CHAPITRE DIX -HUITIÈME
Mais, quoi de 'plus naturel que cette apparition si la théorie du germe voyageur, aeUe « hase fondamentale de la science mafpiétique^ a a le mérite de la vérité? Ce fantome n’est plus alors qu’une particule représentive du corps de Marsile, que, par un acte de volonté suprême, il détache de sa personne au moment de sa mort , pour la lancer vers Mercatus!... Il l’avait lancée sans doute, pour plus de vélocité, sur une particule du corps de son cheval , contenant
réellement et en vérité tout ce noble quadrupède! Et
pourquoi donc la raison, — je veux dire la raison magnétique, — ne s’avancerait-elle point jusqu’à l’affirmation que nous allons émettre : — Ce que l’homme est à la bète qu’il gouverne, sa particule le doit être à celle de l’animal, que^ dans la présente conjoncture , elle paraît asservir et enfourcher... Mais allons au delà; car si les fantômes sont, ou peuvent être, — ainsi que le bruit s’en répand dans les deux hémisphères, — des germes détachés de nos personnes ou de celles des betes, que dire des spectres qui s’ofîrent à nos yeux revêtus des vêtements de ceux dont ils sont l’image? .Les vêtements auraient-ils, ainsi que les'êtres animés, leurs germes représentatifs? — Rapportons, afin d’élucider notre pensée, un des faits authentiques où Vexacte représentation du costume accompagne la photographie vivante de la'personue dont le fantôme nous apparaît:
(t Le 15 mai 1687, les capitaines Bristo, Brian et Barnaby descendirent sur le rivage de l’île de Stromboli, pour s’y livrer au plaisir de tirer quelques oiseaux. Après avoir pris ce divertissement, nous disent ces marins, auxquels nous cédons la parole, nous rappelâmes les gens de l’équipage et, quatorze minutes environ après le coup de trois heures de l’après-midi, nous vîmes passer à côté de nous deux hommes emportés avec une incroyable vitesse (Amazing). Le capitaine Bornaby s’écria : « Dieu me pardonne lie premier des
LE ftlONDE MAGIQUE.
» (leux est, Irait pour trait, mon voisin porto à porte, le » vieux Booty! mais je ne sais quel est celui qui disparaît a )) sa suite. » Or, les V(5tements de Bootv élaient de couleur (jrise; et l’autre personne était vêtue de noir. les rîmes se précipiter au milieu des llammes du volcan, et nous y entendîmes un bruit trojo épouvantable pour le décrire! Le capitaine Barnaby nous Ht tirer nos montres, et l’heure fut inscrite sur nos ayenda , pour être transcrite aussitôt après sur le registre du bord.
» Le 6 octobre 1687, nous fûmes de retour àGravesend. Mesdames Brian et Barnaby s’empressèrent d’accourir audevant de leurs maris... Après quelques instants de conversation, madame Barnaby dit au sien : « Il faut que je vous » apprenne, mon ami, que le vieux Booty n’est plus de ce » monde. Et figurez-vous qu’il est mort en jurant que nous » allions tous le voir tomber en enfer ! »
» Frappé de ces paroles, qui réveillent ses souvenirs, le capitaine raconte alors à sa femme ce que l’équipage avait vu. Puis, à quelque temps de là, madame Barnaby, rencontrant à Londres une personne de sa connaissance, lui fait' part de la vision des gens du navire... Hélas! la plus pénétrante de toutes les forces fluidiques, c’est celle de la parole humaine, et surtout lorsqu’elle porte en elle quelque malice; aussi, ce propos ne tarda-t-il point à caresser aigrement les oreilles de madame Booty, quj s’empressa d’intenter contre le capitaine Barnaby une demande à titre de réparation d’honneur, accompagnée, selon la manière d’entendre les choses de nos excellents voisins , de dommages-intérêts s’élevant à la ronde somme de vingt-cinq mille francs.
