‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 147 sur 243 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

leur chute, et ont pris les qualités d’un air plus épais. De ï^erum et spirituum creatione^ 1. H, Distinct. 8. ■

Rien de plus conforme h cette doctrine que les croyances de la haute antiquité païenne, puisque, nous disait-elle, les Esprits redoutent le coup des armes ; puisque la vue d’une épée, d’un fer agressif les fait trembler et fuir. Nous ne les voyons point, et cependant frappons le vide à l’endroit où leurs actes les signalent, et des cris perceront l’air-, un bruit, un tumulte, un tourbillon en troubleront aussitôt le repos. Quelquefois même le sang coulera, un sang visible. [Prestiges, voir ailleurs .) Ou bien il arrivera, de temps en temps, que ces Esprits dessillant nos yeux nous laisseront voir leur corps... diaphane peut-être, ou formé de je ne sais quelles vapeurs ; ils en épaissiront à leur gré la matière subtile, et nos mains les toucheront!

Remontez bien au delà de Moïse, et suivez de l’œil les tableaux bibliques. Voyez : les anges de Dieu s’abattent sous le feuillage, et près delà tente d’ Abraham. Ils mangent avec appétit le pain et la viande, le beurre et le lait que le patriarche leur a préparés. [Gen., ch. xviii, ~f. 2, etc.) Le père des élus leur offre ses services, comme à des voyageurs que la fatigue et la faim se sont assujettis. Et ces Esprits de répondre : « Faites ce que vous avez dit; » l’offre les" charme. Plus tard, l’archange Raphaël paraît être Azarias [Bible., Tobie, ch. v, ÿ. 18, etc.); il sert de guide au jeune Tobie ; il le conseille, il est son aide, son défenseur; il voyage pas à pas, visible et tangible, avec le jeune serviteur de Dieu... et prend part à ses repas. Ce sont bien là des Esprits, certes ! et, pourtant, ne voilà-t-il point dans leur être les fonctions et les nécessités qui caractérisent les corps? Ce sont des corps qui sans doute en se dilatant pourraient, en vertu de l’exquise subtilité de leur substance, devenir transparents, puis fondre, se dissoudre,

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se rendre incolores, invisibles, échapper enfin à nos regards. . .

Cependant, sans se laisser intimider par les formidables apparences de tant d’autres exem[)les, ou par les textes que nous rapportons, l’ange de l’école, — mais disons plutôt, avec le IC P. Ventura, l’ange de toutes les écoles, — saint Thomas d’Aquin se posa résolument devant la question sur laquelle nos yeux appellent la lumière : Les anges ou les démons ont-ils un corps? — Non. C’est le contraire, nous répond-il de sa lèvre la plus nette. Les anges n’ont point de corps qui leur soit naturellement mn. {Somme. /. p. quœst. 50. art. \. q. 5d. art. 1., etc. Lire la septième conférence du P. Ventura : C Homme.)

Voilà quel est le mot de saint Thomas! et comment ne point rappeler à ce propos que, malgré tout ce qu’ils ont de science et de génie, les Pères, qu’il semble démentir, ne sont point toujours exempts d’erreur. Aussi, le savant théologien Perrone de nous dire : Si tel Père paraît décidément contraire à l’enseignement de l’Église, la règle est de le laisser de côté : deserenclus est. (Voir ci-dessous.) Plusieurs Pères n’équivalent môme point à l’imposante majorité d’après laquelle se forme le jugement de l’Église ! Et, dans la circonstance actuelle, il faut d’ailleurs observer que celles des pages qui donnent un corps aux anges ou aux démons renferment souvent un tout autre sens que celui qui leur est prêté. Elles signifient, la plupart du temps, non point que les Esprits créés sont revêtus d’un corps qui leur est naturellement uni, mais seulement que, de temps à autre, il leur est nécessaire de se revêtir d’un corps, tantôt pour nous séduire et favoriser nos crimes, si nous avons provoqué la colère divine, tantôt afin de remplir auprès de nous certaines missions : celles, par exemple, où Dieu veut qu’ils se fassent voir à nos yeux ou toucher de nos mains. Telle fut la

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