CHAPITRE QUINZIÈME
en ce monde depuis l’origine des temps , dans la longue et interminable série des apparitions ?
Ainsi d’abord, et pour revenir à notre point de départ, les anges et les démons ^ ou les êtres qui nous semblent avoir été créés tout spirituels dès le principe de leur existence, ont -ils pour agir sur les corps une organisation corporelle et résultant des lois de leur nature? Sur ce point, qui touche à l’essence même de notre sujet, voici quelles sont les paroles de quelques-uns des plus hauts docteurs du catholicisme ; donnons le pas à ces grands hommes, écoutons-les d’abord, et ne nous effarouchons point des premières apparences qui nous frapperont.
« La substance des Vertus célestes, dit saint Basile, est un esprit aérien. C’est pourquoi ils sont en un lieu, et se montrent à ceux qui en sont dignes dans l’image de leur propre corps ^ Il n’y a rien dans la création, nous enseigne saint Hilaire, soit parmi les choses visibles, soit parmi les invisibles, qui ne soit corporel. Les âmes elles-mêmes, qu’elles soient ou non réunies à leurs corps, ont encore ime substance corporelle inhérente à leur nature, par la raison qu’il faut que toute chose soit dans quelque chose L w Et
1 L. du Saint- E sprit , ch. xvi. In specie propriorum corporum. — Cette opinion, que les Esprits ont un corps, entraîne certains Pères clans une erreur qui précédait les temps d’Homère. Dans ses poèmes, nous voyons les âmes venir boire avec délices et fureur le sang des sacrifices. [Odyssée, I. XI.) « Cum sanguinem ferunt alimentum esse dæmonum, » etc. Origène, 1. VHI , c. xxx. Contrà Celsum. « ... Ut sibi, pabula propria nidoris et sanguinis procuret, » etc. Apologet. Test., c. XXII. « Ut nidore altarium et rogis pecorum saginati , » etc. Saint Cypr. De idol. vanil., 1. 1, p. 452 du volume’.
Le prétexte de nourrir ce corps fluidique permettait aux démons , apparaissant sous forme d’ârnes ou de dieux , de demander aux hommes du sang, et surtout du sang humain, c’est-à-dire des sacrifices de l’ordre le plus criminel ; car « Nec aliud illis studium est quam a Deo avocare, et ad superstitionem sui, ab ôitellectu veræ religionis avertere. » Id., Cypr., 1..I , id.
2 Corpoream lamen naturæ suæ substantiam sortiuntur, etc. Commentar. in Matth., cap. v, n“ 8.
LE MONDE MAGIQUE
(( Dieu seul étant incorporel , d’après saint Cyrille d’Alexan- ; drie, lui seul ne peut être circonscrit; tandis que toutes les autres créatures le peuvent , quoique leurs corps ne ressem- : blent point aux nôtres ‘ »
Que si l’on appelle les démons des animaux aériens avec i Apulée,... c’est encore, au sens du grand évêque d’Hippoile, parce qu’ils ont la nature des corps aériens, ce qui i donne aux démons et aux anges une nature corporelle, les uns et les autres étant de même essence. (Saint August. si6p. Gen. ad lût., 1. III, c. x.) Aussi, saint Grégoire : d’appeler l’ange un animal raisonnable [Hom. Xin Etang.), et saint Bernard de nous adresser ces paroles : « iN’accordons qu’à Dieu seul \' immortalité bien que \' immatérialité^ car il n’y a que sa nature qui n’ait besoin, ni pour ellemême, ni pour un autre, du secours d’un instrument corporel. » {^Sup. cantiCo Homil. VI.) Ct cette doctrine était, en quelque sorte, celle du grand Ambroise de Milan, dont voici les termes ; Ne nous imaginons point qu’aucun être soit exempt de matière dans sa composition, à la seule et unique exception de la substance de l’adorable Trinité. {^Abraham, 1. II, c. viii, n” 58. Même sens à peu près \. \ du Saint-Esprit .)
Le maître des sentences, Pierre Lombard, laissait la question indécise; et, toutefois, il exposait cette opinion de saint Augustin : Les anges doivent avoir un corps « auquel ils ne sont point soumis, mais qu’ils gouvernent comme leur étant soumis, le changeant et le pliant aux formes qu’ils veulent lui donner pour le rendre propre à leurs actes. Ces corps sont disposés pour agir, et non pour souffrir. La terre et l’eau, humor et humus, donnent l’aptitude à la souf- | france ou à la passivité, ad patientiam ; l’air et le feu, à i l’action. Les corps des mauvais anges se sont détériorés par '
1 L. IX in Joliannem. ,