CHAPITRE DIX-HUITIÈME
vos expectorations, vos exhalaisons... vous ont fait passer, j^ar milliers d' exemplaires , et tout entier ^ esprit et corps, sous forme de ‘particules, dans le drap de ce paletot, dans le cuir de cette chaussure, dans les plis humides de ce mouchoir... Là donc, et je le répète, où chacune des particules quasi eucharistiques de votre personne vous a rendus réellement présents, que d’insultes à boire! Écoulez et comptez! Oh! de quelle noire et amère liqueur vous colore et vous abreuve le pinceau sur la surface de cette botte dont le cuir, à demi fatigué par le temps, s’est pénétré de vos effluves! oh! que d’insolences l’élastique houssine ne se permet-elle point sur votre personne, par la main rarement si diligente de ce valet qui vous houspille dans l’étolTe de ce surtout! Comme le traître vous brosse et vous rosse ! et de quel cœur vous lessive et vous savonne cette femme dans les draps où votre sommeil a déposé ses moiteurs!... Avec quel perlide entrain les coups redoublés de son battoir n’aplatissent-ils point l’homme physique, intellectuel et moral, contenu réellement et en vérité dans chaque particule émanée de votre chair, et dont se sont vivifiés, par imprégnation, les fibres de votre linge! (Lire Rogers, p. 279, et M. H. Delaage, p. 28, 29 et 30.)
Homme ingénieux que je vous sais, hommes chatouilleux qüe je vous suppose, par quel miracle de patience aucune de vos personnes, si cruellement offensées dans chacune de vos particules représentatives, ne se met-elle à jouer son rôle de fantôme, à se mo[itrer terrible, menaçante, à jeter au moins les hauts cris? Un ami pourrait alors vous reconnaître, et vous secourir! Au milieu de cette toute-puissance de multiplication, qui devrait mille fois centupler vos moyens et vos ressources, ne vous reste-t-il d’autre force que celle de souffrir inaperçus et muets?
Et j’allais oublier les jours de bataille! La peur alors ne doit-elle point, par ses laxatives iidlucnces, multij)licr chez les
LE MONDE MAGIQUE
lâches une torrentueuse reproduction de la genle fuyarde? Leurs particules fantasmagoriques, en frappant la vue des braves, nous donnent sans doute aujourd’hui la clef de ces terreurs paniques dont l’intelligence humaine n’avait su jusqu’ici déchiffrer l’énigme.
Que si, d’ailleurs, tous ces atomes sont, réellement et en vérité, la repi^ésentation vivante des personnes dont ils ont quitté la chair; que ^i, réellement et m vérité, chacun d’eux la contient tout entière, chacun doit, à l’exemple de ses auteurs, penser, philosopher, vivre, agir... et se reproduire indéfiniment!
Pourquoi pas? Où loger, dès lors, ces êtres nouveaux, foisonnant par myriades, et dont le système représentatif de nos philosophes naturalistes enrichit et encombre l’univers?... Pour ma part , je me borne à constater les naissances, n’ayant par état rien à démêler avec cette population fantasmagorique qui s’échappe par torrents... des vérités fondamentales du magnétisme! Ou plutôt, l’intérêt personnel, l’instinct, le point d’honneur et, — redevenons tout à fait sérieux, — la raison, le sens commun , me forcent à tourner le dos à ces particules archimicroscopiques, pour lesquelles on veut que ce soit jeu si facile de se grandir, et de représenter à point, d’un bout à l’autre du monde, notre taille naturelle et notre pensée, nos a, Hures et nos mœurs.
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