‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 140 sur 243 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

donc, alors, gare à celte sainteté transcendante dont l’hallucination serait le premier fruit!... Puis, gare à la fausseté de parole de ceux qui mènent celte vie sainte , et qui nous donneraient, en guise de vérité, leurs divagations hallucinatives! Arrière, en définitive, les grands saints, eux que l’Église nous propose à titre de grands modèles et de grands docteurs, et que leur vie de macération dégage de la chair!

... Allons, « nourrissez-vous mieux, lui disaient ses confrères, qui^’flm?<ÿ«/e?îÿ du bruit de ces vexations diaboliques; c’est le meilleur moyen d’en finir avec toutes ces diableries. » Un soir môme, à la cure de Saint-Triviers et pendant lie cours d’une mission, « on le prit sur une gamme plus * haute; la discussion s’anima du côté des contradicteurs, et leur raillerie s’échappa en jets plus amers et moins contenus. Il fut convenu que toute cette mystique infernale n’était que rêverie, délire, hallucination!... et le pauvre curé fut traité, en toutes lettres, de visionnaire et de maniaque! — Votre cure, lui disait-on, est un taudis où il n’y a ni propreté ni arrangement. Les rats y sont chez eux ; ils y prennent leurs ébats jour et nuit, et vous croyez que c est le diable! ... Le bon curé ne répondit pas un mot à ces savantes diatribes.

» Mais, voilà qu’à minuit les railleurs sont réveillés en sursaut par un affreux vacarme. La cure est sens dessus dessous; les portes battent; les vitres frissonnent; les murs chancellent, et de sinistres craquements font craindre qu’ils ne s’écroulent. Ln un instant, tout le monde est debout; on se souvient que le curé d’Ars a dit : — Vous ne serez pas étonnés si, par hasard, vous entendez du bruit cette nuit. On se précipite dans sa chambre; il dormait tranquillement. — Levez-vous, lui crie-t-on; la cure va tomber. — Oh! je sais bien ce que c’est, répond-il en souriant, 11 faut vous aller coucher, il n’v a rien à craindre. On se rassure, et le

bruit cosse.. A une heure de là, quand tout est redevenu silencieux, un léger coup de sonnette retentit. L’ahbé Viaimev se lève, et trouve à la porte un homme qui avait fait plusieurs lieues pour venir se confesser à lui

)) Un des missionnaires, M. l’abbé Chevalon, de pieuse mémoire, ancien soldat de l'Empire, demeure si frappé de cette étrange aventure qu’il disait en la racontant : — J’ai promis au bon Dieu de ne plus plaisanter sur ces histoires d’apparitions et de bruits nocturnes, et, quant à M. le curé d’Ars, je le tiens pour un saint. » (P. -400, 401.) ‘

... Nous remarquerons que, lorsque les taquineries du démon redoublaient de fréquence et d’intensité, le bon curé prévoyait que la grâce lui amènerait bientôt quelque grand pécheur à convertir. Ses pressentiments étaient rarement ; trompés M

Nous pourrions citer d’autres tours diaboliques « qui sont particulièrement avérés pour nous, dit M. l’abbé Monnin, si nous ne craignions d’étendre hors de toute mesure un cha- ! pitre déjà trop long ». {Ib.^ p. 419.) Et, d’ailleurs, u les faits qui se sont passés sous nos yeux dans leur effrayante réalité n’étonneront que ceux qui sont demeurés systématiquement étrangers à l’histoire de la saiiiteté dans le monde. Les pages du Bréviaire en sont remplies, et il est peu de monuments hagiographiques qui n’en offrent des traces. » (P. 426 et suiv.)

Et vous, monsieur. le docteur Calmeil, ou messieurs les savants de même école, écoutez-nous, daignez nous écouter avec patience, vous qui, dans la crainte de tomber au rang des hallucinés, vous plongez dans une hallucination perpétuelle.

^ ün jour, l’idée vint à quelqu’un de demander au démon qui tourmentait une possédée amenée au saint curé d’Ars pour être guérie de sa possession ; « Oui est-ce qui fait tourner les labiés? — C’est moi, reprit-il ; le magnétisme, le somnambulisme est mon affaire. »

CIIAPITRJS QUATORZIÈME.

