CHAPITRE DOUZIÈME
.tombant dans de si cruelles méprises, vous donnez au putblic, convoqué par vos trompes pour le spectacle du renwersement des murs de Jéricho, le spectacle grotesque de wos propres chutes, il y va de votre honneur à ce que ce pu- Iblic s’aperçoive et crie sur les toits que vos yeux sont hal-
Uucinés Une navrante odeur d’ignorance, ou les gros-
.'sières émanations de la mauvaise foi, sembleraient marcher (devant les maîtres vénérés de la science , si nous ne faisions isur ce point l’évidence autour de leurs tristes paroles; si motre plume ne prouvait qu’il faut, non les accuser, mais les [plaindre; si nous ne forcions le lecteur à ne voir en eux que Iles victimes du mal caduc de l’hallucination , ce haut mal cqui , portant ses ravages au sein de la race humaine , se [plaît à témoigner à l’espèce savante ses bizarres et indéfirnissables préférences!...
Un second exemple de cette doctorale infirmité, qui se rmontre si cruelle pour les yeux de ceux que nous appelons saujourd’hui la Science j éclate sous la plume de M. Salwerte, remettant en scène le tragique événement de la rrévolte de Dathan et d’Abiron. Replaçons-nous entre nos edeux savants, devant ce trait d’histoire :
« C’était peu que d’avoir frappé dans Abiron et Datthan les chefs de l’une des séditions les plus redoutables (qu’ait fait éclater la supériorité du législateur. Deux cent (cinquante de leurs partisans restaient encore; conduits et .animés par Coré, ils exerçaient sur l’esprit du peuple une iinfluence proportionnée à la considération que méritaient Heurs vertus'. » Salv.^ 4il. a Moïse donc les invite à se pré- .'Senter en môme temps qu’Aaron et ses enfants, l’encensoir à
^ Vertus (le révolutionnaires et de mécontents privilégiés, ameutant le peuple afin de s’en faire un marchepied pour s’élever au faîte du pouvoir. Vieille histoire et qui se répète sans cesse! — Coré, dit l’historien .losèphe, parlait contre Moïse et Aaron, sous prétexte de son affection pour le bien public, mais en effet pour émouvoir le peuple, afin
LE MONDE MAGIQUE
la main, devant le tabernacle du Seigneur. Et, soudain, utie llamme miraculeuse les enveloppe; ils périssent, ils disparaissent. Étrangers ü la science occulte du législateur , à l’instant où ils ont fait fumer l’encens devant l’autel, ils ont, comme Nadab et Abiu, donné le signal de leur mort. » (E. Salv., p. 411.)
«Plus explicite que l’auteur du Livre des .Nombres ^ ajoute M. Salverte, Josèphe met un jour d’intervalle entre la sédition excitée par Goré, Dathan et Abiron, et la punition de ces deux derniers. On sait que la terre les engloutit*. » Or, voici de quelle sorte les yeux de M. Salverte lui font voir, à l’aide des textes, le plan et l’exécution de cet événement : « En se ménageant un délai de vingt - quatre heures , Moïse prit le temps nécessaire pour pratiquer sous les tentes de ses ennemis ime mine, telle que celles dont les guerriers européens faisaient usage avant la poudre à canon, c’est-à-dire une profonde excavation, soutenue par des étais que le feu consume à un signal. »
Aux yeux deM. Salverte, par lesquels M. le D' Littré, de l’Institut, voit et croit juste de nous faire voir les faits, quelque chose « ajoute à la probabilité de cette explication, c’est la prolixité du discours que l’Instorien met dans la bouche de Moïse; c’est l’annonce précise que, dans le livre saint , Moïse fait du genre de mort qui va tout à la fois le
venger et prouver là vérité de sa mission Cependant,
la difficulté de terminer en une nuit un travail si considérable,... le mouvement de la terre ébranlée comme les flots
d’obtenir par son moyen la souveraine sacrificature. 1. IV, ch. n- Toujours les mêmes passions, et toujours le même masque!
Ainsi se posait Absalon, et son portrait semble d’hier! Bible, Rois, 1. II, ch. XV.
^ Faisons observer à M. E. Salverte que lé livre biblique des Nombres lixe l’intervalle d’une nuit, ch. xvi, L ^6. Tu et oniriis conj/regatio tm, State seorsum coram Domino et Aaron die crastino, sepamUm.
