CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
ou insaisissable à la vue, dans les Intimes appareils de l’organisme; reconnaissons que sa molle et pénétrable substance est modifiée dans l’ovaire ou dans le sein maternel par la vertu génératrice du père, par la mystique empreinte dont le balancier de la génération marque cette monnaie qu’il lance'dans le cours de la circulation vitale ; proclamons que les germes de chaque produit, de chaque animal, ainsi modifiés, auront à subir une modification nouvelle dans chaque variété nouvelle de copulation successive; établissons , en un mot, que chacune des transformations du germe appelé à la vie devra refléter les forces et le caractère de chaque père de dissemblable espèce. Eh bien, qu’inférer et conclure de ces hypothèses? Ces ovules, ces germes que, pour le moment, nous supposons exister, ou que nous laisserons nier à la science , si bon lui semble, sortent-ils de l’homme et de la femme, comme la sueur, par tous les pores? Toute émanation de leur corps en e.st-elle formée? Envahissent-ils par myriades l’air qui nous enveloppe? s’attachent-ils aux objets que nos membres ont touchés? Et, si rares que nous les supposions ^ ont -ils une ame, un esprit intelligent qui les promène et les fasse évoluer dans l’espace, dociles tantôt à la loi de leur caprice, tantôt à la volonté qui les décoche et les commissionne? Ces germes, enfin, possèdent-ils la faculté de nous représenter sous forme de fantôme?
CIIAPITUE VINGTIÈME.
Le fantôme liumain et le principe vital, ou Fàmo secondaire de l’école médicale de Montpellier. — Cette écolo et celles de la magie se répètent touchant la jiersonne humaine. — MM. les 1)'“ Lordat, Amédée Latour, Saies-Girons. — Aubin Gauthier. — Saint Thomas d’Aquin, Descartes, Stahl. — Leloyer, Henri Korman et son ouvragesur les prodiges qui s’accomplissent dans et par les cadavres. — Le principe vital, âme admissible du fantôme, et houen s’il existe, ne serait-il pas celui que la cabale appelle le Prince des corps? — Pourquoi ce nom. — Exemples. — Le commis de Londres. — Le fils d’Armentarius passant une année à l’état de cadavre ambulant. — Le gladiateur du médecin Eunape. — Valdemar et son ami le magnétisle; — Réflexions corroborées par le père Lebrun sur ces phénomènes, constatant les ruses des démons dans les cadavres. — Ligne parallèle : action angélique dans les corps et les reliques des saints. — Le principe vital y est-il encore endormi ? — Exemples ; Sainte Athestine ; saint Denis portant sa tête, prose de l’Église. — Le sang de saint Janvier. — Le R. P. Ventura, Henri Cauvain et de savants auteurs. — Retour à l’époque actuelle. — M. le D*' Louyet se fait obéir magnétiquement par un cadavre. — Le principe vital, dans ceux de ces phénomèmes qui sont, étrangers à l’esprit de sainteté, est cekii des tables possédées, et des statues animées do l’antiquité.
J’espère, dans le chapitre qui précède, avoir fait main basse sur des inepties que je serais honteux de réfuter, si, devant elles, ne s’inclinaient comme devant un dogme, et jusque dans le domaine des sciences, un plus grand nombre d’intelligences, et des intelligences plus cultivées qu’on ne le suppose.
Avançons maintenant de quelques pas, et progressons. Au-dessous de l’âme intellectuelle, une âme animale existe qui est la vie du corj^s de l’homme, et quelques savants ajoutent : son image posthume, son simulacre fantasmagorique! Voilà ce que nous allons nier; mais aussi voilà, d’uu bout à l’autre des temps, ce qui s’est dit dans les temples de l’idolâtrie et du haut des chaires de mainte^ écoles.
L’étude de cette âme secondaire est celle de la partie animique du fantôme, et nous la reconnaissons à ses traits
CHAPITRE VINGTIÈME, caractérlsliques si peu que nous reportions notre pensée vers les idées philosophiques du vieux monde vers les dogmes du monde étranger au Christ, ou vers les croyances du monde magnétique en l’an de grâce 1860.
Eh bien , cette âme que l’on nous dit tirer de son propre fonds la vie qu’elle donne au corps et configurer à son invisible ressemblance, ou la matière de nos corps pendant la vie , ou je ne sais quelle Iluidique et fantasmagorique substance après la mort cette âme que, dans leur invention
du germe représentatif de l’homme, de solennels rêveurs multiplient à l’égal des grains de sable du rivage, et logent en chacune des particules qui se volatilisent ou qui se détachent de nos corps ; cette âme, en un mot, un peu changée d’allures, un peu moins ridicule dans ses apparences, la voici devant nous; la voici signalée derechef avec une partie du cortège d’erreurs qu’elle entraîne violemment à sa suite. Mais où donc? — Où cela , s’il vous plaît? — Dans un des palais de la Faculté médicale, là-bas, sous le titre sérieux et scientifique de principe vital. Car, tel est le nom dont la salue toute une école de graves docteurs, c’est-à-dire la savante et très-honorable école de Montpellier, dont là doctrine envahit au loin tant de chaires !
L’âme animale, ou le houen de Montpellier, fonctionne, — si l’on veut me permettre cette comparaison, — avec la presque parfaite indépendance d’un chef de ministère enroyaume constitutionnel. Elle anime, elle configure et développe, elle régit et reproduit nos corps, sans admettre aucune intervention gênante de la part de l’âme intellec- : tuelle î Et , si nous considérons en nous cette âme intellectuelle, planant dans sa gloire royale au-dessus de l’humble 'domaine des organes du corps, nous devons, — au point de vue des écoles énumérées par nous" tout à l’heure, — apipliquer à sa majesté fainéante la maxime des machines gou-
LK MONDE MAGIQUE
vcrnemenlales à coiistitulions britanniques : Elle règne , et ne gouverne 'point. .
Ne communiquant à nos organes aucune sorte de vie, l’Ame intellectuelle, — envisagée de la façon dont l’envisage l’aréopage médical de Montpellier, — exerce donc paresseusement sur nous son empire! Son action se borne à la pensée; puis, du haut de sa morgue philosophique, elle sc contente, en sa royale et vivante habitation du corps, de l’hommage et des services gratuits que lui rend l’âme animale, unique principe de la vie que possèdent nos organes. >
Oublions donc, pour un instant, les doctrines de la science orthodoxe, et franchissant le seuil de l’école, qui répète à peu près sur ce point les enseignements de la philosophie magique, prêtons l’oreille aux paroles mêmes où se peint la dangereuse illusion de quelques-uns de ces savants docteurs.
« Le corps de l’homme présente à considérer deux choses : des organes matériels et une force vitale DISTINCTE qui ne se voit pas , qui lutte sans cesse contre les lois du règne inorganique, arrache à son empire, pendant un temps limité, une partie de la matière, s’épuise, se répare, sc concentre sur un point de l’économie, se dissémine, s’étend enfin sous l’influence sans cesse agissante des corps ' extérieurs. »
a Cette force vitale, BIEN DISTINCTE DE L’AME RATIONNELLE, et aussi bien démontrée que l’existence matérielle des organes (ou? quand? comment?)^ est le fait le plus général de l’économie animale! C est la vie ! c’est la force de résistance, c’est l’harmonie, c’est l’unité physiologique et pathologique L »
1 Extrait d’un livre de M. Cruveilliier, etdoctrine de l’école de Montpellier ; voir la Gazette des h‘'ipifau\r, représentant l’esprit de .M. le