CHAPITRE VINGTIÈME
Déjà toutes les paroles de ce docteur ont été d’une précision qui saisit l’intelligence. Que si, d’ailleurs, nous descendions dans le détail et dans le menu des choses, ce serait pour voir se jjriser une à une, dans les faux mouvements de leur allure, les objections triomphales du savant professeur de Montpellier, déployant toutes les ressources de sa vaillance contre les antagonistes de cette Ame sensitive que lui a léguée l’école médico-magique du monde idolâtre, rajeunie par le magnétisme, et pompeusement adoptée par toute une école de savants étrangers à la science théologique. Eh quoi! s’était-il écrié, le principe vital est une chimère! Mais quel est donc le principe de l’action dans la parturition d’une femme trépassée? dans les mouvements d’irritation que l'on obtient àn corps d’un supplicié, plusieurs heures après la décollation? dans je ne sais quel nombre de phénomènes rares observés après la mort, et que la science a consignés dans ses recueils sous ce titre : Miracula. mortuorunij, c’est-à-dire prodiges qui s’échappent du sein de la mort? (Lire la p. 23 du Double dynamisme de M. le professeur Lordat, etc.)
La réponse serait 'd’une simplicité parfaite, à moins que, dans l’éclosion de ces phénomènes, il fallût ne compter que pour néant les inlluences de température et d’atmosphère, les actions physiques ou chimiques auxquelles est assujetti le cadavre : les lois de la fermentation putride, le mouvement des liquides, le jeu des gaz qui se dilatent au milieu
de nos viscères et de nos tissus que sais-je encore! Sans
parler, — à propos de cette naissance posthume, — de l’excitation produite par les eiïorls de l’enfant qui, du sein encore irritable de sa mère, cherche le jour.... Et d’ailleurs, tout cet ensemble, tous ces ressorts, tout ce mécanisme de nos organes, lancés dans le cours de leurs fonctions vitales sous l’empire actif de l’âme humaine, doivent-ils, subite-
LE MONDE MAGIQUE
nient et toujours, s’arrêter au moment précis où l’âme se retire, ce moment, sur la (ixation duquel, si souvent encore, il arrive aux plus experts d’hésiter, et de tomber dans l’erreur?
Ouvrez les yeux. Un attelage, là-bas, irpprime à la roue de ce moulin son mouvement rotatoire; les traits qui* rattachent se rompent. Regardez : l’attelage s’em|)orte et disparaît; est-ce que tout mouvement cesse aussitôt? JNon, le mouvement, ralenti, va s’éteignant, mais dure au cœur de l’usine et s’y prolonge quelque temps encore. Quelqu’un cependant va-t-il nous dire, devant le phénomène si simple de l’impulsion : Eh bien, l’unique moteur de celte roue, l’âme de ce moulin, ce n’était point l’attelage; le voici galopant au loin dans l’espace , et la roue continue de tourner. Voyez la meule saisir encore le grain, le broyer, et mettre au jour cette fleur de farine Il reste donc à celte méca-
nique une autre âme, un moteur secondaire et invisible!...
... Que si, d’ailleurs, nous nous replions de l’étude de ce rouage vers celle du corps, de grands génies sont là qui nous prêteront au besoin leur autorité pour établir qu’une force simple, ou double, de notre nature, n’est point toujours la source du mouvement vital, ou plutôt du simulacre de vie qui trompe de trop rapides observateurs en se manifestant dans le cadavre. Les phénomènes tout exceptionnels qui se révèlent alors nous entraînent, il est vrai, dans de grossières illusions; mais pourquoi cela? parce qu’ils sont d’un ordre où notre ignorance est devenue superlative. Hélas! la pauvre et aveugl e humanité n’a-t-elle point misérablement perdu la clef de mille faits, retombés pour elle à l’étal d’énigmes? N’a-t-elle point brisé celte clef, le jour où il lui plut de protester contre l’intervention si naturelle des êtres invisibles au milieu des êtres visibles , constituant les uns et les autres un même univers , un ensemble de création, une seule et unique JSalure?