CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
les inégalités de ce travail et de ces eflbrls, on arrive à conclure que, dans ces êtres, placés aux degrés infimes de l’échelle animale, la vitalité du corps progresse- en raison inverse de la noblesse de leur forme, c’est-à-dire de l’élévation du principe, animique mais 'périssable , de leur être nAIais la sagacité de Bonnet a mis dans tout son éclat ce phénomène de la réparation des membres de l’animal, opéré par la vertu, par l’activité de la forme. Car le sujet de ses e.xpériences scientifiques n’est pas un simple polype , « c’est un annélide à sang rouge. Le tissu du polype est tout homogène ; les naïdes, au contraire , ont des 07^ganes très-distincts : un système nerveux, un double système de vaisseaux sanguins, des organes propres de digestion. Eh bien, on peut couper une nnïde par morceaux , et- chaque morceau ' donne une nouvelle naïde. Bonnet est allé jusqu’à couper une naïde en vingt-six morceaux, et il s’est reproduit vingtsia; naïdes. Il a coupé la tête à la môme naïde jusqu'à
^ L’âme des bêtes est périssable. (Voir plus bas.) « Aux hommes privés d’un membre, la Voyante de Prévorst voyait ce membre comme s’il leur restait, » nous dit le savant D'' Kerner, Hist. de la Voy. it., p. 610. Elle en voyait donc le moule fluidique. Mais les Voyantes de cet ordre sont des possédées, ou des pythonisses, et je l’ai, ce me semble, démontré. Leur parole, qu’elles le veuillent ou non, a donc généralement pour but de propager le mensonge ou l’illusion. Nombre de Voyantes ont vu, /tors d’ elles-mêmes , leur propre fantôme, leur image vivante , leur houen ! Elles voyaient ce double de leur personne dans des positions différentes de celles qu'elles occupaient en le contemplant. Elles le voyaient sans cesser de vivre, quoiqu’il fût complètement hors d’elles-mêmes. — Si pourtant c’est là notre principe vital, comment réussir si facilement à s’en séparer sans mourir? Et si l'âme humaine se passe si facilement, en nous, de ce prétendu principe vital ; si elle conserve à elle seule le corps plein de vie, à quoi bon, pour l’être humain, cette invention de la fausse science? L’âme, d’ailleurs, l’âme véritable étant invisible, les Voyantes ne peuvent pas plus voir, appendue au corps des amputés, une partie de celte force immatérielle , qu’elles ne peuvent en voir la totalité ! Ces visions, ou ces fantômes partiels, ont donc le même auteur que les fantômes com- ,plets, dont l’ouvrage la Magie au dix-neuvième siècle nous enseigne riiistoire.
LE MONDE MAGIQUE
douze foiSj et cette naïde a, douze fois, reproduit sa lôte. » Que de gens envieront aux naïdes cette infatigable vitalité!
« J’ai répété souvent, et avec beaucoup de soin, ces curieuses expériences, » ajoute M. Klourens (Ibid.^ p. 175); « j’ai coupé des naïdes en dix, en douze, en quinze, en vingt morceaux; chaque morceau coupé, après quelques contorsions, devient immobile : bientôt son épiderme se détache, et l’enveloppe comme une sorte de cocon. Dès le second ou le troisième jour, les deux bouts du fragment de la naïde paraissent déjà allongés, coniques, à demi transparents: c’est un commencement de reproduction de la tête et de la queue. Au bout de trois jours, le morceau coupé se dégage de son enveloppe, et l’on a sous les yeux une naïde complète. A chaque extrémité, on voit trois ou quatre anneaux de nouvelle formation, et que l’on distingue facilement des anciens, parce qu’ils sont beaucoup plus pâles. Au bout d’un mois, le bout caudal de nouvelle formation a jusqu’à quarante anneaux, et le bout supérieur en a huit ou dix
» Que si l’on coupe la patte d’une salamandre, celte patte repousse; essayez de la couper une seconde fois, une troisième, elle repousse encore. Bonnet a coupé jusqu’à quatre ou cinq fois la patte d’une salamandre, et cette salamandre a reproduit autant de fois sa patte. J’ai coupé les pattes de plusieurs salamandres, tantôt dans la contmuité, et tantôt dans la contiguïté, c’est-à-dire tantôt en retranchant une partie du bras, ou de l’avànt-bras, et tantôt en désarticulant l’avant-bras du bras, ou le bras de l’épaule. Dans les deuxcas, la reproduction a été complète. J’ai fait l’anatomie des nouvelles pattes, et j’y ai trouvé les mêmes os que dans les pattes primitives; dans les pattes de un humérus,
un radius et un cubitus, etc., etc...; dans les pattes de derrière un fémur, im tibia, un péroné, etc. J’y ai trouvé