CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
une part écjale à celle de la femelle dans la production du nouvel être. »
Et M. Flourens, qui nous tient ce langage, a, pour sa seule et unique part, recueilli, depuis 1845, cinquanteneuf faits très-positifs. 11 a obtenu cinquante-neuf portées provenant, soit de runion du loup avec la chienne, soit de runion de la chienne avec le chacal, soit de Tunion des métis entre eux. (P. 156.) Ici donc, et contre la théorie du germe, se manifeste dans des expériences décisives l’empire d’une âme, c’est-à-dire d'une forme invisible et donnant à la matière des corps la vie qu’ils n’ont point en euxmêmes. Car, dit l’illustre académicien, « le métis provenant de l’union de la chienne avec le chacal est un vrai métis , un animal rni-parli de chien et de chacal; un animal fait (le deux moitiés ^ d’une moitié d’un chien et d’une moitié
d’un chacal. Gomment donc concilier ce résultat avec la
préexistence du germe? Si le germe préexiste dans la chienne, il est tout chien; il ii’y est pas d’avance moitié chacal et moitié chien. Certainement, la moitié du chacal ne préexistait pas dans la chienne. »
Mais, « je continue mon expérience; je prends ce métis ^ que je suppose être une femelle, et je l’unis avec un chacal. J’obtiens un second métis qui n’a plus qu’un tiers de chien. Je continue encore, et en procédant toujours de même; à la troisième génération, le métis n’a plus qu’un quart d(i chien (sfc); à la quatrième, il ii’a plus rien du chien! J’ai donc changé un germe de chien en un germe de chacal ; car le germe primitif, le germe qui était dans la chienne, était un germe de chien. En substituant, dans mon expérience, la chacale à la chienne et le chien au chacal, j’aurais pu changer de même, — et je n’ai. pas besoin de 'le dire, — un germe de chacal en un germe de chien. Il dépend donc de moi de changer un germe en un autre, un germe de chacal en un
LE MONDE MAGIQUE
germe de chien , un germe de chien en un germe de chacal? Ou plul()t, et hparler jdIus sérieusement^ je ne change rien, CAR RIEN n'était FORMÉ ENCORE, rîeu Il’était PRÉFORMÉ;
et IL n’y a point de GERMES PRÉEXISTANTS. » (Flourens, id.^ p. 173, 174 *.)
Or, s’il n’y a point dans un individu de germe préexistant et entier, d’où se forme un individu semblable par la génération; s’il n’existe point de germe partiel dans un animal pour réparer indéfiniment et avec une précision mathématique des pertes de membres ou de parties de membres, que nous voyons repousser ainsi que chez les salamandres et quelquefois chez l’homme lui-môrae {vide p. 320), il y a donc, pour allumer la vie, une autre étincelle que celle du germe préexistant. Et, ce germe tombant dans les profondeurs du néant, adieu le principe animique dont il plaisait à quelques cerveaux inventifs de le meubler; adieu ce type formateur, adieu cette image fluidique, adieu ce fantôme de l’ôtre existant dans le germe autant de fois que le germe lui-même eût existé dans le corps de l’animal; c’est-à-dire, ainsi que certains penseurs aimaient à le supposer, en nombre dont le chiffre eût facilement épouvanté jusqu’à l’imagination !
Cependant, revenons sur nos pas, renversons tout ce que prétendait édifier M. Flourens, et, contre le dernier mot ACTUEL de la science physiologique, admettons que le germe animal est une réalité positive ; disons qu’il existe, ou visjble
‘ Dans le cas où le germe existerait dans l’homme, on peut dire, si toutefois quelque autre raison n’empêche l’admission du même principe , que nous verrions le croisement d’un blanc et d’une négresse produire un noir ou un blanc, selon que le père ou la mère auraient fourni le germe. Mais nous savons, par la naissance du mulâtre, du quarteron, etc., que ce qui se passe entre le chacal et la chienne est exactement ce qui se passe entre le blanc et la négresse, lesquels, d’ailleurs, ne forment point, comme le chien et le chacal, deux espèces différentes.