CHAPITRE DOUZIÈME
geurs de prodiges ne sauraient prendre corps ù corps le miracle, en nous criant : Je l’étouffe, sans que leurs puérils efforts fassent éclater à nos yeux le plus constant des prodiges, celui du bouleversement de leur esprit et de leurs sens ! — Semblables seraient-ils donc, tous ensemble, à cette armée de Syriens qui cherche, pour le livrer et le perdre, le prophète Elisée? Écoutons, écoutons!...
Élisée /l’est point inconnu des Syriens, qui viennent de signaler sa présence à leur roi. Ils se rendent sans erreur à Dothan, où ils se proposent de l’enlever 5 et c’est là même que le prophète s’offre avec confiance à leurs regards. Le Dothan que vous cherchez n’est point ici, leur dit-il. Us marchent, et bientôt la puissance que Dieu lui prêle fait voir à leurs yeux hallucinés la forme et la ressemblance de cette ville dans la ville si dissemblable de Samarie, au cœur de laquelle il les conduit et les enferme.
De tous ces yeux ouverts, pas un seul ne reconnaît le prophète, pas un seul ne reconnaît les champs où leur troupe a l’habitude de porter le ravage; pas un seul, dès qu’Élisée a dit son premier mot, ne reconnaît ni les murailles ni les édifices de Dothan; pas un seul, jusqu’à ce que le Seigneur ait guéri leur vue, ne doute que Samarie , où le prophète les emprisonne, ne soit la ville qui leur est connue sous le nom de Dothan. L’esprit de vertige et d’hallucination, sans cesse et dans tous les siècles envoyé de Dieu contre les ennemis de son Église, s’abat sur leurs yeux et -les rend captifs de celui même qu’ils s’apprêtaient à saisir; car les yeux que fascine l’hallucination perdent avec la rapidité de l’éclair la puissance de s’accorder avec le vrai; tout un monde fantasmagorique se joue de leurs regards. 1. IV, ch. VI, des Rois. — Id.^ Jo.sèphe,
Hist.^ 1. IX, ch. II.)
Hélas! ce chapitre entier ne nous dit que trop à quel
Ll< MONDE MAGIQUE.
point le mal hallucinalif se propage, et court, à la façon des épidémies, au milieu de ceux qui partagent cet implacable et farouche esprit d’incrédulité, contre lequel Dieu fulmina ses anathèmes. Acceptons-en pour dernière preuve le succès même de cet incroyable livre 'de M. Sal- 1 verte, sur lequel le devoir d’un catholique était de laisser ] tomber un rayon de droite lumière. Deux éditions, suivies ; de cette troisième, offerte sous le patronage dç l’un des i noms illustres de l’Institut, nous apprennent assez quel est i pour le vulgaire, auquel les grands hallucinés prêtent leurs ; yeux, le danger de leurs élucubrations maladives.
Mais poursuivons notre œuvre ; et parmi les exemples de bouleversements visuels qui fourmillent dans le triste livre que nous parcourons , choisissons notre dernier récit : il ne s’agit pourM. Sal verte que de réduire à de simples proportions chimiques le miracle d’Élie, rendant docile à sa voix le feu du ciel. Je dois repousser, je le confesse*, un sentiment de satiété qui me surmonte, car il importe au plus haut degré de ne point étudier à demi des tentatives d’une gravité si singulière. Et, si c’est une action méritoire que de ruiner et de flétrir un simple mauvais livre, que serace donc lorsque cet ouvrage, fruit de la plus malsaine hallucination, se trouve être, par le fait et quelles que soient les intentions.de son auteur, un vaste et détestable plan de conjuration contre la base sacrée de la civilisation , contre la parole même de Dieu consignée dans les pages immortelles de nos livres saints? Un moment de patience encore; écoutons : |
Voici du soufre en fleur et de la chaux vive. Que quelques mesures d’eau soient versées sur ce mélange, et la chaleur que ces deux corps émettent en se combinant déterminera la fusion d’abord , puis la combustion du premier. Vous verrez alors s’embraser avec rapidité le soufre et le