CHAPITRE DOUZIÈME
civilisatrice est de redresser notre vue , de nous apprendre à voir et à savoir , Gédéon parvient à les renverser! Le fantôme de ces remparts leur est donc apparu pour troubler leurs veux! En vérité, ce prodige écrase les nôtres* !
Tout ce qu’il y a d’étrange n’est point dit cependant; car entre la vallée d^ Jésraél, où Gédéon déconBt les Madianites, et la ville détruite de Jéricho, la distance n’est point néant; Jésraël e{jt assise d’un côté de Samarie , Jéricho de l’autre; or, un intervalle de quarante-cinq milles romains, mesure ancienne et à vol d’oiseau, sépare du champ de bataille où Gédéon triomphe, les murs que MM. Salverte et Littré font tomber sous les coups prodigieux de ce héros. Le temps, l’espace, les faits, ce sont là des choses qui, de la part des yeux de ces redoutables champions du progrès , ne peuvent obtenir ni plus d’égards, ni plus de quartier que le miracle. Se heurtant à grand fracas à la porte de l’histoire , de même que les habitants de Sodome se heurtaient à celle de Loth, ils ne peuvent, à l’exemple de ceux-ci (6^enèse., ch. xix, J 1), quoique la touchant de la vue et des mains, ni la voir ni la sentir, ni l’ouvrir!... S’ils ne sont hallucinés, que seraient-ils donc?
Nul lecteur de la Bible ne l’ignore : les trompettes miraculeuses de Josué, — que nous affirmons, sur l’honneur,n’être point le même que Gédéon, — ayant donné le signal aux murailles de Jéricho de se coucher par terre , et ses torches, aidées du fer, ayant incendié, puis nivelé les édifices de celte ville, elle ne sortit de ses ruines que 537 ans plus tard. Et ce fut Hiel, de Beth-El , qui la rebâtit sous le règne d’Achab, ainsi que l’avait prédit le Seigneur par la bouche de Josué , fils de Nun
* Josué, ch. vr, 20, Bible. — rhistqirc de Josèphc, Antiq., 1. Y, ch. I. — Art de vérifier les dates, Hist. sainte, v. R'', p. 106 et 103. — Paris, 1820.
2 Géographie ancienne, Encyclopédie, t. II, pail., p. 171, let-
LE MONDE MAGIQUE
La ville de Jéricho, tout miracle à part, a donc cessé d’ôtre 25G ans avant le jour où MM. Salverte et Littré la font enlever à coups de grenades par trois cents hommes d’Israël. — Elle ne se releva que 281 ans révolus après que MM. Salverte et Littré, s’installant entre les deux époques de son existence, la volent, de leurs yeux d’historiens anticatholiques, tomber, lè'phis naturellement du monde,
sous la poudre à canon du chef Israélite O miracle
plus grand que celui des trompettes de Josué, et des lampes Gédéoniques converties en grenades de guerre! Eh quoi! tonner contre l’ignorance et la supercherie, et voir, avec toute la clarté du jour, dans l’histoire la plus répandue qui soit au monde, un récit qui ne s’y trouva jamais! Avoir des yeux de maître, et ne pouvoir découvrir, en lisant le fait sur lequel on redresse la vue du public , les réalités historiques qui frappent l’œil du moindre lecteur !... Ainsi la justice de Dieu condamne-t-elle à suer à la fois le Merveilleux et l’absurde les plumes qui nient et combattent jusqu’à la possibilité des merveilles. Mais l’histoire est-elle anéantie pour être vue, par ces dénégateurs, des yeux dont ils voient le miracle ?
O messieurs lès savants, vous que nous prenons la i -liberté de contrôler dans l’intérêt de la science; non, vos ‘ pareils ne sauraient mentir ! Nous le savons, et nous som- | mes prêts à le soutenir au besoin. Le mensonge est le vice | et la honte des laquais d’autrefois. Lors donc que, |
tre J. — Paris, 1789. Ouvrage que nous ne citonsque par galanterie pour p nos antagonistes. — Bible, Rois, 1. III, ch. xvi, i:. 34. « On ruina, dans ,|i Jéricho, à l’aide du fer, ce que, le feu avait épargné, » dit l’historien J Josèphe, queM. Salverte aura lu peut-être, car il le nomme. « On prononça malédiction contre ceux qui entreprendraient de rétablir cette Jville. On pria Dieu que le premier qui ep jetterait les fondements perdît l’aîné de ses enfants en commençant cet ouvrage, et le plus jeune lorsqu’il l’aurait achevé. Or, cette malédiction eut son effet, ainsi quc^ nous le dirons en son lieu. » Josèphe, Antiq., 1. V, ch. i.