CHAPITRE PREMIER
Quatre livret des spectres^ p. 417. Angers, 1586. Le-
loyer, conseiller au siège présidial d’Angers. — A la Royne mère du Roy.)
Revenons cependant à notre médium. Voilà les acteurs arrivés; et, dès lors, il nous est permis d’espérer quelques manifestations plus sérieuses; mais souvent la séance s’arrête à ce point, et ce fut là tout ce que je vis s’accomplir dans le cours des deux premières soirées.
La troisième commence cependant, et nous retrouvons M. le comte Spada en compagnie de son ami , M. Phiseps,. de M. Crasman et de notre médium du nouveau monde.
Les phénomènes qui préludent le plus ordinairement à l’arrivée des Esprits viennent de suivre leur cours. Les Esprits sont arrivés. — Interrogez -les vous-même, monsieur le comte. — Soit.
« Combien êtes-vous? — Trente-neuf; et trente-neuf coups se font entendre. — Pendant ces deux soirées antérieures, vous avez refusé de répondre ; nous répondrez-vous ce soir? — Oui. — L’ami à qui je veux parler est-il des vôtres? — Oui. — Qu’il me le prouve. — Aussitôt, le genou de ma jambe droite est fortement serré- — Bon; mais je veux encore obtenir de vous ur\e autre preuve que celle-ci. A peine ai-je parlé que, sous le tapis qui couvre la table où je tiens le bras droit appuyé , je vois ramper et s’approcher de moi quelque chose... Regarde bien, dis-je à mon ami Phiseps : quelque chose, qualchè cosa^ vient à moi ! Ma phrase n’est point achevée qu’une main vigoureuse et invisible m’étreint le poignet; et, j’ai beau me débattre, je me trouve enchaîné à la table. Cependant, d’un violent et suprême effort je me dégage, lançant en l’air, ou peu s’en faut, et le tapis et la lampe
M. Fuller fit, à son tour, des demandes; et les adressant à l’Esprit de son père, il trouva les réponses d’une vérité
LE MONDE MAGIQUE
saisissante : c’est là ce dont je ne saurais juge... Cependant, on servit le thé.
— N’ôtes-vous point convaincu? me dit M. Home. — Convaincu? oui; mais seulement de ce que j’ai vu et senti. — Pourquoi donc ne pas achever de vous convaincre? Pensez-y; demandez, exigez ce que vous voudrez, et je suis certain que les Esprits feront tout au monde pour vous plaire. — Je rélléchis un instant, et je dis : Commençons d’abord par chanyer de chambre. — Soit, répliqua M. Home; je ne vous garantirai cependant point que les Esprits veuillent vous suivre dans un autre lieu. — On se mit à prendre le thé; mais, quant à moi, je m’abstins de touchera quoi que ce fût, redoutant l’etfet de quelque drogue hallucinante glissée dans le sucre, ou dans la théière.
Une des dames présentes à cette soirée voulant bien alors nous précéder avec un flambeau, nous parcourûmes les appartements, et je choisis la chambre qui me convint. Phiseps et moi nous prîmes une grande table, et nous transportâmes ce meuble vers la cheminée.
Un domestique y plaça dans l’instant môme une lampe à globe de cristal, et lorsque le thé cessa de circuler quelques personnes tirèrent leur révérence. Lord H... y fut de ce nombre; son exemple eut pour imitateurs un médecin anglais et Fuller, que leurs affaires appelaient ailleurs.
Quant à nous, à peine fûmes-nous installés que les phénomènes habituels reprirent leur cours, et que l’on entendit un grand vacarme, c’est-à-dire le redoublement de ces coups par lesquels les invisibles aiment à s’annoncer. A ce bruit étrange et retentissant à mes côtés : Es-tu là? m’écriai-je. Et le mort auquel je pensais était mon ami Ottone Ricotti. — Oui. — Donnes-en la preuve? — La table, se déta- CiiANT DU SOL , se lève (si alzo in aria. , staccandosi di terra) ^ puis elle redescend avec lenteur à sa place. — Si