‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 14 sur 243 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

c’est bien véritablement toi, lève la table à deux reprises.

— La table se soulève deux fois de suite; et, comme j’accompagne de la main son mouvement, j’y sens (lotter un corps {un corpo che yaUegiavd). Phiseps, suivant de l’œil les pieds de la table, observe que la hauteur à laquelle elle s’élève est d’une brassée environ {un hraccio). Il me faut une autre preuve encore, m’écriai-je, et celle qui te plaira.

— La table s’élève, reste en l’air, et cède à un mouvement rotatoire alternatif, semblable à celui du crible aux mains d’un cribleur. Tournant de la sorte, elle s’approche et se meut si près de mon menton que je me jette en arrière pour l’éviter. Elle recule alors, puis redescend avec lenteur à sa place; et la lampe, couronnée de son globe de cristal;, se maintient sans tomber au milieu de ses évolutions!...

En ce moment, nous sommes interrompus par le bruit que fait un fauteuil éloigné de nous d’environ trois à quatre pas.

— Mais que nous veut donc ce fauteuil ? — Oh ! ce doit être là l’esprit de mon pauvre père, s’écrie, comme par inspiration, M. Crasman. — Est-ce vous, père? — Oui. — Eh bien, cet incrédule a besoin d’une preuve qui le convainque. — A ces mots, le fauteuil s’avance doucement, et va toucher les genoux de M. Crasman; ce trajet s’opère en une dizaine de secondes. — Bien! fort bien! Mais faites mieux, cher père, car il n’est pas encore convaincu. — Sur les genoux de -M. Crasman est un mouchoir presque entièrement déployé. Ce mouchoir commence tout tranquillement à se pelot07iner de lui-même, comme on les pelotonne pour les introduire dans une poche étroite; puis, tout à coup, il disparaît. — Maintenant que vous l’avez pris, mon père, je vous conjure de le porter au comte Spada. — L’instant d’après, je sens que l’on me serre à deux reprises le genou droit, et le mouchoir y apparaît (sento una doppia sireila al niio (jinoccliio desti'o, e il fazzoletlo vi comparve soprà).

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Cependant, de petits coups, — scoppielti (les rnpjjings — ou tippimjs) , ne cessant de retentir près du plafond, et vers la hauteur du milieu de la chambre, de ylaciales haleines souillent sur nous; et, de temps à autre, tout oscille, et nous oscillons , car le sol éprouve une sorte de tremblement auquel ces manifestations nous ont habitués. Telle est la manière dont ces trente-neuf Esprits agissent, dans le but d’attirer sur eux notre pensée. Mais, au milieu de ce tapage, de légers coups se font entendre quatre à quatre, et sur des points dilférents.

— Oh ! c’est le petit, s’écrie notre médium. — Et quel est donc ce petit? — Le neveu de M. Crasman. — C’est toi? reprend M. Crasman. E]h bien, fais-moi le môme plaisir que l’autre soir, et joue-nous vite quelque morceau sur l’accordéon. — Oui, oui, oui. — On court donc chercher un accordéon dans une autre chambre. M. Crasman le prend de la main droite; il le tient par le bout opposé au soufflet, et tout aussitôt l’instrument de fonctionner, touché par la main d’un invisible. — • Bien; mais ta sonate était plus belle que celle-ci la dernière fois, dit M. Home, prenant à son tour l’accordéon. Un nouvel air se fait alors entendre; il est mélancolique, et d’une délicatesse exquise, veramente graziosa. — Et, maintenant, voudrais-tu jouer de cet instrument, s’il était entre les mains de M. le comte Spada, mon petit ami? — Oui, oui, oui. — En ce cas, porte-le-lui toi-même. — Aussitôt dit, M. Home laisse aller l’accordéon, qui disparait . Sachant qu’il devait m’arriver, je repousse mon siège, je m’éloigne entièrement de la table, je m’isole de mes voisins, et, regardant de tous mes yeux, je prie Phiseps, — autre incrédule, — de m’aider de toute son attention.

