‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 175 sur 243 · CHAPITRE DIX-^NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-^NEUVIÈME

S’il ne sort de notre chair aucun germe qui nous représente , existet-il au moins dans l’animal quelque germe qui le produise ou qui répare ses membres perdus? — Expériences sur le loup et la chienne sur la chienne et le chacal. — Le dernier mot actuel de la science est que le germe ne préexiste pas- à l’animal. — Après les germes absurdes, adieu donc le germe sérieux, adieu tout fantôme issu d’un germe !

Mais un point de vue digne du plus haut intérêt succède à celui d’où le bon sens vient de nous expulser; et la question qui se pose dans les paroles suivantes va reculer au loin pour nous l’horizon des recherches.

Un germe, d’où sortira plus tard l’animal, existe-t-il tout formé chez ses auteurs?... En d’autres termes, l’animal qui naît, ou celui dont les membres mutilés repoussent, doit-il la vie ou la réparation de son être à la préexistence, dans l’un des deux corps qui lui donnent le jour, de quelque germe ou bourgeon formateur ou réparateur? Et, si ces germes sont des réalités, le principe de vie qui se trouve en , eux ne serait-il point l’âme animale, le type formateur et modeleur, puis, à la mort, le houen, l’image Iluidique et le fantôme de l’être, son simulacrum? . . . Lorsqu’il s’agit d’aller au fond des choses, on comprendra que la question des germes absurdes nous conduise à celle des germes possibles!

Un temps fut, — ajoutons même qu’il dure encore, — où l’on eût trouvé commode d’expliquer le mystère dé la vie par la simple et facile hypothèse d’un germe. « On venait alors d’imaginer des germes d’ensemble pour expliquer la formation de l’être total. On imagina des germes partiels, des germes locaux, pour expliquer la reproduction des parties. » (Elourens, même ouvrage que ci-dessus, p. 178.) Ainsi, « Bonnet pose des germes réparateurs, et, nonseulement des germes complets , mais des parties deptai'ties

LE MONDE MAGIQUE

do(jermcs; des germes, en un mot, « qui ne contiennent que ce qu’il s’agit de réparer! » {ŒuiTeÿ complétés de Bonnet y t. Yll, p. 2G7.) « Mais il fallait bien que Bonnet allât jusque-là! car, si je me coupe le bras tout entier, le bras tout entier se reproduit; et si je ne me coupe que la moitié, que le tiers, que le quart du bras, il n’y a que la moitié, que le tiers, que le quart du bras qui se reproduise. Il fallait donc bien, pour rendre l’hypothèse utile, c’est-à-dire pour qu^elle répondît à tout, supposer des moitiés, des tiers, des quarts de germes! Il n’y a donc pas plus de germes réparateurs que de germes préexistants »

«Quelques esprits très-supérieurs, des philosophes tels que Malebranclie et Leibniz, des naturalistes tels que Swammerdam, Redi, Malpighi, ont imaginé de dire », lorsqu’il s’agit de l’impénétrable problème de la formation des êtres, « que le nouvel être ne se forme pas, qu’il est tout formé ! De là le fameux système de la préexistence des êtres. » (Ib.y p. 1G6.) Et Bonnet, partisan décidé de cette préexistence, nous dit naïvement : « La philosophie ayant compris l’impossibilité où elle était d’expliquer mécaniquement la formation des êtres organisés , a wimjiné heureusement qu’ils existaient déjà en petit, sous ,1a forme de germes ou de corpuscules organiques. » (^Considérations sur les corps ov(janisés, ch. i®*', § 1, p. 1G7, 171.) Il faut ajouter que le système de la préexistence des germes a été adopté par Haller et par Cuvier, par le plus grand physiologiste du dixhuitième siècle et par le plus grand naturaliste du dix-neuvième. Mais il arrive toujours un moment où, quel que soit un système y il ne peut plus être conservé; c’est le moment

où les faits paraissent « Or, j’ai toujours vu, dans mes

expériences sur le croisenient des espèces, que le mâle avait

‘ L’auteur parle ici pour certains animaux. Se rappeler les expériences sur les salamandres, \\ 'ISO- Ici, voir l’homme, p. 320.

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