)) Bref, l’affaire arriva par la filière des procédures à la cour du banc du roi, où furent déposés les vêtements de Booty. Le sacristain de la paroisse et les personnes qui avaient assisté le moribond affirmèrent sur la foi du ser-
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ment, l’heure de la mort de cet homme. Nous avons établi de notre côté, dirent les marins, l’heure de notre vision consignée sur le journal du bord: la dilTérence se borne à deux minutes! ...Or, les particularités relatives à la toilette de Booty furent relevées avec de minutieux détails, et douze témoins les eurent assez présentes pour jurer que les boutons de l’habit qu’ils lui avaient vu porter étaient couverts d’une étoffe dumême que le reste du costume. L’exactitude de ce témoignage fut vérifiée; puis, le jury demanda à iM. Spinks s’il avait connu Booty? — Jamais je ne l’avais vu, répliqua-t-il, jusqu’au jour où il s’est précipité sous mes yeux dans le cratère. — Le juge, alors, de s’écrier : Seigneur, préservez-moi de jamais rien voir de pareil ! Une, deux, trois personnes peuvent se tromper, mais vingt, mais trente... cela est inadmissible!... Et la veuve de Booty perdit, avec sa cause, pour vingt-cinq mille francs d’bonneur, d’après son propre tarif ‘. »
Or, la cause qui nous intéresse , celle des particules représentatives, n’est-elle point aussi compromise dans celte * affaire que celle de la pauvre veuve? Car, où trouver qui nous explique, d’après les lois de la nature, celte représentation fantasmagorique de l’ensemble et des parties du costume dont était revêtu son mari ? Les vêtements ont-ils aussi, par hasard, une volonté qui détache de leur tissu leur germe spectral? Où la volonté de l’homme crée-t-elle à son gré le fantôme de sa chemise et de son paletot? Que si, de la cour de justice anglaise, nous remontons aux récits de la Bible , Samuel apparaît à Saül couvert d’zm manteau {Rois, 1. !"■, ch. xxviii, 14), et ce vieillard, ajoutent les plus anciens interprètes, se montre « sous la même forme
1 On trouvera cette pièce surle journal maritime du capitaine Spinks, et sur les registres de la cour du banc du roi , King’s bench. Westminster, règne de Jacques II, 1(587. I®'’ juge : llerbert. Autres juges : Wylbens, llollovvay et Wright.
LE MONDE MAGIQUE
et avec les habits qu’il avait de son vivant! » [Bible F., D. liésiirreclion , f . 22, p. 277.) Si donc il ne nous est donné de voir dans le prodige des apparitions qu’un phénomène 'purement naturel^ que l’on daigne nous apprendre de qutdles particules ou de quels germes sortiront ces vêlements de Booty, ces habits, ce manteau de Samuel?... Mais si les anges, bons et mauvais, ont la faculté de se former des corps, et de représenter en vif relief les frustes habitants de la tombe, ces mômes anges, toujours obéissant à la volonté de Dieu, ne peuvent-ils, avec une égale facilité, représenter les vêtements auxquels l’usage a familiarisé nos yeux? Hormis les préjugés antireligieux, source des plus déplorables absurdités, quel solide argument s’oppose à cette croyance? (Lire Schramm, Théol. myst. — j4d usum direct.^ v. 2, p. 213. — ^ Suprà et infrà.)
Certes, et sans douté il est temps de le dire, je crois fermement au Merveilleux ; car la parole de Dieu, car le témoignage des hommes accompagné de toutes les conditions logiques qui le revêtent de certitude ^ en multiplient les preuves sans mesure. Mais quand donc enlin l’incrédulité,’ quand le philosophisme nous délivreront-ils de ces interprétations qui n’ont d’autre mérite que de l’élever à sa quinzième puissance, ou de le remplacer par l’impossible et l’absurde, sous prétexte de le rendre naturel!
Oh ! si le goût des avanies ne vous tient fortement au cœur, veuillez donc y songer, messieurs les interprètes des secrets de la nature; oui, chaque jour, à chaque instant, en quels hideux et détestables endroits ne vont point vous loger vos émanations, vos sécrétions, dont chaque particule, chaque atome, — si vos articles de foi magnétique sont des articles déraison, — contient réellement et en vérité votre personne tout entière !
Vous le dites, et votre doctrine le inaintienl : votre sueur,