Home est assis en face de moi, du côté opposé de la table, et ses mains sont placées l’une sur l’autre; j’ai Phi-

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seps à ma droite, et M. Crasmaii à ma gauche 5 il ne reste plus que nous quatre.

Une minute environ s’écoule sans qu’aucun phénomène se manifeste; puis je me sens tout à coup les deux mollets fortement serrés; et, au même instant, l’accordéon apparaît, posé sur l’eætrémité de mes genoux! Sulln punla dei miei pinocchï. Cet instrument fait une pause légère; après quoi , commençant à se mouvoir, il rampe sur mes cuisses, se dirige vers ma poitrine, s’y appuie, se tient tout droit et s’arrête : verticale appogiato. ie, le prends alors d’une seule main, usant des mêmes précautions que ces messieurs. Et, tout à coup, une ravissante sonate délecte mes oreilles, je sens la force — la forza — qui tire le souHlet; et lorsque les sons viennent à mourir, j’entends comme les murmures d’un écho lointain en répéter les dernières notes. Alors éclatent au-dessus de nous, cà et là, une multitude de petits coups, semblables à des applaudissements aériens.'

Phiseps tient à son tour et pendant un instant l’accordéoa. Quant à moi, je vois le soufflet de l’instrument obéir à l’invisible manœuvre et les touches s’ouvrir et se fermer; en un mot, j’observe tous les effets que doivent produire dans leurs évolutions les deux mains d’un joueur.

Or, quel résultat ces expériences eurent-elles sur M. le comte Spada, dont nous avons pd, tout à notre aise, remarquer en ce récit les habitudes de défiance et de sagacité?

Lui-même il a pris soin de nous l’apprendre, et voici ses paroles : « Quant à mon ami Phiseps, et à moi, nous avons la conviction d'avoir entendu et d'avoir vu des choses ab- ' solumeyit incompréhensibles et inexplicables. Que cela NOUS SUFFISE ! )) IncompreliensibUi, inesplicahili ; c cio ci basti ! Mais, assurément, « ni luiy ni moi, nous ne ci'oyons aux Esprits! Nous pensons que Home exerce sur les per-

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sonnes présentes UNii fascination qui leur fait voir ce qui ni est pas. SI donc, en écrivant cette relation, je me suis servi du mot Esprit comme si j’y eusse foi, ce fut tout simplement pour laisser à cette comédie son caractère *. »

Mais ne faut-il donc point avoir à son service les facultés et la puissance d’un Esprit, pour faire éprouver à plusieurs personnes réunies une fascination , celle meme qui leur est annoncée, et contre laquelle elles se tiennent en garde? Comment ensuite un médium ferait-il voir aux gens leurs amis, leurs familiers, dont les traits et le caractère lui sont inconnus? Aussi M. le comte Spada nous dit-il avec l’accent et l’entrain de loyauté qui régnent dans son récit , avoir vu tomber devant ces faits, ainsi qu’il était juste de s’y attendre, la robuste incrédulité de personnes douées du plus haut bon sens : persone sensatissime che nulla credevano prima (même manuscrit). Et, pour ma part, je demande si les miracles de l’Évangile, dans le cas où ils seraient écrits et attestés par des incrédules à la divinité du Christ, perdraient

de leur autorité probante?

L’ex-sénateur Tallmadge, ancien gouverneur du .Yisconsin, passe en revue quelques hauts exploits de médium, et rencontrant sur son chemin les explications que leur adapte un savant, — explications dont la similitude n’est que trop frappante avec celles de M. le comte Spada, — il s’écrie : En vérité, « cette théorie serait plus merveilleuse que celle qui admet les Esprits! »

Des faits de cette nature, poursuit le sénateur, se sont répétés devant des centaines , devant des milliers de personnes qui les ont soumis à leur examen! (P. 44.) El c’est avec l’élite de la société de New-York, — ihe very elite of the City, p. 50, — que cet ancien gouverneur d’État rapporte

‘ Notre chapitre : Hallucinations, plus bas, réfute ou confirme ce mot fascination , selon les circonstances.

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