‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 118 sur 243 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

sanœ mentis^ dit de Ilaën lui-môme , on ne peut refuser de croire; mais, pourtant, gardons-nous bien de nous figurer que le doigt de Dieu soit dans ses œuvres! Et pourquoi, de grâce? Parce qu’un médecin y met son veto?... Qui donc, en vérité, put lui dicter cette conclusion grotesque? Seraient-ce les évôqiies , représentants et champions du catholicisme? Non; tant s’en faut! Et que si Gasner opérait par la puissance du démon, voilà donc les premiers juges de la question, les évêques, et le pape, usant de leur autorité magistrale pour patronner l’ennemi de Dieu et des fidèles.... Est-ce donc qu’en désespoir de cause la science doctorale voulait faire à Gasner le même honneur que faisait à Jésus, sou Maître et le nôtre, la coterie des savants et des princes de la nation juive? Réduite à ne pouvoir nier l’éclat de ses miracles, elle disait : C’est au nom de Beelzébuth qu’il guérit les malades et qu’il chasse les démons. (Saint Matthieu, ch. xii, f. 22, etc.)

Et les guérisons que l’on se permèt d’appeler démonia- -ques^ seraient-elles, par hasard, la fourberie que nous a signalée M. le D" Dubois, d’Amiens? Car, attribuer de telles cures aux démons, n’est-ce point proclamer leur action sur nos corps? n’est-ce point établir , de la plume même de la science médicale , le triomphe de la proposition contre laquelle s’insurgent avec violence M. le D*' Calmeil, MM. les docteurs de la Consulte piémontaise, et ces nombreux médecins dont les yeux ne peuvent s’arrêter sur le Merveilleux sans qu’il se joue de leur vue? Ne jamais parvenir à voir certains objets, ou ne les découvrir que sous un faux jour et à contresens, quelle fâcheuse et ridicule maladie pour des yeux qui, chargés d’apprendre à voir à toute une légion de disciples, ne sont créés que pour rendre hommage à la lumière ' !

^ Le fameux Lavater, ministre de Zurich, un grand nombre do ])i’otestants et de catholiques atlirmèrent ces faits comme témoins ocu-

LE MONDE MAGIQUE

Quoi qu’il en soit, armé de sa longue expérience, ce môme Gasner, que grandissait la gauche impuissance de ses antagonistes, émettait une affirmation bien digne de remarque, et dont nous conseillons au corps médical de prendre exacte et bonne note. C’est que, dans le cadre des infirmités humaines, ces maladies démoniaques [spiritus infirmitatis , saint Luc, ch. xiii, ÿ. d l, etc., etc.), qu’il guérissait comme les apôtres, devaient compter pour un tiers ! et loin de nous la pensée de soutenir que cette proportion reste la même à toutes les époques.... Il se proposait de fonder un ordre destiné tout spécialement au succès de ces pieuses cures 5 mais il vit se dresser contre lui d’insurmontables obstacles.

Ainsi donc, la plupart des plus intrépides ennemis du Merveilleux, — qui est l’épanouissement et la preuve sensible du surnaturel , — reconnaissent la réalité des prodiges; mais c’est en les couvrant, lorsqu’ils éclatent, d’une interprétation qu’il n’est que trop juste d’appeler maladive, car elle travestit à leurs propres yeux la physionomie naturelle des choses, et témoigne d’une invincible hallucination. Ceux-ci d’attribuer aux démons, avec l’illustre de Haën*, les merveilles qui proviennent de Dieu; ceux-là de les adjuger au magnétisme, dont ils ignorent que les maîtresagents ne sont que des êtres spirituels (voir la Magie au dix-neuvième siècle, cb. xn.); d’autres* enfin, de torturer

laires... « Gasner était un ecclésiastique plein de zèle, respectable par ses mœurs, sa piété et son désintéressement. 11 mourut le 4 avril 1'779. De Haën, à la fin de son traité De miracuUs, parle de Gasner d’une manière qui semble tenir de la prévention, et qui prouve qu’il a adopté, avec une entière confiance, la diatribe publiée par le moine Hertzingor contre ce vertueux prêtre. Mais on voit Lembarras où il se trouve d’expliquer une multitude innombrable de faits dont il ne conteste pas la certitude. Il combat tous les moyens de les expliquer naturellement, et paraît enfin décidé à les regarder pour de la magie. Ce qui n’est guère plus philosophique, que de les donner pour des miracles I» (Fel.,biog., leL G.)

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