‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 116 sur 243 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

Vut (le confier à une commission d’hommes éclairés l’examen icrupuleux des opérations de Gasner. Ces doctes personi.iages rédigèrent le procès-verbal de chacune de ses séances, ■H nul investigateur n’en fut exclu; bien loin de là! car Gasner lui-meme invitait avec empressement les médecins Il suivre ses actes et à épuiser, en le surveillant, la série des •Drécautions les plus propres à mettre en relief ou son habileté voupable ou sa véracité. Ainsi en usa-t-il avec le duc de Wurtemberg, qui s’était fait accompagner de tous ses docteurs, et qui signa de son nom le procès-verbal de tous les miracles reconnus. Tel est, à propos de Gasner, le témoijçnage historique du fameux abbé Grégoire, ce grand ennemi, 'omme chacun le sait, de l’ultramontanisme et des jésuites, llont notre thaumaturge était l’élève et le protégé. {Greg. œct. Bel., t. V,p. 386. — Lire Gasner ^ Biog. Fel.)

Mais il importe d’observer que les adversaires et les prômeurs de Gasner tombaient d’accord, en général, sur la réalité, mr le fait des guérisons que sa prière opérait. Les opinions ne divergeaient guère que sur la nature des moyens employés ).»ar ce guérisseur; et comme dix mille malades couchés sous ides tentes campaient quelquefois autour de sa demeure, les tnquôtes suivaient leur cours sur une commode et vaste itchelle.

Or, comment le dix-huitième siècle daigna-t-il accueillir un homme si contrariant, si désolant pour ses doctrines? Ce tut en lui rendant la pareille, en s’efforçant de le désoler, TU élevant contre lui les persécutions jusqu’à la fureur; et lien de plus naturel! car alors régnait le triste et insalubre -►sprit dont Joseph II, cet empereur de pauvre mémoire, 'vait favorisé le déchaînement au sein de l’Europe. Il est irai que les protections sur lesquelles le saint prêtre était en ilroit de comjiter ne lui firent point défaut; et quelques 'ivèqnes ayant fait, si l’on nous passe l’expression, bande à

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pa et l’ayant frappé de condamnations, le saint-siège prit hautement son parti dans une lettre pastorale du 15 décembre 4777.

Cependant le courant des idées catholiques reculait alors sous le choc du courant opposé, et le gouvernement résolut d’en finir avec ce terrible Gasner, signalé comme un fauteur de troubles. Une des plus hautes autorités médicales de l’Europe, de Haën, le propre médecin de l’impératrice Marie-Thérèse, fut donc l’homme chargé de conduire et de publier une enquête approfondie sur le grand faiseur de miracles. De Haën était chrétien, mais de la nouvelle école, c’est-à-dire partageant les idées de Joseph II; devait-on raisonnablement s’attendre à ce qu’il reconnût dans Gasner un thaumaturge évangélique? « M. le D" Dubois, d’Amiens, fidèle au système de négations que nous voyons refleurir aujourd’hui » chez un si grand nombre de nos médecins dont le moindre fait merveilleux trouble et dérange l’organe visuel , « écrivit donc avec un imperturbable sérieux cette phrase de son histoire académique : En d’autres temps, on aurait soumis les démoniaques aux exorcismes et aUx épreuves du rituel ; l’impératrice les fit soumettre aux traitements de de Haën. La fourberie fut aussitôt découverte. »

La fourberie? Oh! s’il est vrai quelle ait pris pied dans l’un des deux camps hostiles, hàtons-nous de savoir lequel des deux la recèle. Voyons aussi dans quels termes elle nous fut décrite; car notre chapitre de l’hallucination négative et morale doit s’enrichir de ce précieux morceau.

Le fameux mot :

De par le roi, défense à Dieu

De faire miracle en ce lieu...

est donc dit au sol que foule Gasner, et de Haën prenant, de ses yeux égarés, son bonnet médical pour un bonnet de théologien, prélude en déclarant, du haut de sa suffisance,

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