CHAPITRE QUATORZIÈME
jamais vu des yeux du corps celte vision , quoique imayinaire, — c est-à-dire étant celle d^ une forme sensible^ — mais seulement des yeux de Vâme, Au dire de ceux qui le savent mieux que moi, la, vision précédente est plus parfaite que celle-ci^ et celle-ci l’emporte beaucoup sur toutes celles qui se voient des yeux du C07'ps : ces dernières sont les moins élevées, et les plus sujettes aux illusions du démon. Comme alors j’avais de la peine à le croire, je désirais, je l’avoue, voir des yeux du corps ce que je ne voyais que de ceux de l’âme, afin que mon confesseur ne pût pas me dire que ce n’était qu’une rêverie. » (P. 367.)
« Le démon s’efibrça trois ou quatre fois, ce me semble, de me faire voir Notre-Seigneur de cette même manière, par une fausse représentation. Mais s’il peut prendre la forme d’un corps qui serait de chair, il ne saurait contrefaire cette gloire qui resplendit dans le corps de Notre-Seigneur, quand il se montre à nous. Ces visions portent, chacune, des caractères propres, et comme l’empreinte de leur auteur. Ainsi, pourvu qu'une âme ne veuille pas être trompée, et qu’elle marche dans l’humilité et la simplicité, ne crois pas qu elle le puisse être. Il suffit d’avoir vu Notre-Seigneur une seule fois, pour reconnaître sur-le-champ une vision qui est l’ouvrage de l’esprit de ténèbres. En vain commence-t-il par faire goûter un certain plaisir; l’ame le rejette avec je ne sais quelle horreur. Elle voit, en outre, que l’amour qu’on lui témoigne ne porte pas les caractères d’un amour chaste et pur !... (P. 374, 375.)
» Mais \ imayination ne pourrait-elle pas se représenter ainsi la personne de Notre-Seigneur? Non ; cela est de toute impossibilité... Comment pourrions-nous nous représenter dans un instant des choses qui v\ ont jamais été dans 7iotre pensée, et que l’imagination, après de longs elibrts, ne pourrait même concevoir, tant elles sont élevées au-dessus
LE MONDE MAGIQUE
(le toul ce qtie nous pouvons comprendre ici-bas? etc., etc.
))Sur toutes ces merveilles, je'ne m’ouvrais d’ordinaire (]u’à mon confesseur; cependant, sur son ordre, je communiquais de temps en temps avec quelques autres grands serviteurs de Dieu, auxquels, à ce titre, j’accordais pleine confiance. Comme ils avaient pour moi beaucoup de dévouement, leur crainte que je ne fusse trompée par le démon n’en devenait que plus vive. Je le craignais extrêmement aussi, quand j’étais hors de l’oraison; car, une fois dans le saint entretien, Notre -Seigneur daignait me rassur er,. J’alléguais ces raisons et quelques autres' à ceux qui me disaient si souvent que mes visions étaient X ouvrage de V Esprit ennemi, et un jeu de mon imagination... Mais auprès A' hommes si saints, et dont cependant le Seigneur se plaisait à troubler et à confondre la vue, toutes les raisons d’une pécheresse telle que moi demeuraient inutiles; car ils étaient conduits une voie différente. Ils s’assemblèrent donc pour délibérer sur ce sujet et prononcèrent tous, à' un commun accord , que ce que j’éprouvais venait du démon. Ainsi, d’après eux, je devais communier plus rarement, et me distraire de manière à éviter la solitude''.
» J’obéis; j’eus tout le monde contre moi; quelques-uns même proclamaient que l’action du démon était manifeste, et « la chose vint si avant qu’il y eut plus d’une personne )) qui me v(5ulut conjurer [exorciser) comme démoniaque. » (Le P. de Ribera, ch. x, p. J06.) Mon confesseur, seul, tout en suivant les avis des hommes sages dont je parlais, mais afin de m’éprouver comme je l’ai su depuis , me consolait toujours. (Le P. Buuix, ih.f^. 332.)
)) Enfin, Dieu calma cette tempête; mais ces hommes
^ Je suis réduit à en supprimer la plus grande partie.
2 P, Bouix, Sainte Térèse, p. 331. L’erreur qui consiste à prencJre les opérations démoniaques pour celles d’anges de lumière est bien plus commune, et quel plus grand danger! '