CHAPITRE SEIZIÈME. 3M
aux évocateurs de tous les pays et de tous les siècles!...
Lorsque le houen, évoqué, sort de son état d’invisibilité pour apparaître, il reproduit, aux yeux de ceux qui le contemplent, l’aspect du cadavre tel que l’a fait la mort. Si donc le corps a succombé meurtri, percé de coups, le houen révèle en lui les plaies et les lésions organiques que l’agonisant a reçues. 11 ne reste plus d’autre peine aux gens de la justice que d’ouvrir les yeux, et de les constater L Les livres sacrés contiennent les formules complètes de l’évocation ; et le phénomène de ces manifestations n’y présente aucune singularité plus incroyable que celle des tables parlantes, des statues animées, et des invisibles écrivains de M. le baron de Guldenstubbe ou que les faits prestigieux dont se glorifia l’antiquité païenne, et que rendit indubitables le témoignage unanime des chrétiens.
Les Chinois pensent du houen qu’il se tient et voyage à fleur de terre, ou fort peu s’en faut, et qu’il ne peut être enterré ni pénétrer le sol au delà de quelques pouces... Mais ce houen ^ ce fantôme, ce simulacre du corps en est-il donc le moule, la foi^me vivante, le germe? en est-il l’esprit, \e principe vital à substance fluidique? et les Chinois l’ontils découvert avant que la science européenne ait, non point constaté, — cela reste à faire, — mais proclamé son existence? Grande question, où le lecteur pourra prendre parti, je l’espère, avant la fin de cet ouvrage !. ..
... Cependant un modeste évêque de missions nous olfre,
‘ A la suite de je ne sais quels miracles, ou de prestiges, et quelquefois peut-être d’artifices, ce fut une croyance populaire qu’à la vue de l’assassin le cadavre jetait par ses' plaies un sang accusateur. Concluant du particulier au général, d’anciens jurisconsultes allèrent même jusqu’à regarder « comme inconteslable que le cadavre d’un homme occis jette du sang par ses blessures à l’approche du meurtrier ». Rinsfeld, De conf. malef., p. 'I‘36.
- Voir sa Pneumaluloqie expéri mentale^ p. 77, etc., et mes chapitres divers de la Maqie au tUx-neuvième siècle.
LE l\IONi)E MAGlQUii.
sur la nature du liouen une variante encore qui se rattache à la province du llo-nan. La simplicité de la notion primitive s’y est altérée, mais elle n’a rien perdu de son caractère essentiel, et nous la voyons s’unir à l’une des traditions les plus conformes à nos idées sur ces Puissances spirituelles, que des yeux à demi privés de lumière ont prises pour une portion de l’homme.
Les Chinois , nous dit Mgr Delaplace {Annales de la prop. de la foi, juillet 1852), c’est-à-dire presque
tous les païens du Ho-nan, croient à la métempsycose. L’homme, se figurent-ils, a trois houens. A la mort de leur possesseur, l’un de ces lumens transmigre dans un corps; un autre reste dans la famille, et c’est le lare; le troisième enfin repose sur la tombe. On brûle en l’honneur de celui-ci des papiers, ce qui est une sorte de sacrifice; quant au houen domestique, il siège sur la tablette au milieu de caractères gravés : et des bâtons d’odeur, ou des hiaiujs, brûlent en son honneur. On lui offre aussi des repas funèbres, et, ces hommages une fois rendus, on reste tranquille! Les houens sont alors apaisés... pourvu qu’ils soient adultes.
Mais, s’ils appartiennent à l’enfance, l’usage défend de leur rendre honneur, par la raison qu’ils ne sont point censés parfaits. On les croit inachevés; opinion dédaigneuse, et dont ils ne manquent guère de se venger sur la famille. Aussi, lorsqu’un enfant touche au moment de l’agonie, ou lorsqu’on recourt au parti fort commun de s’en débarrasser par l’infanticide, devient-il urgent de ruser avec \e, houen. Mais croyezvous qu’un Chinois renferme en sa personne trois houens pour n’ôtre pas plus matois qu’un homme ordinaire? Il ne s’agit d’ailleurs que de saisir l’enfant et de marcher en zigzag, ou de croiser ses voies on s’éloignant pour aller le jeter à l’eau, l’exposer ou l’enterrer à distance! Le houen dépisté, ne sachant. plus à qui s’en prendre, s’attaque dès lors