CHAPITRE TREIZIEME
Devîint nos philosophes de destruction et de mort, qui n’admettent ni le témoignage légitime d’autrui, ni celui de leurs propres sens, adieu donc désormais toute histoire, adieu toute certitude historique, adieu par conséquent tout le catholicisme. Car, sous les inspirations de ces régulateurs de nos inorèd alités J substituées aux leçons de l’Église, la grande régulatrice de nos croyances , chacun de nous fait acte de raison dès (ju’il refuse d’adhérer à la foi du chrétien , cette foi divine n’ayant pu s’établir que grâce à une série de faits historiques et naturels, ou sortis du prodige. Nul de nous, cependant, n’a vu ces faits que lui rapportent la tradition et l’histoire, c’est-à-dire le simple témoignage humain. Sur chacun de ces faits, d’après la règle du critique de l’école normale, chaque « témoin serait — donc — injuste s’il prétendait m’astreindre à croire à sa parole. » Oh! hallucination de la philosophie, qui se a uæ sentiments de la science moderne!
Est-ce donc toujours en vain que mille voix s’élèveront pour répondre ; Mais ces faits, qui n’engendrent pour votre vue malade que le doute, ont, par eux-mêmes, un caractère indubitable. Ils furent, en raison de leur décisive et immortelle importance, l’objet du plus sévère examen de la part des nombreux et si disparates témoins qui les adoptèrent; et loin que cette adoption, qui se perpétue, flatte et caresse les penchants humains, elle les heurte et les violente. Car la religion, née de la croyance de ces faits, impose à l’homme une série d’actes et de sacrifices en lutte perpétuelle avec les plus infatigables appétits de sa nature. Mais de quel poids seront, auprès de nos implacables professeurs de doute, ces raisons, dont nous ne donnons ici que la quintessence, tant elles sont élémentaires pour ceux dont l’éducation reçut une teinture de saine philosophie! Les hommes de parti pris qui ont épousé le scepticisme moderne, se faisant un argument de leur ignorance ou de leur aveuglement philoso-
LE MONDE MAGIQUE
pliique, n’auront-ils point, toujours et sans cesse, à nous répondre : Je ne les ai point vus, vos faits! — Et, qu’importerait alors si les miracles ou les prestiges dont la science et la religion bénéficient allaient se répétant sur la plus vaste échelle? Cette répétition ne s’accomplirait sous leurs yeux qu’en pure perte; car si les académies, qui, pour les dévots de la science moderne, remplacent les conciles, devaient être les grands juges de la réalité de ces faits et de leur portée , ces corps augustes et solennels seraient là, dormant sur leur science, ainsi que l’énonce en termes si pittoresques le critique siégeant diVi Journal des Débats, k^dxiitoutes leurs idées comptées, ils éprouveraient un trop fâcheux dérangement s’ils s’avisaient d’admettre une idée déplus! {Id.,ibid.)^ Eh quoi donc! une idée catholique dans une académie représentant cette science hallucinée qui ne peut soutenir la vue du Merveilleux !
Peuples, accourez, écoutez, voici des nouveautés pour
vos académies; voici des faits extraordinaires, éclatant de toutes parts; je les ai vus, ils sont innombrables! Innombrables et dignes de toute créance sont aussi les témoins qui les affirment. Rien d’ailleurs ne se manifeste dans la production de ces merveilles que le témoignage des sens ne constate avec autant de facilité que la production des faits les plus vulgaires. Car, voir sortir et rentrer par la fenêtre une paire de pincettes ou marcher une cadavre qui reste cadavre, cela demande-t-il à des yeux sains et tout grand ouverts un plus fatigant effort que de voir marcher un vivant? —
Non, certes! Mais l’Académie ne s’est point prononcée
sur ces faits, l’Académie en corps ne les a point vus!... elle qui ne compte que pour néant le témoignage de ses propres individualités. Les savants qu’inspire \' esprit de la science moderne se bornent donc intrépidement à les déclarer impossibles, et leur volonté les' repousse. En vain,