‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 139 sur 243 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

là cette vertu persécutrice des nombres, à cette implacable \ vengeance du sel répandu ou du vendredi bravé par un voyage, ce serait chose aussi sensée que naturelle? Quiconque se fait ohilosopbe et se voue au culte exclusif de la raison acquiert donc, par cette unique profession de foi, de bien rares et sin- ..guliers privilèges ? Les hommes forts du catholicisme abandonnent gaiement aux philosophes cette vaine et puérile icroyance aux dogmes et au Merveilleux de la superstition; rmais, aussi, tout ce que l’Église professe et croit, ils l’admet- Itent. Or, d’un bout à l’autre de son histoire, l’Église enseigne ila réalité des manifestations diaboliques depuis l’origine du imonde jusqu’à nos jours. Cependant il arriva plus d’une fois, tet dans plus d’une localité, que, même chez quelques bons et ifort estimables prêtres, la vue inlellecluelle et la foi eurent • quelques crises de défaillance, quelques moments de suriprise et de défaite. Mais rassurons-nous; Dieu, dans son [insondable sagesse, ne permet ces chutes chez ses élus que ;pour accroître, par les voies de l’humilité, leurs vertus et la •science dont ils sont les distributeurs. Et, puisque les i habitudes de l’Église militante ne sont point de jeter un voile sur les plaies qui témoignent des misères et des tris- ! tesses de son humanité, gardons-nous de taire ces fautes plus qu’elle ne tait aujourd’hui môme les faiblesses adultères du roi prophète, ou le reniement du prince des apôtres.

L’épidémie d’incrédulité rationaliste, dont les miasmes infectent depuis si longtemps notre atmosphère , réagissait jusque sur la zone que purifiait la présence du saint curé d’Ars. « Si le curé d’Ars vivait comme un autre, ■ — se disaient donc l’un à l’autre ses confrères, — s’il prenait sa dose de sommeil et de nourriture, cette effervescence d’imagination se calmerait, son cerveau ne se peuplerait pas de spectres, et toute cette fantasmagorie infernale s’évanouirait. )) (P. 397-308.)

LE MONDE MAGIQUE

A leurs yeux faussés par le miroitement des préjugés qui i voltigent dans notre atmosphère, les yeux du saint prêtre i étaient hallucinés. Aussi niaient-ils, au nom de la raison, les ' témoignages sérieux qui s’ajoutaient à celui de leur admirable I confrère Mais celui-ci ne vivait pas d’une vie semblable à la leur! N’était-il halluciné, par hasard, que parce qu’il i vivait de la vie mortifiée des grands saints?... Oh! gare i

1 Si, dans celte fausse voie, on voulait raisonner avec une rigou- • reuse logique , on se dirait : Et pourquoi donc nous arrêter en si beau j chemin? Quelques pas encore, et nous allons devenir entièrement raisonnables; nous allons échapper à la nécessité de reconnaître et d’avouer en nous l’une des plus quotidiennes hallucinations que le i chrétien puisse subir, et que sa nature ne peut vaincre! Hallucination dont la foi nous enseigne que nous sommes les victimes, mais que la raison , sevrée de la foi , nie de toute la force de ses dédains. Voyez : ce pain sur l’autel ; ni sa forme ni sa substance ne trompent vos yeux jusqu’ici : ce n’est encore que du pain ! Mais le prêtre vient de prononcer quelques paroles ; y vîtes-vous s’opérer quelque changement ? Non; rien n’y changea! Là, cependant, un prodigieux mouvement j vient de s’accomplir, et vos yeux en continuant de voir, sans altération de forme et de couleur, ce qu’ils y voyaient tout à l’heure, sont devenus hallucinés. Ce qui est, vous ne le voyez point ; et ce qui n’est plus, vous le voyez encore ! Devant cette apparence de pain, devant cet unique objet, toute justesse de vue s’est échappée de vos yeux; un voile singulier leur donne le change, et leur fait prendre pour la réalité des apparences qui les déçoivent. Non, le pain qu’ils se figurent apercevoir n’est plus, car la puissance sacerdotale l’a détruit d’un mot, anéantissant sa substance et sa forme ! Oui, le corps invisible, spirituel et impalpable de Notre-Seigneur a tout d’un coup remplacé cette nourriture visible, matérielle et palpable. Voilà ce que nous dicte la foi. Voilà, de plus, la croyance que réhabilite de nos jours, au sein même des universités protestantes de l’Angleterre, la science reprise à sa source et se régénérant dans les plus sérieuses études. Voilà, pour ajouter le témoignage des sens de l’homme à la parole de Dieu, voilà ce que de nombreux miracles rendirent maintes fois évident pour des yeux étrangers à la science. Ainsi donc, la puissance et la sagesse de Dieu s’unissent pour établir dans nos sens d’inévitables, de miraculeuses et régulières hallucinations, qui voilent à nos yeux les splendeurs divines... Mais; si nous avons nié le Men'eilleux le plus facile à constater, celui qui frappe nos sens, de quel droit admettre et reconnaître sous les apparences de ce pain, ou partout ailleurs, le Merveilleux dont la notion ne peut arriver jusqu’à nous (jue par les voies de notre intelligence?... ^

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