CHAPITRE VINGTIÈME
Rien de plus net, rien de plus tranché ni de plus tranchant que cette doctrine, presque aussi ancienne, et cela doit être, que la vérité contraire à laquelle elle fait ombre! Car, voici bien, si je ne me trompe, le do^me replâtré des philosophes et des religions de l’idolâtrie: le corps, l’âme raisonnable et une âme animale, une âme fantasmatique, un hoiien, comme à la Chine, mais sous le nom de principe vital! ■ — M. le professeur Lordat, homme de science et de conscience, accepte ce dogme au nom de l’expérience, et nous en donne les riches développements. Je n’en résumerai que les points capitaux, parce qu’il est essentiel de les soumettre à l’appréciation du lecteur
(( Le principe vital, la force vitale ne pense pas. Si elle A UNE SENSATION , proprement dite, ce n’est pas une aperception. Elle est soumise à la caducité, à la résolution, à l’anéantissement. »
« Ce n’est point I’ame pensante qui préside en nous a la FORMATION et AU JEU DES ORGANES. Il n’v a pas dcux âmes, proprement dites, dont la hiérarchie soit problématique. Mais l’expression de principe vital , de force vitale, dénomme la cause de la portion de vie humaine qui est semhlahle à la vie bestiale^, tandis que, par âme pensante, nous entendons le sens intime humain, le mens et le yooç!
Le nom d’âme secondaire épouvante nos savants docteurs, on le voit; mais le nom ne change rien à la chose; et, de quelque artifice de langage qu’use leur école pour s’illusionner, voilà bien clairement en nous deux âmes. Que nous
D'^Brochin, n° 17, avril 1855; citation combattue dans la brochure du docteur Saies-Girons: Simple question, 1855, p. 4. Extrait de la , ftevue médicale, p. 4.)
• Extrait de son ouvrage sur le Double dynanisme humain. Ce système représente surtout l’école de Montpellier.
2 On va voir que ce principe vital est ce que nos pères nommaient jadis, et que le bon sens oblige à nommer Ttime des bôtes, ràme sensitive, que M. Lordat liii-inème reconnaît ici !
LE MONDE MAOIQÜE.
importe si la seconde se contente de la dénomination de principe, — puisque ce principe a sa volonté j comme chez les hôtes, puisqu’il est cause de la vie et des actes de la vie bestiale?
Ces deux ômes, aussi distinctes que caractérisées, M. le D*" Lordat les appelle deux puissances de notre nature extrêmement diverses; il les associe dans une opération commune, et leur im'pose pour mission de former dans le corps humain, où il les colloque l’une par-dessus l’autre, une personne unique! Dûment hiérarchisées, et nous en avons pour garant sa parole, elles ont une môme tendance à un môme but : l’exécution de la vie humaine* !
Mais le célèbre Gorres ne se contente point de si peu ! Prêtons l’oreille à ce philosophe protestant devenu catholique, dont les doctrines ne sont que trop souvent différentes de celles de l’Église et de la science, et qui ne peut se déshabituer de donner au Merveilleux, devant lequel il se prosterne, une raison d’être naturelle qui le tue. 11 fait école, hélas! je dois donc le citer... Mais qui me donnera de le comprendre?
(( Le corps, nous dit Gorres, — est composé de deux corps, pour ainsi dire réunis en un troisième. Le premier réside dans le système et agit par le fluide nerveux; tandis que X autre, qui vient principalement du sang, s’empreint dans le système circulatoire, et que le lien qui les unit tous »
1 Le sens intime; ajoute le docte professeur, n’existe en nous qu’à la condition de runité d’une force vitale universelle, faisant exister, entre toutes les molécules de notre corps, une conspiration destinée à prévenir les événements malheureux, et par exemple la paralysie... Or, il est évident que l’absence de cette force met toute chair, toute partie du corps qu’elle déserte, hors d’état de se trouver en relation avec la volonté. (P. 23, 24, 48, 49, etc.)
Réponse : Et pourquoi cette force ne serait-elle point une des facultés de fàme intellectuelle? Quel besoin d’une complication lorsqu’il s’agit de produire l’unité?