CHAPITRE QUATORZIÈME
iTantôt il enfonçait des clous dans le plancher à grands coups iide marteau, tantôt il fendait du bois, rabotait des planches, ?sciait des lambrisj... ou bien, il battait la générale sur la ■ cheminée, ou sur le pot à l’eau V.. (P. 391.)
Ces histoires, ori le pense bien, firent grand bruit. Elles (excitèrent des contradictions,... car la nuit est complice de [l’erreur... Toutefois, comment supposer que le curé d’Ars sse fût trompé, indépendamment des témoins de ces premiers [faits? Son tempéraine7it n’avait rien du visionnaire; iil n’était nullement crédule , il était doué de bons yeux, de [bonnes oreilles et d’un excellent jugement, qualités préccieuses d’un bon témoin. Ces sortes de tribulations se renou- >velèrent, d’ailleurs, pendant un laps de trente années; il les .attesta des milliers de fois, et combien cet homme si droit et ‘si sûr n’eût-il point préféré la mort au mensonge!
Cependant, le genre d’hallucination morale dont nous .avons prévenu le lecteur ne devait point tarder à prendre ‘Son cours; et bientôt, malgré la sainteté connue éw mré td’Ars, malgré l’autorité de témoignages parfaitement nets tet précis sur ces faits, des aveugles accusèrent ses yeux de ;se créer un spectacle de fantaisie, et se rirent de ses visions.
Devant une autre série de prodiges, déjà, le savant P. de Ribera s’était écrié, la désolation dans le cœür : « Si nous contions cela à quelqu’un de ces temps-cy, combien y en en auroit-il , de ceux qui se tiennent des plus doctes et spirituels , qui s’en moqueroient et en feroient leurs comptes? » {Vie de sainte Térèse ^ p. 19. Lyon, 1620.) Des hommes inspirés à leur insu de ce môme esprit sceptique, démentirent donc, au nom de la raison et du bon sens, la parole la plus positive du bon curé. « Les démentis
< .l’ai souvent entendu ces bruits, et en compagnie savante, hors de toute possibilité d’erreur et d’hallucination. (Voir la Muyie au dixneuvième siècle, ch. i.) Ces bruits s’accomplissaient même à notre commandement.
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persévérèrent; ils partaient rS-uriout des rangs du cleiyéj | (|ii’on a tort, soit dit en passant, de supposer crédule. La crédulité est en raison inverse de la foi. Aussi les philosophes sont-ils, selon l’expression d’un ancien, de Sénèque lui- ■ môme, une race crédule. » A défaut de croyances religieuses, t raisonnées et savantes, ils épousent chacun quelque superstition favorite. Vous en doutez peut-être? — Eh bien, ajoutez un treizième convive à la table de cet esprit fort, et vous verrez s’il pâlit, s’il se trouble, si^sa raison chancelle, ... s’il se hâte ou non de donner à sa table un convive de moins ou de plus. Ou bien, renversez la salière de celui-ci; croisez la fourchette et le couteau de celui-là; jetez, de bon matin, sur le sentier de cet autre un prêtre ou quelque pauvre vieille tremblotant sous le faix de l’âge;... offrez-lui les carrosses du roi, mais à la condition, s’il y monte, d’y voyager un vendredi;... que sais-je encore?... Tout à coup, ce môme savant, ce persifleur du Merveilleux, cet impertubable interprète des secrets de la nature , cet esprit fort, en un mot, qui, devant les dogmes et les miracles du christianisme, porte en cocarde son incrédulité; voyez, le voici tout blême! le voici plus crédule et superstitieux , plus tremblant et moins maître de lui que la plus chevrotante des bonnes femmes! | O mon Dieu, quelle anilité!... Cependant, laissez cet homme supérieur et donnez-lui le temps de reprendre haleine, ce sera, gagez-le sans crainte, si peu que vous le ; mettiez sur la voie, pour rallier ses esprits émus et sa morgue |j railleuse contre la foi si raisonnable et si noble du catho- ; lique ! I
Est-ce que, par hasard, croire à ces dogmes de la su- | perslition , ce ne serait point croire aux prodiges , et au Merveilleux dogmatique? Être pilier d’académie, se proclamer esprit fort, n’agréer d’autres lois, ne tolérer d’autre culte que celui de la pure raison, et croire en même temps