‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 166 sur 243 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

puisque celle-ci change sans cesse, tandis que l’autre se conserve. » (flourens, secrét. perpét. de l’ Acad, des sciences, De la longévité^ p. 47, 48, 50. Paris, 1854.)

Et déjà, longtemps avant Cuvier, Leibniz avait dit : « Notre corps est dans un (lux perpétuel, comme une rivière ; et des parties y entrent et en sortent continuellement. )) {Id., p. 48.) Or, cette vérité, perçue depuis tant de siècles, est l’une de celles que les belles expériences de M. Flourens ont fait voir dans ces derniers temps à l’œil du corps, non moins qu’à l’œil de l’esprit, jusque pour les parties les plus solides de notre personne et les plus réfractaires à la loi du changement qui, selon l’expression de Bossuet, est ici-bas la loi du pays! Teignant avec de la garance les aliments dont il nourrissait des pourceaux, M. Flourens a pu suivre de l’œil le renouvellemeiit successif de leur charpente osseuse, indiqué jour à jour par le principe colorant de cette substance, dont les molécules qui formaient les couches nouvelles arrivaient imprégnées. Il a vu de même, à titre de contre-épreuve, de nouvelles couches de couleur blanche succéder aux couches rosées chaque fois qu’il y avait retour ou régime exempt de garance, (/r/., p. 51, 52. L analyse chimique des excrétio7is confirme^ au be^om, ce que cette eorpérience indique.)

Une force active et formatrice — forma — est donc le principe et le fond de l’animal! Communiquant l’activité à ses organes, imprimant le mouvement et l’action à la matière dont il SC compose, elle le configure, en quelque sorte, sous le sceau vivant, sous l’empreinte animée de sa ressemblance ‘ .

Sans cesse travaillant le corps formé par elle, cette force répare ou tend à réparer les pertes qu’il éprouve. Elle se

^ Les cas de monstruosités que l’on peut étudier dans les tç^ratologies sont des exceptions, et peuvent être expliqués par les perturbations (jue la forme éprouve en elle-même, ou plutôt dans son travail

LE MONDE MAGIQUE

rend sensible aux endroits naulilés, et semble annoncer sa tendance à l’action, lors môme que lui manque l’énergie suffisante à l’accomplissement de l’acte réparateur. Ainsi, l’homme que le fer a privé de l’un de ses membres éprouve, à la place vacante, un sentiment de douleur ou de vitalité. Le membre enlevé lui paraît subsister encore; la main s’y porte involontairement, et le blessé s’attend d’abord à le toucher, jusqu’à ce que l’expérience ou la réllexion l'ait (juéri de l'instinct!

La force formatrice, ou la forme humaine^ se manifeste donc à cet endroit par une action inégale, mais constante; et si la végétation animale de l’homme mutilé se prononçait avec l’énergie que, dans certains êtres, la nature développe sans se lasser, le phénomène de la restauration des pertes accomplirait irrésistiblement son cours; il -l’a suivi quelquefois : « Une clavicule brisée, un bras fracturé, une jambe écrasée, des maxillaires nécrosés ont été régénérés. Il y a là une force qui se cache sous un manteau de chair, mais elle se trahit par ses effets merveilleux L » Que si vous voulez la voir opérer, prenez et placez, à titre d’exemple, une salamandre au lieu d’un homme, et que le fer tranche un de ses membres; vous allez voir, le temps aidant, la chair vivante se reproduire et reparaître à l’endroit enlevé; vous la verrez se modeler comme sur un invisible patron, et, semblable à la sève et au cambium du rameau renouvelé, se couler et se configurer comme dans un moule animique. Vous la verrez , non point suinter à grand’peine ainsi que chez l’homme, dont elle ferme maladroitement la blessure; mais, généreusement épanchée, elle va reformer et compléter à vue d’œil la totalité du membre emporté. A suivre de l’œil

1 D'® Blandin, Sédillot, Maisonneuve. — Tterue àxi monde cathoL, 25 août 1862, p. 71, 72. — Léopold Giraud, Identité du principe pensant et du principe vital; excellent article, que je parcours au naoment môme où ce travail est sous presse.

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