‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 162 sur 243 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

aux poissons, aux animaux des champs... et la famille se soucie fort médiocrement à qui ce peut être, pourvu qu’elle échappe à ses cruelles malices. En juin dernier, l’un de ces braves Chinois, voyant son enfant très-malade , l’acheva de ses mains à coups de hache. Sa pensée était que le houeyi de cet innocent pourrait bien se jeter sur ses frères, et qu’alors tous ses enfants mourraient. Il fallait donc tourmenter le houon de si belle façon que la fantaisie ne lui prît point de venir loger sous son toit. Et rien de plus naturel, en vérité, que cet acte singulier de piété paternelle, car l’homme acjit selon sa croyance! Est- ce donc chose indifférente au bonheur d’une société que l’adoption d’une religion fausse*, ou simplement mélangée d’erreurs?. . .

Le houen étant un génie malfaisant, un nouveau-né, dont il occupe le corps près de se dissoudre, mourrait trop jeune pour lui laisser le temps d’assouvir suffisamment sur lui sa barbarie, dit une autre variante de cette doctrine. 11 est donc opportun de l’aider à satisfaire sa féroce humeur pendant que l’enfant conserve un souffle de vie. Et l’essentiel pour atteindre ce but, c’est que la victime humaine soit bien et dûment coupée en trois morceaux ; c’est, en outre, que les mains du père ou de la mère se chargent elles-mêmes de l’exécution de ce supplice. (Jd .y p. 251 à 253.) Est-il possible de méconnaître à ces traits celui qui, dès le principe, fut homicide, et que Dieu laisse à demi libre d’exercer sa rage contre l’humanité, lorsqu’elle s’assujettit à son empire.

Mais à côté du houen cherchant un corps, une gaîne, un asile pour y entrer, n’omettons point d’observer deux autres hoiienSy conservateurs des plus antiques traditions du monde : la tradition de l’ange tutélaire, ou du bon génie de la famille, et celle du démon parasite. Chacun de ces deux Esprits maintient, en effet, dans la personne du Chinois, sa personnalité distincte; et chacun, cependant, revêt, en sa qualité

LE MONDE MAGIQUE

de houen, la forme et X apparence du corps humain'... C’est gritce à cette faculté que le houen peut apparaître sous nos traits, et nous représenter après notre mort, soit dans les apparitions qui consolent nos semblables, soit dans celles qui jettent au milieu du monde l’épouvante. Chacun d’eux est donc là-bas, à sa façôn, ce que les anciens appelaient notre image, notre simulacre - ce que, d’un seul mot, ils nommaient 'un-autr e-que-nous- sous -les -traits -de-notre-pjer sonne: Eteroprosopos • ce que les Juifs, mieux renseignés et se gardant de le confondre avec notre substance, nommèrent quelquefois notre ange. (Acte des apôtres, ch.xii, 45.)

Que si, pour un certain monde, le houen représente par une de ses faces le principe vital ou l’âme animale de nos corps, il nous reste à chercher en quelles doses l’erreur et la vérité se mêlent dans cette notion souvent confuse, dont les traces ont rempli les pages les plus mystiques de l’antiquité savante.

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