CHAPITRE SEIZIÈME
la philosophie antichrélienne aux doctrines rajeunies du panthéisme.
Taisons-nous cependant; et que le lecteur daigne nous «suivre en parcourant avec nous une ou deux pages d’un livre aussi savant que naïf. « Les Latins ne sont point dégarnis lide noms propres et significatifs touchant les démons, car ils des appelaient tantôt lares, larves, lémures, génies et mânes.
< Cicéron, traduisant le limée de Platon, appelle lare ce ique ce philosophe — appelait démon, dai'uo'jaç. — Le gramnmairien Festus dit aussi qu’ils sont inférieurs ou âmes nies hommes. Or, ces lares étaient dieux domestiques, parce ijque, « comme Servius dict, anciennement les corps morts eestoient enterrés en leurs maisons, et, pour celte cause, les tiares, c’est-à-dire, les âmes des deffuncts estoient adorés [particulièrement chacun en la maison où leur corps estoit (■enterré. Et du nom de lare il dérive celui de larve , qui festoient ombres tourmentant les domestiques, — c est-à-dire lies habitants des maisons. »
« Le philosophe Plutarque fait aussi les lares {^in jwoble. iRom.) présider aux maisons , et sévères et cruçls exacteurs cdes fautes commises, rechercheurs et inquisiteurs de la vie eet actions de ceux qui sont en leur baillie, et dict qu’ils 'estoient vêtus de peaux de chien, pour autant que tout ainsi que le chien a bon sentiment, ainsi odoraient-ils de loin les I péchés et méchancetés des personnes, afin de les punir, et cimsser aigrement. — {Idée des démons veinjeurs, oit des ’houens, voir plus bas.) — Toutefois, Festus semble vouloir dire que ces lares estoient quelquefois bons. Car il les appelle tantôt prœstües, d’autant que ce qu’ils donnoient ils le • gardoientet conservoient soigneusement; ou bien hosiilios^ parce qu’ils chassoient les ennemis. Quoi qu’il en soit, si est qu’ils n’estoient autres que diables; lesquels si, quelquefois, ils semblent ayder aux hommes et leur apporter quelque
LE MONDE MAGIQUE
bien, si est ce que c’est, après, pour leur nuire davantage, tant intérieurement en leur ûme et conscience qu’exlérieurenient en leur corps. . . Les lémures sont aussi diables et larves qui apparoissent de nuict en forme de diverses bôtes, et le plus souvent en ligure d’hommes morts. » (Leloyer, Lùre des spectres, t. IV, p. 15, IG.)
Rompant sur ce sujet, pour y revenir un instant après, voici ce que le môme auteur nous dit des génies, ces semblables des mânes, s’ils ne sont originairement les mânes eux-mômes.
« ...11 est bien certain que les génies, et non autres, avoient cette charge de garder chaque homme qui venoit en ce monde, et se nommoient génies, ainsi que dict Censorin, parce qu’ils avoient soin de notre génération, ou parce qu’ils estoient nez avec nous, ou bien qu’ils nous recevoient ou gardoient après que nous estions engendrés. Et non-seulement les génies présidoient à chaque personne particulière, ains il y avoit des génies des peuples V Ce que Symmache {Epistol., 1. X) escript disant : que tout ainsi que les âmes sont données à ceux qui naissent, ainsi les génies sont distribués aux peuples. Chaque ville pareillement avoit son génie, auquel on sacrilîoit. Et se trouve assez d’inscriptions aux v ieilles ruines des villes, où il se list ; Genio civitatis, — au génie de la ville.
.)) H n’y avoit pas la gendarmerie romaine et le Sénat qui n’eust aussi son génie particulier. Mais par sus tous, le génie de l’empereur romain estoit en grand honneur, et juroit-on par iceluy. Une loi d’Ulpian veut que ceux qui se parjureront par iceluy soient fustigés, et admonestés de ne jurer une autre fois à la volée. Et il ne faut point oublier que les génies estoient peints en forme d'hommes, ayant une
Anges gardiens, anges des peuples et des localités ; idée traditionnelle puisée dans le catholicisme et mélahgéc d’erreurs.