CHAPITRE TREIZIÈME
dons un instant vers les critiques dont les mains tressent des couronnes de laurier ou de folle avoine pour les imposer au front des antagonistes ou des champions de l’Église sur la question du Merveilleux.
La critique, en matière scientifique, marche nécessaire-' ment d’accord avec les règles de la science ; or, la science moderne proscrit le Merveilleux. (Journal des Débats^ 5 mai 1861.) Quiconque ose croire et se rendre aux prodiges n’est donc plus qu’un ignare ? En un mot, « la croyance au miracle et l’absence de science positive vont ensemble et sont étroitement liées ». (D'^ Littré , pré f. di Eus. Salverte, p. Lvi.) Ouvrons donc les yeux et voyons le dogme négatif de la science se substituer triomphalement à tous les dogmes de l’Église! Ce spectacle est sérieux, mais, hélas! il est aussi bien bouffon. Dans l’intérêt de la vérité, laissons-le paraître ce qu’il est. En signalant à toute la bienveillance de notre attention l’ouvrage de M. Maury, dont nous venons d’apprécier dans une simple note les tristes et pauvres allures, puis en caressant avec tendresse, et de ses deux mains, M. Figuier, auteur d’un traité sur le Merveilleux, l’un des écrivains préposés à l’examen de la haute question du Surnaturel, dans le Journal des Débats^ commence par se peindre dans ces quelques paroles : « 11 me revient, en ce moment, un souvenir de notre École normale... Nous étions là les anciens d'une savafite école ^ plusieurs l'espoir de la philosophie! » (7 mai 1861, Débats.)
Puis, ces titres de noblesse dans la science et dans la philosophie étant, comme au hasard, produits et jetés dans le discours, le Critique, se retournant vers les deux auteurs favoris qu’il vient de nommer, s’exprime en ces termes : « Voilà une rencontre curieuse de deux ouvrages qui se complètent Tun par l’autre, et daîis le meme esprit. Cet esprit est l'esprit de la science moderne, qui se passe du
îSfiO JJ< MONDE MAGigUE.
Mervoilleuai. 11 est présent partout dans le livre de M. Figuier; mais il est plus déclaré chez M. Maury, qui le proclame sous sa forme la plus générale et avec une liberté entière. J’ose recommander les ouvrages de MM. xMaury et Figuier comme indispensables à tous ceux qui veulent rélléchir sur ces matières et en parler. » {Journal des Débats ^ 5 mai 1861, Bersot.)
« La science ïua la magie, et c’est là que nous en sommes; elle NE s’arrêtera pas qu’elle n’en ait détruit les derniers restes. » {Journal des Débats, 5 mai 1861. M. Bersot.)
Veuillons donc céder un instant au charme de connaître le docte M. Figuier, dont la bouche vient de jeter aux quatre vents du ciel ces paroles, qui font trembler l’histoire et la religion sur leur base : « Il est certain que la physique moderne nous donne les moyens de répéter les miracles des anciens. » (V. !"■, p. 21.)
Un mot nous révèle ce maître, devant lequel le Merveilleux pâlit et s’éclipse. Ce mot est de l’un des principaux écrivains de la Revue qui se dit philosophique et littéraire, et qui, modestement, s’intitule la Critique française. M. Figuier, nous dit-il, cherche « à intéresser un public un peu superficiel, tout en indiquant les vrais principes de la science. » (IN® 7, io juin 1861, p. 567.)
Cependant, ce ministre des vérités scientifiques, que l’écrivain de l’École normale siégeant au Journal des Débats won?, recommandait tout à l’heure, comme le savant « indispensable à tous ceux qui veulent rélléchir sur ces matières et en parler », n’est point un homme farouche et qui se risque à nous épouvanter en disant trop vrai. Fort au contraire ! car les évangélistes de la science se gardent bien do prendre pour modèles ceux de l’Église! Aussi, lorsque M. Figuier « craint de dire trop, de blesser une conviction