CIIAPITUE DOUZIÈME.
le la mer par un violent orage, le bruit épouvantable qui «iignale l’ouverture de l’abîme*, la promptitude avec laquelle -e gouiïre se referme sur les victimes qu’il vient de dévorer, — ces circonstances réunies semblent plutôt indiquer l’exiblosion d’une mine, où l’on remplit une excavation d’une .composition fulminante. » (E. Salverte, ib.^ p. 423.)
Mais peut-être le moment est-il venu de faire suivre du simple récit de la Bible ces magnificences de l’explication, ulfertes par « la science moderne, qui se passe du Merveilæux )), aussi facilement que de l’hisloire! Nous écouterons U son tour l’hislorien Josèphe :
« En ce temps-là, Coré, descendant de Lévi , de con- ’cert avec Dathan et Abiron , issus de Ruben , s’élevèrent [contre Moïse. Deux cent cinquante hommes d’Israël, qui [comptaient entre les principaux de la synagogue , les suivirent. — Tout le peuple est un peuple de saints, dirent-ils 111 Moïse et à Aaron. Cela ne vous suffit-il point? Pourquoi lilonc vouloir vous élever sur le peuple du Seigneur et le do- DTiiner?
J) Aces paroles, Moïse se prosterne, puis il dit à Coré >3t à la multitude qui le suivait : Demain matin , Dieu vous
era connaître qui sont ceux qui lui appartiennent De-
Rnain donc, prenez vos encensoirs, du feu, des parfums;
Lcelui-là sera saint que Dieu lui-môme aura choisi Oh!
que vous cherchez donc à vous élever, enfants de LévÜ... IDieu vous a-t-il . fait approcher de lui pour que vous usurpiez [jusqu’au sacerdoce , — le sacerdoce sujjrême ! — et que ivotre troupe se soulève contre le Seigneur? car, lorsque
‘ Il n’est question du bruit que dans .Tosèphe; et cet historien ajoute [ue la terre se referma sans qu’il parût aucune trace d’un événement û prodigieux, Uist.^ 1. IV, ch. m. Est-ce là le fait d’une explosion outerraine? Était-il dans les mœurs de la poudre à canon de cette q>oque de remettre exactement en place ce (pi’elle faisait voler en îclats? — Proli pador !
L\l MONDE MAGIQUE.
vos murmures s’élèvent contre Aaron, ne savez-vous quel il est?... Puis il envoya vers Dathan et Abiron, qui répondirent : Nous ne viendrons [)oint.
» Moïse courroucé s’écria : Seigneur, ne regardez point leurs sacrifices. Et s’adressant à Coré : jToi , et tes deux cent cinquante, demain, placez-vous d’un côté devant le Seigneur; Aaron se placera de l’autre. Que chacun ait son encensoir et qu’ Aaron tienne aussi le sien. — Ainsi fut fait; et, tout le peuple se tenant en face d’eux , à l’entrée du tabernacle, la Gloire du Seigneur apjoarut à tous. Le Seigneur parlant à Moïse et à Aaron leur dit : Séparez-vous de cette assemblée, que je les perde tout d’un coupL
» Cependant, d’après l’ordre du Seigneur qu’il avait fléchi. Moïse, en se rendant chez Dathan et Abiron, dit au peuple : Éloignez-vous des tentes de ces hommes impies. Dathan et Abiron sortaient alors à l’entrée de leurs tentes avec leurs femmes, leurs enfants et leur troupe. Et Moïse de s’écrier : Si ces hommes meurent d’une mort ordinaire , ce n’est point le Seigneur qui m’a envoyé. Mais si le Seigneur fait, par un prodige nouveau, que la terre les engloutisse avec ce qui leur appartient, et qu’ils descendent tout vivants dans l’enfer, sachez qu’ils ont blasphémé le Seigneur— Or, à peine eut-il parlé, que la terre se rompit sous leurs pieds : Confestim ut cessavit loqui, diriipla est terra, f. 31. Elle s’ouvrit comme s’ouvre une bouche, Aperiens os siium , les dévorant avec leurs tentes et leurs biens. Au cri qu’ils jetèrent, tout Israël se prit à fuir : la terre, la terre va nous engloutir!... Et le Seigneur fit, en môme temps, sortir un feu qui tua les deux cent cinquante séditieux occupés à offrir l’encens. Puis il dit à Moïse : Or-
1 Le peuple, entraîné, avait, en grand nombre, pris parti pour les séditieux, qui versaient des larmes hypocrites sur ses maux afin de sc ■' faire hisser au pouvoir par la multitude. Josèphe, Hist., 1. IV, ch. et Bible, Nomb., ch. xvi.