CHAPITRE SEIZIÈME
expiations, était alors soulevée et leur livrait passage C’était aux mAnes privilégiés à profiter de ce moment d’indulgences pour remonter dans le monde supérieur, et cette croyance générale avait pour formule ces deux mots : Le monde est ouvert! Mundus patet! (Lire Creuzer, V. II, 1" partie, p. 425, etc.)
Or, ces fantômes, ces simulacres vivant et conversant, dont nous entretenait le vieil Ennius environ deux cents ans avant Jésus-Christ, et qui ne sont positivement ni l’ame ni le corps, neqiie anïmœ, neque corpora, nous les voyons disparaître, à ce qu’il nous semble, p)Our quelque temps, et s’évanouir dans l’importante description d’Apulée, c’est-à-dire au deuxième siècle du christianisme et, fort probablement, sous l’influence partielle de sa doctrine. Nous cessons d’y retrouver le corps spirituel que les théurges postérieurs, ces grands révivificateurs de la philosophie païenne et de Vart magique, unissent étroitement à nos âmes destinées à devenir démons! Ainsi nous l’apprend la parole même de ces philosophes adultérateurs ; écoutons:
Tous les esprits, toutes les âmes ont pour principe Vàme de V univers. Elles gouvernent ce monde sublunaire comme chargées du soin des animaux et des fruits, ou comme veillant à l’ordre des saisons, etc., etc — et ces âmes sont
1 Voir mon livre Dieu et les dieux, ch. xiii. — Creuzer, v. II, première partie, p. 425, etc. — Le gouffre des expiations est enfer et purgatoire, ce dont Platon conserve l’antique et parfaite tradition. L’ange gardien, « le génie qui a été chargé de chacun de nous pendant sa vie,!, ixacrvou catp-ojv , ôWep i;wvTa zlMyti, le conduit aux lieux où les morts se réunissent pour être jugés ». Phédon, ch. Lvir. « Ceux qui sont trouvés incurables., à cause de la grandeur de leurs crimes^ sont précipités dans le Tartare, d’oiï ils ne sortent JAMAIS ! oOsv outote lxÇaé/ou(7iv. Ceux qui ont vécu sans être tout à fait criminels... subissent des peines proportionnées à leurs fautes, jusqu’à ce que, i'urgés^ i.AVKS et délivrés, ils reçoivent la récompense de leurs bonnes actions, KaOaicôp.evoi twv Se àoixr,!JLaTwv ûîSovteç oi'zaç, aTtoXéovrai, twv Se EÙîpYcC'.wv vip.àç çiEpovTai. Phédon, uL, ch. nxii.
devenues de bons démens, parce que, liée.s d’abord à un Esprit, — c’est-à-diretù un corps spirituel ou (luidique, — elles ont su le dominer selon les lois de la raison! Quant à celles qui, loin de gouverner l’esprit auquel elles étaient adhérentes, se sont laissé entraîner sous son empire à la colère et à la concupiscence, elles sont aussi des démons, mais il est juste de les nommer des démons malfaisants. (Porphyre, Des sacrifices, ch. Des espèces de dénions, meme idée, 1. Il; De l'abstinence, par. 38,39.)
Dans ces quelques paroles se peignent, si je ne me trompe, les idées que se formait l'antiquité classique sur la nature identique et spirituo-corporelle des dieux , des démons et de l’âme humaine. Mais, à côté de ceux qui professent cette croyance, à côté de ces peuples panthéistes, c’est-à-dire qui se figurent que tout être sort de la substance de Dieu et fait partie de Dieu, que n’étudions-nous un instant un autre rameau de la famille 'humaine, un rameau qui, de nos jours, couvre une si vaste partie de la terre? Que ne tournons-nous un instant nos regards vers le peuple qui , sauf la nation Israélite, est probablement le peuple le plus ancien de la terre et le moins variable dans sa science?
LE II ou EN.
Le très-spirituel auteur du Voyage au Thibet (Chine) et du Voyage à la Chine, M. l’abbé Hue, voulut bien compléter, dans quelques causeries familières, les notions que le second de ces deux ouvrages m’olfrait sur le fantôme, tel qu’il est envisagé dans le Céleste Empire. Mais commençons par énoncer, d’après une version qui n’est point la sienne, que les Chinois admettent dans l’homme quatre substances , et rentrent ainsi dans la tradition de la science religieuse magique que nous a transmise Ovide écrivant les quatre vers que nous citons plus bas :
Bis duo sunt hominis : mânes, caro, spiritus, iimbra, etc.