CHANT H F, TREIZIÈME
OU à'nvouei' une opinion trop neuve, il plaisante, pirouette , et passe à une autre matière ». {Critique française, ibid., p. 568.) C’est là son mode de philosopher! Sa conscience de savant se tient alors au repos 5 elle est satisfaite; et bien loin de chercher à grandir ou à fortifier son public, il se mesure à la taille des humbles et s’applique à ne la point dépasser! Aussi échappe-t-il un moment à son panégyriste de nous dire : « On s’amuse à le lire, on apprend DES FAITS ; mais l'énigme reste intacte. » {Ibid., p. 568.)
Laisser intacte l’énigme , l’énigme de faits reconnus* et qu’il s’agit précisément de déchiffrer afin de se donner le droit d’en nier le Merveilleux ; habituer la vue qui cherche le vrai à se payer, comme d’un équivalent, de pirouettes et de parades scientifiques, voilà donc l’esprit, voilà le vœu de la science moderne sur cette question. Et quel dommage, eri vérité, de se contenter de si peu lorsqu’on affirme, d’une voix de stentor, que « la physique moderne nous donne les moyens de répéter les miracles des anciens » {Figuier, v. d, p. 21), lorsque, par conséquent, on dispose de toute la puissance dont usaient les Moïse et les Aaron, le Christ et ses apôtres; lorsqu’il est si facile, en un mot, de faire toucher du doigt l’inanité de leurs prodiges !
Mais, quelles convictions l’honorable M. Figuier craindrait-il donc si vivement de blesser en expliquant l’énigme du Merveilleux? Ce ne sera point, à coup sûr, celles que professent les gens du catholicisme, puisqu’il se plaît à les ofïènser du levant au couchant de son livre , et que l’un de ses faibles est de persifler les croyances du fidèle. Pour être l’un des hauts mi.ssionnaires de la vérité, suffirait-il donc, selon l’esprit de la science moderne , de respecter toute conviction hostile à la foi chrétienne? Et faire une piroueltci devant le public chaque fois que le mot de l’énigme donnerait gain de cause aux chrétiens, serait-ce donc moins que
LE MONDE MAGIQUE
peccadille pour un savant? De quelle date est ce privilège? Mais, en tous cas, le Critique français se formalise peu du fait; car, sous le vent des pirouettes de M. Figuier, loin de fatiguer ses poumons à crier au scandale, il se contente de dire d’une voix caressante et veloutée : « On voudrait, de la part d’un homme de sens droit et de science exacte, une solution raisonnée » ; mais, « l’embarras est grand, je LE SAIS , car l’auteur ne veut pas combattre l’opinion des corps savants. » {Ibid., p. 569.) Et nunc erudimini, qui judicalis !...
L’opinion des corps savants, qu’il faut éviter à tout prix de combattre, est si respectable, en vérité, si nous la jugeons par les paroles mêmes de notre Critique. Écoutons : a Les corps scientifiques ont nui à la solution du problème que toutes ces graves questions soulèvent. Ils ont w\é. systématiquement tous les faits qu ils ne pouvaient expliquer! et il est curieux et pénible en meme temps de lire dans l’ouvrage du D’’ Cornet [et ailleurs!) le récit des luttes dont l’Académie de médecine a été le théâtre au sujet du magnétisme... » {Ibid., lire la suite, p. 567.)
Quoi qu’il en soit, M. Figuier reste irréprochable aux yeux de ses amis lorsqu’il se refuse à combattre l’opinion des savants, pourvu que celte opinion n’ait d’autre tort que d’être fausse, et que sa fausseté masque une des grandes vérités de l’Église. Et libre sera proclamé tout M. Figuier quelconque de ne donner au public qu’une pirouette pour réponse, lorsque sa parole risquerait de blesser une conviction académique, ou d’avouer une opinion trop neuve. {Ibid., lire p. 568.) D’où celte conclusion bien simple et d’incontestable logique : Quiconque veut, en toute sûreté de renom scientifique, tenir débit de réponses conformes à l’esprit de la science moderne touchant le Merveilleux, devra fortifier ses jambes dans les hauts exercices de la voltige foraine ou