‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 158 sur 243 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

corne d’abondance en la main, comme on peut en voir aux vieilles médailles, et tantôt en forme de serpents :

Pinge duos angues, pueri sacer est locus, extra

3Iejite (Perse, Satyr. I.)

» Et ceci Servius n’a point oublié, parlant du serpent, lequel Énée, aux anniversaires qu’il célébrait au nom de son père Anchise, veid ramper sur la tombe, incertain, ce dit Virgile, si c’éloit le génie de son père, ou le génie du lieu. » (7è.,p. 18.)

Mais rentrons « sur le propos des mânes ». Les anciens confondaient les larves et les mânes et démons. Et appeloiton les démons ce dict Festus, par antiphrase; car

manus signifie bon. On les peignait noirs et hideux, comme nous peignons les diables. « Les mânes estoient nombrés entre ceux qui sont sinistres, que Virgile appelle numma lœva, lesquels on apaisoit par sacrifices, afin qu’ils n’apportassent nuisance. Et estimoyent les païens qu’ils envoyoieiit les mauvais songes à ceux qui les méprisoient ; ce

que Tibulle confirme en disant : ,

Ne tibi neglecti mitlant insomnia mânes.

[Eleg., 1. II.)

» Quelques doctes confondent les mâmes et les génies ensemble, et disent que ceux qui estoient noS génies durant notre vie, ne nous délaissoient à notre mort, et habitoient nos sépulchres. Et, parlant, ceux qui démolissoient des sépulchres estoient punis comme troubleurs du repos et aises des dieux mânes. Et toujours, sur les sépulchres, estoit mise une inscription auæ dieux ?nânes: D. M. 21.)

» Je sais bien que les augures romains tenoient qu’ils estoient appelés mânes, parce que d’eux provenoit ou ^jromanoit tout ce qui estoit au monde. Et, à cause de cela, ils les fesoient tant dieux suprêmes qu’infimes. Et est à remarquer que Lucain croyoit que les âmes bien vivantes sont changées en mânes, c’est-à-dire en démons : ce qui est

LE MONDE MAGIQUE

pour confirmer ce que nous avons dit cy dessus, que les païens croyoieni que les âmes se iransformoient en esprits aériens et diaboliques . » (//>., p. 22.)

Étudier les mûnes, les génies, les démons, les spectres... dans la plupart des auteurs idolâtres, ce n’est donc guère, en définitive, qu’étudier une partie de la personne humaine, c’est-à-dire une ou plusieurs de ses âmes, selon les lieux ou les temps ! — L’élude des âmes, par la môme raison, nous ramène à celle des mânes.

Or, l’âme humaine, dit Apulée, est un dieu immortel, et qui cependant prend naissance. Lorsque la mort dégage les âmes de nos organes corporels, elles se nomment lémures. Parmi ces lémures, quelques-uns sont bienfaisants et deviennent les dieux ou les démons de la famille, c’est-à-dire* ses Esprits domestiques : on les appelle les lares. Mais le langage les flétrit du nom de larves lorsque, condamnées à errer ici-bas, elles répandent autour d’elles les fléaux ou l’effroi'; ou bien, si leur condition est douteuse, on se ; borne à dire les mânes!... Et nous répétons que cette croyance à des âmes-dieux , à des dieux qui ont pris naissance, qui ont eu corps, et dont le corps a péri, explique ' l’énigme de ces fameuses inscriptions que nous avons lues : gravées sur des tombes, et dont se scandalisait notre bon i sens ignare : kux ddeux ?nânes qui ont vécu! \

Trois fois par an il y avait, de bas en haut, comme une ! fermentation du monde inférieur, signalée par de grandes j invasions de mânes. La pierre appelée de leur nom lapis ‘ manalis; cette pierre brute et mystique qui représenta ; les dieux les plus anciens ^ mais qui figurait par anticipation i le Christ, sauveur, et pourtant juge des âmes; cette pierre, !

disons-nous, qui bouche et scelle l’ouverture du gouffre des !

1 Inane terriculamentum, celeriim noxium malis. — Apulée, dieu de Socrate, p. 143 à H5, édit. Niz'.

Page 1