‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 132 sur 243 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

lliécUrale, cl professer la pirouette. L’opinion d’un public insatiable d’égalité aurait-elle donc élevé déjà l’Académie de musique et de danse au niveau des Académies qui s’intitulent savantes et morales?

Certes, ma plume se briserait plutôt que de signaler ce triste progrès, mais le fait parle de lui-méme ; et, d’après la parole môme de nos septembriseurs de miracles, la science moderne serait tombée si bas que, dans les circonstances critiques où les yeux, la voix, la raison du savant sont appelés à guider notre intelligence, ses jambes remplaceraient avantageusement sa tête. Mais , hélas ! lorsque les conciles académiques se substituent aux conciles de l’Église, est-il permis de trouver étrange que la pirouette devienne le langage et la dernière raison de la science? et nous étonnerons-nous de voir que ces philosophes de la voltige soient les hommes mêmes dont la Haute Critique y recommande les ouvrages à ceux qui veulent réfléchir sur ces matières et en parler »? (M. Bersot, Journal des Débats , 5 mai 1861.)

Observons cependant que la Critique française , malgré l’admiration qu’elle professe à l’endroit de M. Figuier, semblerait préférer sa langue à ses pieds; et qu’elle exprime quelques regrets de voir ce grand maître des secrets de la nature couvrir son opinion sous le boisseau, dans les cas où il Craint de blesser une conviction anticatholique {vide suprà). Écoutons ces faibles doléances, mais que la cause n’en échappe point 5 nos yeux; car une incontestable habileté... disons plutôt une hallucination nouvelle , motive cette légère préférence de la parole aux pirouettes.

« Il est étrange, reprend l’Aristarque français, de voir que ceux mômes qui se disent avec raison en progrès sur leurs devanciers n’admettent point que leurs successeurs puissent résoudre ce qu’ils n’auront fait qu’observer... et M. Figuier, qui blâme avec raison la faute que lit l’Académie

LE MONDE MAÜlOUE.

en refufsant toute discussion sur le maçjnètisme , devrait donner plus souvent sa propre opinion. » (P, 570. Vow ce que nous disons ailleurs sur cette conduite de V Académie.)

Or, pourquoi l’admii'aleur de M. Figuier, qui traite en vaincue la foi de l’Église, voudrait-il cependant qu’il daignât, qu’il osât « plus souvent nous donner sa propre opinion ); ? (/6«W., p. 570.) Pourquoi? — C’est que, dans la conviction de ce critique, le Surnaturel y recevrait le dernier coup !

Éclairé par un jour qui lui est inconnu, et dont la lumière l’halluciné; prophétisant, par cette raison, ce qui doit se réaliser un peu plus tard, mais tout en commettant l’erreur d’attribuer à la Nature ce qui est et sera le fait des Esprits railleurs et méchants que le catholicisme nomme démons, le Critique français décrit son espérance et sa foi dans les termes les moins ambigus. « Nous sommes persuadé, nous dit-il, qu’un jour on arrivera à produire tous ces phénomènes que les Académies nient aveuglément , et que les esprits crédules et faibles redoutent et attribuent à la magie ou au démon. » On les produira « aussi facilement, aussi fréquemment, aussi sûrement qu’à l’aide d’une pile de Bunsen on obtient l’étincelle électrique ». {Ibid., p. 572.)

Oh! nous sommes loin de vous démentir, et l’Évangéliste lui-même ne nous dit rien de moins lorsqu’il jette son regard et sa parole de prophète sur l’époque probablement assez prochaine que signale votre prévision. Oui, nous verrons se réaliser alors, de toutes parts, ces phénomènes et d’autres plus grands encore. Mais de ces prestigieux effets, ce ne

sera point l’homme, ignare et débile médiateur, ce sera l’ennemi de l’homme, le démon, celui que l’histoire du monde nous signale a chaque page comme le créateur et le révélateur de toute cette magie que, dans leur hallucination,

CHAVIÏRE TREIZIÈME.

quelques savants nomment secrets de nature, prestidigitation, artifice humain !

Écoutons, écoutons. « il s’élèvera, nous dit l’Évangéliste, de faux christs et de faux prophètes qui feront de grands prodiges et des choses fort étonnantes, jusqu’à séduire, s’il était possible, les élus eux-mémes. Et, moi, j’ai voulu vous les prédire. » {Saint Matthieu ^ ch. xxiv. 24, 25.)

