout ce qui est de l’Église, vous expliqueraient les soudainetés de leur fréquente et involontaire soumission à l’ordre qui leur arrive au nom de Dieu? Mieux encore, ces objets indigestes, ces couteaux, ces plumes, ce fer, ces tampons de cheveux, ces clous, ces aiguilles que vomissent les maléficiés gardés à vue, ou que l’on voit sortir de leur chair, quelle hallucination les fit jamais entrer dans leur corps ‘ ? Les démonologues du plus incontesté mérite
1 Ibid., p. 174. — Ou quelle hallucination naturcUe les fait voir, à tout un public, sortant de leur corps ?
CIIAriTRE DIXIÈME.
nous rapportent par myriades ces 'faits étranges, où tout escamotage de la part de l’homme fut de tous points impossible. Le médecin d’un Charenton quelconque puiserait-il dans l’expérience dont l’enrichit sa clientèle l’explication de ce prodige?
Mais cet autre malade — pour user de vos expressions, — « découvre les secrets des gens présents, principalement des médecins; il se moque d’eux, » l’insolent! (p. 177, il)., Calmeil.) 11 se vante de les avoir joués, comme on se jouerait d’enfants plus entêtés que perspicaces, et mitraille leurs oreilles de grec et de latin qu’il ignore, ou « de langues étrangères. Il sait ce qui se passe ailleurs » (p. 266), ainsi que Mercati savait, en apercevant le fantôme de Ficino, ce qui se passait au domicile de cet ami. (P. dO, ib.j et plus bas.) Ceux-ci « grimpent sur les murailles comme des chats (p. 266, ib.), ils grimpent au sommet des arbres pour en descendre les pieds en l’air et la tête en bas » (p. 256, ib.)\ d’autres « sont soulevés en l’air à la hauteur d’un homme » (p. 267-268, ïù.); et, malgré l’effort des assistants pour les retenir, ils sont arrachés de leurs mains (p. 268, ih.). Ils retombent à terre comme une masse, mais, quelle que soit la violence de leur chute , « ils ne se font aucun mal, et vous les voyez s’entrebattre et se jeter par terre les uns les autres, avec autant d’aisance que s’ils ne jetaient que des plumes. » (P. 270- 272, ib.) Aussi nous semble-t-il difficile de ne point comprendre « que leur volonté n’est plus en leur puissance » (ib.y Calmeil, 270-272-273, ib.) et que, par conséquent, un être invisible les possède! Tous les témoins de ces faits, — aussi faciles à constater que les faits les plus naturels, — sont- ils hallucinés? ou plutôt, l’hallucination n’est-elle point du côté de ceux qui ne peuvent voir ni la certitude dans ces irrésistibles tén»oignages ,
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ni les prodiges de l’E^spril de samteld, ni les prestiges de l’Esprit démoniafjue dans ces faits , lors môme que des extatiques de l’ordre divin, ou lorsque des somnambules, des Voyants ou des disciples du spiritisme les reproduisent jusque sous leurs yeux?
Pour les sens et la raison malade de nos docteurs, les nerfs, l’utérus, et nous ne savons quels fluides, — percés à jour dans notre livre de la Magie , — sont-ils encore et toujours la clef de ces phénomènes? Oh! s’il en est ainsi, que l’on ait l’indulgence de nous permettre une commande! — Un digne amateur de province , aussi opulent qu’intéressé au succès de sa requête , — nous supplie de lui expédier un assortiment de prestidigitateurs, de polyglottes, de clowns grimpeurs et funambules, de Voyants et de prophètes. 11 importe à son avenir d’égayer, — à la suite de son morceau d’éloquence , — les invités de son comice agricole ; vite donc, à notre aide! Ces vivantes raretés ne doiventelles point foisonner sous la main des grands docteurs? En vérité , lorsque nous quêtons quelques-uns de ces prodiges, dont la source n’est qu’un simple dérangement fonctionnel , qu’un désordre de l’utérus, ou des nerfs, quel hôpital n’aurait point au service de l’humanité qui s’ennuie une femmelette à vapeurs et gênée par le jeu de ses fluides; une colique hystérique , ou nerveuse ?
Messieurs les incrédules, vous dont les yeux subissent la triste punition de ne point voir ce qui frappe la vue de tout le monde , permettez-nous de rester fidèles aux immuables c?^nyances de l’Église , soutenue sur ce point par toutes les religions, et par l’immense majorité des éco\es philosophiques et médicales que produisit la race humaine. Souffrez que nous élevions d’une main fermq et triomphante nos livres sacrés , ces puissants et inviolables sanctuaires du merveilleux; perraettez-nous de glorifier, ù titre de saints et de