^Vouloir rejeter ce qu’il y a à' objectif clans ces faits, — c’est-à-clire de réellement existant en dehors de la personne :qui les contemple, — s’obstiner à n’y voir que la création I fantastique et les jeux d’une imagination frappée, sous i Tunique prétexte que ce ne peut être autre chose, c’est -évidemment sacrifier le monde extérieur et ses lois. Si des '.perceptions aussi claires et aussi fréquentes ne sont c|ue des .rêves, rien n’empêche de regarder comme des rêves la vie itout entière. On aura beau faire et beau dire, il y aura toujjours des choses qui resteront inexplicables autrement que [ipar l’intervention d’une puissance au-dessus et en dehors de lia nature. Et ce n’est pas une des moindres preuves de la i^randeur de l’homme que le ciel et Tenfer se disputent ainsi sa cconquôte et l’estiment assez pour entrer directement en lutte ià cause de lui. » (Abbé Monnin, F'ie du curé d' Ars, p. 429.)

Ayons maintenant un mot pour ces personnes dont H’éminente sainteté se trouve être parfois une cause d’halluccination et d’erreur, une pierre d’achoppement au prêtre rmême que la théologie dresse et forme pour la conduite des àâmes. Car Dieu seul donne et mesure ce c]ue nul au monde nne confère : le don si précieux et si rare du discernement des lEsprits.

Humble et docile aux ordres de son supérieur, Térèse, 1.1a grande sainte, révèle et découvre les mystérieux trésors lilont le Seigneur la comble. — Je crois utile, mon père, l’d’exposer la nature des paroles que Dieu adresse à Tâme, rcar nous les entendons d’une manière beaucoup plus claire tique si elles arrivaient par les sens. Nous pouvons fermer nos ( Oreilles à la parole humaine, mais celle de Dieu s’impose. C’est •le maître qui parle! J’ai résisté deux ans à ces paroles intérieurres, et j’ai constamment vu que tous les elforts sont inutiles ‘ !

‘ Le P. Bouix. Vie de sainte Térèse écrite par elle-même, p. 319, etc.

édition. Paris, 1857. Je refonds mon travail; je supprime des choses

LE MONDE MAGIQUE

Lorsque c’est notre entendement qui se parle à luimôme, il voit qu’il n’écoute point, mais qu’il agit; il reste libre de porter ailleurs son attention, et ses paroles ne produisent aucun efl'et ; elles passent, s’oublient, a et manquent de cette clarté caractère inséparable de celles de Dieu ». Lorsque Dieu parle, l’entendement écoute ce (\\\ un autre dit ; et porter ailleurs son attention n’est plus en son pouvoir. Ses paroles changent l’âme et la rendent capable de tout entreprendre pour son service, lui faisant comprendre qu’elles sont paroles et œuvres tout ensemble. L’âme qui, naturellement, est incapable de les concevoir, le serait beaucoup' moins encore dans l’extase; car, ses puissances étant alors suspendues, comment entendre ce qui ne se présenta jamais à sa mémoire? (P. 319 à 323.)

Le doute, quelquefois, s’élevait dans mon âme lorsque ^ des vérités m’étaient annoncées; non point au moment, c’eût été impossible, mais beaucoup plus tard... et long- j temps après je voyais s’accomplir tout ce qui m’avait été dit. i Bien différentes des nôtres, ces paroles ont quelque chose de réel et de subsistant; imprimées dans notre mémoire, elles ne peuvent s’en effacer. Enfin, il dépend de nous d’entendre les paroles de notre esprit, et nullement celles de Dieu, qui, d’ailleurs, dompte nos résistances lorsqu’il nous parle. |

Autre est le troisième langage, celui du démon. Souvent ; ses paroles n’ont rien de mauvais, et semblent conformes à la i vertu; mais les effets en sont détestables; ils ne sont jamais i bons. Elles répandent le trouble et l’inquiétude, ne suscitent i qu’une humilité fausse et ne causent qu’une douceur trom- i pense, suivie de dégoût et d’effroi. Tous les biens semblent j se cacher devant elles et s’enfuir de l’âme, dont les quelques !

et des explications admirables. J’extrais ; mais je reste littéral. L’espace, ' et la règle des proportions que doivent avoir les parties d’un même ' tout me condamnent à cette cruelle réduction. Que le lecteur ouvre ! cette Vie, et se pénètre surtout du chajrilre xxv, etc. ,

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