Le Christ est ici, le Christ est là, vous criera-t-on [ibid.^ 23). Or, autant de ces christs, autant d’imposteurs, autant de médium ou de pythonisés ! Et ces prodiges, devenus si communs, seront un peu plus que des niaiseries, à coup sûr; car ils surpasseront ceux des plus célèbres magiciens; ils laisseront en arrière jusqu’aux mages de Pharaon qui captivèrent l’Égypte entière, ce savant pays*. Leur éclat fera pâlir ceux du prince des imposteurs et des mages, Simon, celui que les merveilles opérées à sa voix firent appeler la grande vertu de Dieu, sur le sol meme que le Sauveur et les apôtres venaient de couvrir de leurs miracles! {Actes des Apôtres^ ch. vin, f. 9, etc.)- Les élus seuls, et l’Église nous l’annonce, seront préservés de rhallucination commune, de l’entraînant et capiteux effet de ces prodiges. Et déjà, quoique nous ne touchions encore que le seuil de cette désolante époque, combien de savants ou d’imprudents, niant ou expliquant avec une déplorable suffisance des phénomènes qu’ils ne veulent ou ne peuvent comprendre, ne sont-ils point aveuglés ou hallucinés par les prestiges avant-coureurs, sur lesquels ils réclament les uns le silence ou les pirouettes, les autres la docte opinion de M. Figuier !...

Que, dans ces termes, il nous soit permis d’honorer assez sincèrement et cet écrivain, et les critiques qui l’exaltent

* Voir les papyrus traduits, Correspondant de fëv. I808, etc., et décrivant ce (pie nous déci'it la Bible, Exode, ch. vir, etc., le descri[)teur admirant et maudissant Moïse...

LE MONDE MAGIQUE

devant le public, pour préciser une fois de plus et définitivement le mal qui les possède et les travaille. Les défaillances de leurs sens, et des facultés visuelles de leur esprit, sont un fait placé sous le jour de l’évidence; on ne nous le contestera plus ! Libre donc à nous de ne reconnaître d’autre cause à ces excentricités et à ces erreurs de leur parole et de leur vue que le mal même de l’hallucination.

C’est là ce que des personnes moins familiarisées que nous ne le sommes avec cette progressante infirmité , pourraient naturellement attribuer au plus détestable des partis pris contre la raison et la vérité dont vivent le catholicisme, et non point la science moderne, mais la vraie science, celle qui est éternelle, sans passions et sans âge L

' Aidons cependant ceux dont les yeux savent conserver aussi pleinement devant les choses qui les blessent que devant

1 Un des écrivains de la Critique française a daigné promener ses regards au travers du livre intitulé la Magie au dix-neuvième siècle. Et l’éclat du mot magie, réagissant aussitôt sur ses yeux, qu’a t-il vu dans ce volume? Le voici : tout d’abord l’énormité commise par l’exgénéral des théatins, le R. P. Ventura, examinateur des évêques de Rome et du clergé romain, etc., etc. L’éminent docteur s’était permis d’adresser ît l’auteur une lettre publiée en tète de cet ouvrage , et dans laquelle nous lisons ces lignes : a Vous mettez en évidence V incontestable réalité des faits; votre impitoyable logique en démontre le caractère surnaturel et la nature démoniaque. » {Critique française, n“ du /|3 juin 1861, p. 567.)

Donc, s’écrie le critique français, sous l’irrésistible impression de son dérangement visuel ; « Cette simple phrase est le résumé du livre. L’auteur admet tous les faits merveilleux et n’en discute, n’en examine aucun. » [Ibid., p. 567.)

Ailleurs, la vue du même Aristarque continuant à fonctionner dans le même sens, au lieu de se rétablir, il traduit devant son public l’auteur de la Magie comme coupable d’agir et de parler en son propre nom. Et dans quelle circonstance? C’est dans le moment même où la physionomie d’historiographe de l’écrivain s’accuse et se met en relief avec toute la vigueur d’évidence des caractères typographiques; à l’instant où sa responsabilité de narrateur se retranche derrière le rempart inexpugnable et à jamais sacré du guillemet!... Encore une fois, que dire des yeux d’une telle critique? (Voir la Critique française, p. 566-7, et la Magie au dix-neuvième siècle, p. 125, etc.)

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