CHAPITRE PREMIER
(Leloyer. Les Quatre livres des spectres^ p. 469-470.)
Ce corps entier réapparaissant, valait bien nos trois mains sans corps... Mais, après ces quelques citations des lettres que m’écrivait d’Italie mon gracieux et sagace ami M. de Mirville, après les graves et nombreuses autorités que ces phénomènes amoncellent chaque jour, et derrière lesquels aime h se dérober mon expérience personnelle, n’ai-je point à dire un mot au public, au sujet de ma rencontre avec M, Home.
Ce fut le jeudi 6 mars 1857 que je vis pour la première fois l’illustre médium, c’est-à-dire pendant les rapides mois d’hiver que je suis dans l’usage de consacrer à Paris. J’étais dans un monde où l’habitude héréditaire des cours et de la diplomatie donne tous les usages de la défiance élèijante, et de la sagacité. Ce que j’avais appris d’abord, c’est qu’ayant eu tout son bon sens aidé d’assez de grâce chrétienne pour renoncer à ses esprits, M. Home, entrant dans la ville éternelle, avait en outre déposé tout ce qui lui restait dans l’âme de négation protestante aux pieds du trône de saint Pierre. 11 avait , en l’an 1856, franchi le seuil du catholicisme. Mais on ajoutait que ses habitués invisibles , forcés pour un certain temps de lâcher prise et de battre en retraite, lui avaient, en partant, jeté ces paroles railleuses : .\u revoir! au 10 février 1857!... et bon voyage.
Je rapporte, en bonne et tonique substance, ce que chacun put savoir en menu détail. Et j’ajouterai , que se proposant sans aucun doute de persévérer dans ses louables desseins, M. Home, en arrivant à Paris, eut la sagesse de chercher à se régler d’après les conseils de l’un des éminents ecclésiastiques du monde chrétien.
Ce fut d’abord à ce digne et vertueux prêtre, dont la mort fut nafjuère un deuil public j que je m’étais adressé pour le prier de me mettre en rapport avec le médium amé-
LE MONDE MAGIQUE
ricain dont la conversation sur les particularités de son ancien état, pouvait éclairer mon travail d’uii jour précieux et sûr. Je reçms de lui cette réponse :
« Monsieur,
» J’ai dû m’imposer la loi de ne jamais donner à M. Home l’occasion de parler de ses années antérieures, et vous en comprendrez les motifs tout chrétiens. Yeuillez donc ne pas trouver mauvais que je vous prie de recevoir l’expression de mes regrets , avec celle de ma considération la plus distinguée.
» X. DE Ravignan.
» Paris, le 28 janvier I857L »
Nulle règle ne pouvait être d’une plus paternelle sagesse, nulle ne m’inspirait plus de respect. Aussi fallut-il un éclatant et complet retour de M. Home à son premier état pour que ce revirement, prédit par les Esprits, me reportât vers mes premiers désirs.
Avec, ou sans l’autorisation de M. Home, je l’ignore, on était venu solliciter le R. P. Yentura de vouloir bien prendre à sa charge l’épineuse direction de ce jeune étranger. Mais, sans éprouver un instant d’hésitation, l’ancien général des théatins avait répliqué : Non! car il ne saurait être en plus sages et meilleures mains; qu’il y reste donc, et que pourrais-je faire? D'ailleurs, ce que vous appelez un médium, c’est ce qu’on appelait jadis un sorcier. Non, non: je ne veux même point le voir! — Yous l’entendez bien!
Telle est la réponse, et telles sont les paroles d’appréciation sur la qualité de médium, que j’entendis itérativement sortir de la bouche de l’illustre théologien examinateur des évêques et du clerqè romain, etc.
1 .l’avais d’abord supprimé la signature de celte lettre. Mais riiomme de Dieu étant dans un monde meilleur, et sa vie livrée au public, je la rétablis sans crainte d’indiscrétion, m’aj)puyant d’ailleurs sur la page qui va suivre, du R. P. de Ponllevoy.