CHAPITRE QUATORZIEME
« d’«??e vie édifiante, et qui avaient la science pour euœ », (p. 331) s’étaient trompés! Dieu avait permis, pour leur instruction et pour les progrès de mon ame, que les yeux de leur intelligence égarés prissent l’opération de son esprit pour celle des Esprits de ténèbres! — Un nuage trompeur s’était joué de leur vue. Voici donc, en pareil cas, la règle de conduite la plus sûre. « Elle n’a aucun danger, elle offre de » nombreux avantages; et nous, femmes, qui sommes étran- » gères à la science, nous devons surtout nous y conformer :
» c’est de faire connaître notre âme tout entière, et les » grâces que nous recevons, à un confesseur éclairé, et » de lui obéir. Noire-Seigneur lui-même me l’a ordonné plu- » sieurs fois. Car c’est un grand trésor que la science ! L’Es- » prit de ténèbres redoute singulièrement la science humble » et vertueuse! ... Quant à ceux qui me condamnaient et » voulaient me convaincre d’illusion, ils ne cherchaient en » tout que la gloire de Dieu et le salut de mon âme! » (/û., p. 340-379, etc., etc.)
A ces paroles de Térèse, j’ajouterai donc : Dieu permit, sans doute, les étranges et opiniâtres dérangements de vue de ces hommes éminents, afin de leur inspirer, au moment où il guérirait leurs yeux, une humilité plus profonde et une plus juste défiance d’eux-mômes; afin que l’éclat môme et le retentissement de leur faute avertît leurs successeurs, et fît avancer dans les voies du progrès la science mystique, dont ils étaient les pionniers; puis encore, afin d’épurer Térèse, afin de glorifier l’humilité de cette femme qui ne pouvait se lasser de croire à son ignorance, tandis que la science divine, désertant la bouche des savants, épanchait par ses lèvres des trésors de vérités sublimes*.
^ Térèse a parlé, mais que vaut sa parole? L’Église nous dit : La science de Térèse- « est une doctrine céleste dont il est à souhaiter que les âmes des fidèles se nourrissent. » {Ibid., p. II.) Lire la bulle
280 LE MONDE MAGIQUE
Un dernier mot nous reste à dire touchant une sorte d’hallucination dont l’effet est de nous égarer jusque sur le domaine de refuge des sacrements. Elle est, le [dus souvent, celle de saintes âmes, qui la font quelquefois partager à leur directeur, s’il n’est homme d’expérience. Ainsi, par exemple, lisons-nous dans la vie de sainte Angèle de Foligno, à propos des taches que les personnes pieuses se figurent apercevoir sur le fond pur et sans replis de leur ame, « on né discerne pas assez la distance qui se trouve quelquefois entre la déclaration verbale de quelques saintes personnes et ce qui se passe réellement devant Dieu, dans le fond de leur cœur. » (( 11 est certain qu’une âme peut éprouver, nialgré elle, des sensations corporelles et des affections spirituelles que sa volonté réprouve lors même qu’elle croit et qu’e//e assure que son cœur s'y abandonne complètement. Saint Paul semble avoir été soumis lui-même à cette épreuve.
» 11 n’est pas moins certain qu’il y a un état surnaturel dans lequel une âme éprouve des tentations dont elle se croit coupable, quoique sa volonté n’y soit pour rien... Pour bien comprendre ce phénomène spirituel, il faudrait savoir jusqu’à quel point Dieu permet quelquefois au démon d’étendre sa puissance et sa malice, et le pouvoir qui lui est donné d’agir sur les humeurs du corps et sur ses organes, de même que sur ses facultés intellectuelles; non qu’il puisse j forcer la volonté de l’homme, mais la provoquer, l’attirer, j la séduire. Ainsi, sainte Angèle affirme qu’elle est à la merci \ de ses passions, et des Esprits infernaux qui les soulè- : vent; que ce qu’elle sent, dans ces terribles moments de
de canonisation : Le Tout-Puissant la remplit de l’esprit d’intelligence , dit le pape Grégoire XV, afin qu’elle arrosât l’Église par autant de sources fécondes qu’elle a laissé d’écrits, etc. Propter hæc... — Voilà quel éminent docteur est cette femme, dont les écrits prémunissent si fortement notre esprit contre les maux qui'en dénaturent la vue !...