‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 133 sur 243 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

celles qui les llattent la droiture et la limpidité de leur vision;, aidoiis-les à voir comment le Merveilleux, en s’exilant des domaines de la science et lui refusant la clef de ses énigmes, lui laisse traîner dans la poussière ses ailes avilies et sans essor.

En suivant de l’œil les ravages et les raisons du mal hallucinatif, il sera curieux et instructif d’apprendre d’abord, et de la plume même du critique de l’école normale et des Débats, ce que c’est aujourd’hui qu’une académie, cet arbitre suprême de la foi raisonnable, cet équivalent des anciens conciles, ce juge en dernier ressort des croyances de notre vieille Europe’. Rien au monde ne nous dira mieux ce que doit être un public formé par le dogme de la négation du Merveilleux, et docile aux arrêts d’un tel aréopage.

Un fait merveilleux vient-il à éclater au milieu de nous, le public aussitôt de se dire : Ce fait est-il ou non ce qu’il paraît être? Mais à qui le demander? à la théologie? à un tribunal mixte de savants profanes et de théologiens ? C’était, jadis, la marche des choses; mais jadis nous déplaît aujourd’hui. La philosophie de la science profane n’esl-elle point de réduire à néant cette science religieuse qui prend son jour de si haut, et dont l’autorité nous blesse la vue?... Tournons donc nos regards ailleurs ; et vers qui ? — Rien

1 Les ligne.s qui suivent nous disent ce qu’étaient déjà tant d’académies avant l’époque actuelle ; c’est un illustre académicien qui nous le révèle.

La Science, pendant plus d’un siècle et jusqu’au delà de Ruffon , aiguisa les sifflets de toutes les académies contre les simples qui s’avisaient de soutenir que jamais les coquillages fossiles eussent été habités par des êtres vivants. Ces fossiles, affirmait-elle, n’étaient qu’un jeu de la nature ! M. h'’lourens, secrétaire perpétuel de l’Académie , persifle avec autant de finesse que de sagacité les innombrables arrêts scientifiques rendus sur cette question d’après l’esprit de la science moderne d’alors. (Voir dans la préface de la Magic au dixneuvième siècle.) Et la circulation du sang ! et les aérolithes I et tant de vérités qui ne s’installèrent qu’en bravant les huées des savants lü!

LE MONDE MAGIQUE

(le plus simple! Vers ce Iribunal universel, vers ce concile laïque qui pour nous, aujourd’hui, représente ce que nous sommes convenus d’appeler la Science, vers l’Académie. — Oui; mais encore qu’est-elle cette académie? que vaut-elle? que pèse sa critique, son jugement? Oreilles, oreilles, ne refusez point de vous ouvrir au langage môme de la philosophie normale !

Le public routinier, déshabitué de s’adresser pour chaque spécialité de phénomènes au département propre dont ils relèvent, se dit donc : Ma foi, « pour les faits scientifiques, l’Académie est là; il est impossible quelle n’ait pas une autorité considérable. » Et faisons remarquer, d’ailleurs, « ce que chacun a pu observer bien des fois, les singulières dispositions du public à l’égard de ce corps savant. Dès qu’une nouveauté paraît, le public a les yeux sur l’Académie. On la presse de se décider; on estime infiniment son jugement avant quil soit rendu. Est-il rendu et défavorable, ce qui arrive quelquefois, c’est un soulèvement universel. »

« Aussi qu’allait-on faire lui demander son avis? On sait bien que c’est un corps routinier ; qu’zY dort sur sa science; que ses idées sont comptées, et que cela le dérangerait d’en admettre une de plus. » {Journal des Débats, 7 mai 1861, E. Bersot. )

Voilà donc ce que vaut l’Académie pour le public môme qui suce le lait de ses doctrines. Mais le public se montre vraiment digne de ce somnolent aréopage, jugé par le philosophe de l’ancienne école normale auquel le Journal des Débats prête sa chaire et sa parole. Car, l’érigeant en tribunal universel, et dormant lui-môme avec une paresseuse et aveugle confiance sur les arrêts qu’il a sollicités, il finit par porter la peine de sa grotesque inconséquence et partage l’hallucination ou la cécité de ce docte corps. Au bout de quelque temps, en effet, lorsque vient à réapparaître le fait

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