‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 137 sur 243 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

Hallucinations du genre spirituel. — Le curé d’Ars, ses confrères el le démon. — Sainte Térèse. — Les trois sortes de langages internes, les trois sortes de visions, et les savants religieux qu’elle consulte. — Les tentations de sainte Angèle de Foligno, et les directeurs. — Mot de saint François d’Assise.

Mais les hommes du monde profane scientifique ne sont point les seuls que le jour trop éclatant ou insolite des vérités ou des faits surnaturels éblouisse ou halluciné. Notre plume impartiale s’empresse de proclamer ce phénomène digne des j>lus sérieuses méditations, et de placer à côté de nos très-simples paroles quelques preuves aptes à en fixer le sens. Permettons-nous donc de voir et de dire qu’un dérangement de vue tout hallucinatif, et quelquefois assez étrange pour sembler à peu près inadmissible, existe et se manifeste de temps en temps, sous plusieurs formes, jusque parmi les hommes d’élite dont les pieds foulent les dalles du sanctuaire. Nous voyons ce mal les saisir, de préférence, dans les sinistres époques où je ne sais quelles vapeurs, s’exhalant du fond de l’abîme, enveloppent tout être qui respire, frappent de langueur et d’hébétement jusqu’à ta foi qui se croit robuste, et s’attaquent aux yeux mômes de quelques-uns de ceux que nous appelons à très-juste titre les vigilants, les prudents et les sages. — Le caractère de ce désordre visuel est moins de métamorphoser l’objet sur lequel se portent les regards , que d’en effacer les contours, que d’en jeter les formes dans le vague ou de te dissoudre dans la transparence de l’air ambiant. 11 nous reste à l’examiner dans quelques-uns de ses remarquables exemples U

1 Nous voulons d’ailleurs que le premier exemple de ce phénomène, tel qu’il est choisi de notre main, sorte d’un livre dont les lecteurs de bon goût et de sens chrétien s’empressent d’orner leur bibliothèque. Car ses pages nous redisent l’histoire d’un homme dont la vie est toute une merveille; elles nous consolent, elles nous animent de

26G LE MONDE MAGIQUE

« J’écris en regard du Maître de ma conscience, » nous dit M. l’abbé Monnin en nous présentant la vie de M. le curé d’Ars (18G2), et chacun de nous « doit comprendre que le superbe dédain avec lequel étaient accueillis, il y a quinze ans à peine, les récits de manifestations diaboliques, ne peut être de mise à une époque où les plus étranges phénomènes sont venus accumuler les preuves de leur efpimynnte réalité. » (P. 384-385.)

Disons donc hardiment que, tout à coup, le saint curé de ce village se vit en butte aux attaques opiniâtres du démon. « Ordinairement, c’était à minuit que trois grands coups frappés à la porte extérieure de la cure avertissaient le curé d’Ars de la présence de son ennemi. Un instant après, sans que la porte se fût ouverte, le démon était dans la chambre, remuant les chaises, dérangeant les meubles, furetant partout, appelant M. le curé d’une voix moqueuse : Vianneyî Vianney!... et ajoutant à son nom des menaces et des qualifications sarcastiques... Oh! nous t’aurons bien, va! nous te tenons, nous te tenons!... » D’autres fois, il imitait une charge de cavalerie, ou le bruit d’une armée en marche.

douces espérances, et rassasient à la fois l’impérieux besoin qui nous presse de savoir, d’imiter et d’aimer.

L’auteur de cet ouvrage (la Vie du simple et modeste curé d'Ars, M. Vahbé Vianney, par M. l’abbé Monnin, iSGâ), que je n’ai point l’honneur de connaître , eut l’extrême obligeance de m’en faire parvenir, quelques mois avant la publication, un chapitre ayant pour titre : Luttes avec le démon. J’ai cru relire, en lisant l’histoire de ces assauts, la vie de l’im des Pères de la Thébaïde, et je me suis plus d’une fois rappelé , à propos de ces combats visibles et sensibles avec le démon , que la paix est aux gens du milieu , à ceux qui ne sont ni parfaits en bonté ni d’une parfaite malice. Guerre donc et dangers terribles aux grands criminels ; l’enfer les saisit, les déguste d’avance et commence à se les approprier sur un terrain où la miséricorde de Dieu, qui va leur manquer à tout jamais, leur reste un moment encore entr’ouverte par les voies de la terreur. Guerre aussi, mais triomphe aux hommes d’une rayonnante sainteté ; Dieu les éprouve et les épure ; leur purgatoire est en ce monde ; Satan luimême les y flagelle. — Id., Nicole de 1 ervins, chez Plon, 1863.

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