CHAPITRE QUATORZIÈME
désordre et de combat, lui ôte tout sentiment de la résistance que sa volonté lui oppose; et que, par une suite nécessaire des sensations qui l’absorbent, elle se croit vaincue ^ lorsqiC elle est pleinement victorieuse de tous les assauts. Voilà ce que tant de saints et de saintes ont éprouvé.
» Mais que des confesseurs inexpérimentés, que des directeurs peu instruits dans la conduite de ces Ames les traitent avec dureté, comme si elles étaient des pécheresses obstinées; qu’ils imputent à leur cœur ce qui ne vient que de l’enfer, ou de leur esprit que le Seigneur rend accessible à toutes les séductions du démon; qu’ils les regardent comme coupables de tout ce qui se passe dans l’esprit et dans le corps, quoiqu’elles ne puissent pas plus l’empêcher ni le prévoir que les migraines et les convulsions,... c’est ce qu’il y a de plus funeste pour ces âmes... Sainte Térèse s’en plaint amèrement! » Leurs yeux sont faussés! (Sainte Angèle de Foligno, p. 595. Paris, 1825.)
A l’une de ces personnes éprouvées, qui lui demandait instamment le secours de ses prières pour n’elre point vaincue, saint François d’Assise répondait : « Mon fils, ne vous découragez pas comme si vous étiez pire que les autres, à cause que le démon vous tente. Au contraire, c’est pour cela môme que vous devez vous croire serviteur de Dieu. ÎSul ne devient parfait à son service qu’il n’ait passé par ces sortes de tribulations. Si quelqu’un fait gloire de n’en avoir aucune à supporter, qu’il le sache bien : le Seigneur en a usé ainsi pour ménager sa faiblesse; car Dieu est fidèle, et ne souffre pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces. 11 n’engage dans de grands combats que les Ames d’une vertu perfectionnée. » (Vrayet, Vie intime de saint François d' Assise, p. 199, 2® édit. — Paris, 1861.)
Il était de notre devoir d’indiquer dans ce chapitre, en répétant le mot à mot des grands maîtres , quelques-uns
LE MONDE MAGIQUE
des cas singuliers où l’ignorance et l’impéritie du guide forment autour de lui comme un milieu dont le faux jour, provoquant son hallucination, détermine le trouble et l’égarement de sa vue , c’est-à-dire en définitive, le trouble et l’égarement des ûmes que Dieu condamne à le subir... Mais serait-il téméraire de tenir ce langage? Qui le dira, lorsque nous nous bornons à jiublier ce qu’écrivent de grands saints, et ce que d’éminents religieux livrent aujourd’hui môme, dans le saint empressement de leur zèle , au plus grand jour de la publicité. Ayant à guider le lecteur au milieu d’un monde de fantasmagories et de merveilles, il fallait que, docile à notre appel, chaque hallucination vînt, à son tour, offrir à découvert sa physionomie et ses traits.
Mais les hallucinés de la science profane étaient notre but presque unique. En effet, lorsque de savants incrédules s’avisent de nous jeter à tout propos au visage leur mot incompris ou téméraire : hallucinations! nous devions rendre évident pour le public que, si les agresseurs du Merveilleux ont appris le nom, les catholiques savent la chose! Si l’hallucination habite quelque part en ce monde, ce sera donc plutôt, ce nous semble, sous l’ombrage plus ou moins académique du sourcil de l’incrédule qu’au siège de la vue du Croyant.
Jusqu’à ce que la grâce suffisante tombe d’en haut sur les Esprits orgueilleux et malades dont l’ambition se limite aux confins extrêmes des choses tangibles, laissons-les donc se glorifier de leur aveuglement, étaler avec jactance le spectacle de leur hallucination, et s’entre-féliciter d'un mal qui rend leur gravité si risible et leurs leçons de sagesse si grotesques !
CIIAPITUE QUINZIÈME.