‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 154 sur 243 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

Quoi qu’il en soit, cette fime-corpsou ce corps-spirituel que l’apparition des fantômes aura fait envisager de tout temps comme une réalité, avait, dans l’opinion vulgaire chez les anciens, les mômes traits, le môme air, que le corps sensible et grossier. C’est lui , nous disent les illuminés de ces époques , que l’on voyait apparaître sous le nom de spectre et quelquefois môme du vivant de ceux qu’il représetitait. Mais, le plus souvent, sa forme n’était visible qu’après la mort, et lorsque le corps grossier n’avait reçu ni les honneurs de la sépulture, ni les consolations du bûcher.

Jusque-là, le pur Esprit demeurait attaché au corps intermédiaire et lumineux mais il se dégageait de ce spectre aussitôt que la flamme avait dévoré le corps terrestre. Il s’élevait alors vers le ciel, tandis que le spectre descendait dans les régions de l’enfer. J’ai terminé ma carrière, s’écrie Didon, mon spectre glorieux, l’IMAGE de ma personne va descendre dans les profondeurs de la terre.

Et nunc magna mei sub terras ibit imago

[Énéide, 1. IV, v. 654.)

Echo poétique de la science et de la doctrine magique des siècles primitifs , Homère nous représentait, en action, ce môme corps spirituel, venant étonner nos yeux dans la personne du fantôme de Patrocle. Patrocle a succombé sous les coups d’Hector; et, pourtant, le voici! Regardez : c’est

^ Se rappeler la lumière spectrale du D*" Passavant, et la lumière astrale d’Eliphas Levi. — Voir la Magie au dix-neuvième siècle.

2 Le célèbre démonologue et théologien Delrio nous rapporte qu’au sens de Sabinus et de Servies Honorâtes, savant commentateur de Virgile au sixième siècle, et plus imbu de la doctrine païenne ou démoniaque que des vérités catholiques, a l’homme se compose, — outre l’âme, — d’une ombre et d’un corps. L’âme monte au ciel, le corps redevient poussière , et X ombre, c’est-à-dire le fantôme humain, umbra seu simulacrinn, descend aux enfers... Ce fantôme, disent-ils, n’est pas un corps véritable ; c’est une apparence de corps que la main ne peut toucher; elle se dérobe au contact comme le vent. » (L. II, ch. IX et XXV, p. ^ 16.)

lÆ MONDE MAGIOUK.

son visage, c’est sa voix, le sang môme coule encore de sa plaie' ! Les anciens Grecs admettaient donc deux Ames dans la personne humaine, puisque nous rencontrons dans Homère l’Ame animale image et vie du corps, aussi bien que l’Ame divine : anima nnlma clivina^ .

Le vieil Ennius, dit Lucrèce, nous a tracé la peinture de ces lieux sacrés de l’Achéruse, où n’habitent przé' plus ms âmes que nos corps , mais où demeurent nos simulacres^ dont la pAleur est effrayante! C’est au milieu de ces ombres que le divin Homère, lui apparaissant, verse des larmes amères , comme si ses dieux n avaient créé r honnête homme que pour d'éternels chagrins! C’est du sein de ce monde, qui recherche avidement le nôtre, que cette tierce partie du poète philosophe, — son fantôme, — lui explique les mystères de la nature... écrits, à ce qu’il paraît, non point dans les hautes régions de la lumière, mais dans la ' profondeur des entrailles de ce globe

^ ’HXOe ô’ £7ri IlaTpoxX^oç SciXoïo,

Havc’ auTw, [jLsysOoç x£ xai 6[j.^.u.ra xâX’, Etxula,

Ka'i cpwvvjv , xa'i rota TTEp'i /pot aip-axa saxo.

(Iliade, ch. XXIII, lire aussi YOdyssée, 1. XI.)

2 L’Ame divine est appelée voüç et cppT^v ; — cppsvEç signifie diaphragme, membrane correspondante au creux de l’estomac. La croyance commune voulant que dans cette partie du corps résidât l’àme animale appelée 3upto; d’après Diogène Laërce, De vit., cîar. viror., 1. yill, Segm. 30. Pythagore et Platon, qui contient tant de contradictions, divisent l’âme en deux parties ; l’une raisonnable, Xoyov , l’autre brute, «Xoyov, ce qui nous donne l’idée de l’âme supérieure et de l’âme inférieure de la scolastique , oii il ne s’agit que de la division d’un même tout. Ajoutons que l’àme brute a une partie dite ^upuxov , etTautre iTuOupuxov. Empédocle donne aux hommes et aux animaux deux âmes. — Lire Ennemozer, v. 1 , p. 1 43 , etc. Nous voyons M. Dupotet placer un esprit intelligent dans chacun de nos organes.

^ Esse .Vcherusia lempla ,

Quo neqiie permanent animœ, neque cnrpora nosira,

Scd quœrlam iimulacrn , modis pallenlia miris,

Unde sibi exortam scmper florentis Ilomcri Commémorât .spcciem , laerymas et fnndere .salsas Cœpisse, et rerum iiatiiram expand^erc dictis.

Virgile a dit : imago, image, Lucrèce dit ; simulacrum, notre

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