CHAPITRE DOUZIEME
de matières explosibles. Au signal de Moïse, voilà ces salpêtres bouleversant la terre , creusant et refermant par un même effort un abîme; dévorant hommes, bôtes et biens; incendiant les tentes et tout ce que ces demeures renferment : métal ou matériaux , n’importe ! Il n’y aura d’exception que pour le grand prêtre Aaron, et les deux cent cinquante encensoirs prévaricateurs. De ces instruments de culte, pas un seul ne disparaîtra ! La poudre fulgurante ne les fera point sauter on ne sait où; ils ne seront ni consumés ni lésés ! On les ramassera sur place, et jusqu’au dernier. Aussi Moïse ordonne-t-il de les consacrer en changeant leur forme, et de les ériger en monument durable.
Jusqu’ici, toutefois, ce n’est que merveille incomplète; car le lendemain , — et M. Salverte a négligé de tels détails, — ce feu savant et intelligent, fatigué du repos (d’un jour, se livre à de nouveaux exercices. 11 se met en ■route comme un voyageur; il procède et sévit avec fureur; mais sa fureur est guidée par le calcul, car il ren- ' verse et dévore tout le peuple, ivre de séditions nouvelles; [puis, souple et docile, il s’arrête! Et devant qui? Devant i le seul Aaron , ce grand objet de la révolte , lorsque , l’entcensoir à la main et la prière à la bouche , ce pontife suiprêrae lui barre le passage. Et, de compte fait, il aura, cdans cette seconde étape, dévoré quatorze mille sept cents Ihommes, sans nombrer ceux de la veille.... 'Ce sont là,
( convenons-en, des mines et des feux d’une violence et d’une «docilité bien formidables! Nos arsenaux n’en recèlent point He secret, et la science profane ne nous signale encore rien cdc pareil.
Tel est le prodige qu’à l’aide de leur prodigieuse hallilucinalion ces messieurs ont réduit aux dimensions de leur savoir ! Nous, dont les yeux ne sont ni pris ni faussés par des préjugés d’école on d’amphithéâtre , ne nous laudrait-il
LE MONDE MAGIQUE
point un sang-froid égal h l’aplomb de ces deux amis poulies entendre expliquer par l’explosion d’une mine, creusée secrètement et dans le désert, cette terre qui s’ouvre, qui soulève et balance ses (lots à l’instar d’une mer; ce sol qui creuse y qui referme ses abîmes et les efface sans laisser à l’œil le plus faible vestige de si prodigieux bouleversements; enfin , ce feu qui roule ses vagues , à la fois furieuses et obéissantes ^ dévorant le peuple éperdu, mais s’arrêtant, — émerveille! — au premier mot de la 'prière ci de l’autorité! [Bihle^Nomb.yC\\. xvi. — Jos.-Hist.y l. IV, ch. iii.)
Que, d’ailleurs, nos lecteurs ne se contentent point de ce texte; et nous les en conjurons. Qu’ils arrêtent leur vue sur les livres de Flavius Josèphe, pensionnaire des empereurs romains, c’est-à-dire « plus lâche politique que bon Israélite » , et qui, danS'Son histoire, « déguise, affaiblit, ou anéantit les miracles attestés par l’Écriture, corrompant partout ce qui peut blesser les gentils». {Biogr. FelL, let. J. 1832. Lille, vol. VII.) — Qui saurait nous dire, en effet , à quel degré de bassesse descendent et s’acclimatent les flatteurs des Césars! L’histoire des assemblées qui représentent ce que, sous leur règne, ils veulent faire appeler la liberté, nous le crie d’une voix assez forte ! (Lire Tacite, Suétone.)
O vous ! messieurs les savants , qui avez le singulier goût de faire, au beau milieu du dix-neuvième siècle, une guerre si grossière au Surnaturel, croiriez-vous donc déroger à votre noblesse en vous assurant par le témoignage de vos propres sens du texte de l’histoire dont vous enseignez la lettre et l’esprit au public? Ou, si, comme nous persévérons à le croire , vos yeux tout grands ouverts se sont promenés sur ces pages si claires et si victorieuses , les textes ; se sont donc joués de votre vue avec la plus railleuse et | tenace perfidie? O le singulier phénomène! Ces rava- i