‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 185 sur 243 · CHAPITRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIEME

En tout c.as, et nous pouvons le dire hardiment, qui peut le plus peut le moms. Lors donc que le Prince des corps, usant de la ruse que nous signalent et la Cabale et les docteurs de l’Église, ne représente point dans les cadavres l’ûme intellectuelle du mort; lorsqu’il s’abstient d’y simuler une résurrection complète, ne pourrait-il avoir le mauvais goût et l’insolence de jouer les plus graves docteurs de nos facultés, en simulant l’action plus faible de cette ème secondaire, de ce houen ioni chinois, qu’une école ressuscite à si grands frais sous le nom de principe vital ?> Ne pourraitil, assez longtemps après la mort, reproduire, imiter, singer dans le cadavre quelques-unes des évolutions de la vie?

Eh! mon Dieu, je serais loin de me plaindre, si la pensée

naturelles où l’organisme a reçu les dernières impulsions de la vie, — le cadavre est mis en jeu mécaniquement et par la voie des organes : — corpus, vüa prius exutum opyavtxwç xivstôai, ut ait Vitruvius. — Kornman, ibicL, p. 25. D’après l’opinion des docteurs, conforme à celle de la Cabale, c’est donc une ruse de guerre des démons de s’introduire dans les cadavres afin de leur donner un semblant de vie, de même qu’ils s’introduisent dans les vivants, médium ou possédés, en leur prêtant des facultés merveilleuses. -^Tradunt doctores quod dœmo-' nés nonnumquam se reprœsentent in corporibus mortuorum, sed non bgnorurn... Quoniam Deus, in cujus manibus corpora sanctorum sunt, id dœmonibus non permittit. (L’évêque Binsfeld, De eonf. mal., p. 81 .)

Une femme, dont je rapporte l’histoire toute récente dans un travail sur l’incube, nous dit que le corps subitement visible dont elle recevait la visite était, d’après les révélations qu’elle finit par obtenir de l’esprit qui parlait et agissait dans ce corps, le cadavre d’un mort, subitement introduit... Ce ne sera point perdre son temps que de parcourir le chapitre de Delrio cité dans les lignes qui précèdent. On V verra que ce savant théologien démonologue savait se prémunir contre l’erreur. Quelquefois, nous dit-il, chez ceux que nous croyons morts, \'âme reste unie au corps, quoique tout mouvement cesse, etc. Veluti si sint apoplectici, siderati, vel attoniti, etc. (Id., 1. II, q. xxix, sect. 2.) Mais aussi, ajoute-t-il d’après l’expérience acquise, le démon s’introduit quelquefois dans de véritables cadavres, afin de paraître leur dmner la vie. Les illusions de ce genre, produites par les démons, sont une de leurs ruses connues. Nam ahquando , ut quce vere cadavera sunt finrjat vivere, ipse ilia subinqrcditur... Multas solere esse illusiones dœmonum circa hujusmodi. (Id., ib.)

(jiic j(i viens cl’émetlre prcSlait à rire ù quelques médecins, trop dédaigneux peut-être des perspectives étendues pour avoir eu la patience de traverser les voies par lesquelles on arrive aux sommets qui dominent le terrain de leur propre science. Quoi de plus naturel que le sourire d’une bienveillante compassion chez ces docteurs, si, — très-bornés par système ou très-habiles vétérinaires qu’ils peuvent être, selon l’expression pleine de justesse de leur confrère, IM. le D'' Saies- Girons *, — ils se sont exemptés du soin de soumettre à l’analyse les facultés étrangement diverses de l’àme humaine ; s’ils ont omis ou brusqué l’étude des rapports nécessaires de cette âme avec les organes de son corps ; si , par suite de cette ignorance primitive, ils ont négligé de rechercher, à côté des causes matérielles des inaladies ou des guérisons de nos corps, les causes transcendantes que le médecin spiritualiste, ministre de la science élevée et complète^ cherche et rencontre dans le monde des Esprits"?

Mais les sourires railleurs n’arrêtent point ceux que les intérêts de la vérité mettent en marche; et j’espère que le lecteur ne me blamera nullement de reproduire, au milieu de ces chapitres, un récit qui circula naguère et se répandit par diflérents canaux dans le domaine de la publicité. A-t-il un caractère incontestable d’authenticité? n’est-il construit que d’éléments rapprochés à plaisir? je l’ignore; et, sous ce rapport, je le livre avec indifférence à la critique. Mais ce qu’il y a de positif, c’est que, n’ayant en lui rien de plus

^ Il va de "Soi que ma pensée dépouille celle expression de loul ce qu’elle peut avoir d’insullant, J’enlends par médecin vétérinaire celui ([ui, dans la personne humaine, ne voit et ne reconnaît presque que le corps, ou un corps animé à la façon de celui des brûles.

• 2 Spiritus infirrnitatis. Saint Luc, Evang., xiii, I I.

Le Nestor de la diplomatie révolutionnaire, i\L de Talleyrand, disait avec une grande profondeur de science et de pensée : Oui ne sait la théologie ne sait rienl — Interrogez tant de docteurs sur la psychologie, la pneumatologie, la théologie, ou même sur les vérités du petit catéchisme, et vous verrez ce qu’ils savent 1

CHAIMTRE VINGTUVmE.

impossible qu’une pléiade d’autres laits merveilleusement attestés (recueil De mirac. mort.y etc.), il résume dans son ensemble une série de détails avérés, et d’où résulte un singulier caractère de vraisemblance. Que si donc il n’est qu’une fantastique disposition d’incidents, toujours est-il que les parties capitales dont il se compose ne sauraient être inventées. Ce serait même alors tout bénéfice et bonheur pour nous que de rencontrer sur notre route, au lieu d’une réalité positive, un chef-d’œuvre d’iMiTAiioN. Car, dans ce chef-d’œuvre, qu’y aurait-il possibilité de voir, sinon le plus franc et naturel hommage à des phénomènes dont il serait la reproduction d’ensemble et le calque?

Ce récit, dont je reproduis les parties capitales, a pour titre : la Vérité sur ce qui s’est passé chez M. Valclemar C Le Merveilleux s’y montre moins brutal ou plus équivoque que dans les exemples précédents ; et , sous une apparence qui n’est guère supérieure à celle du principe vital de Montpellier, le Prince des corps y joue son rôle avec une admirable persévérance de naturel -magnétique. Mais prêtons une oreille attentive.

« Cédant au désir de magnétiser un homme qui fut à Varticle de la^mort^ je choisis pour sujet un de mes amis, Ernest Valdemar, le compilateur bien connu de la Bibliotheca forensica, sous le nom de guerre d’Issachar Marx. Son tempérament, singulièrement nerveux, le rendait propre aux expériences magnétiques, mais sa volonté ne m’était jamais entièrement soumise. Ses médecins l’avaient déclaré phthisique, et je connaissais trop bien sa fermeté philosophique j)Our appréhender a^icun scrupule de sa part. !'Sa maladie était de nature à permettre de calculer l’époque

' Je le lus, il y a lonytemps déjà, dans quelques feuilles publiques; lil parut plus tard, en 18.36, dans le Recueil des hist. extrciord. d’Edgar il*oe. V [Uustration du 8 mars i 836 en donne une traduction de M. Léon 'de Wailly, etc., etc.

LE MONDE MAGIQUE

de sa mort; il lut, dès lors, convenu qu’il m’enverrait chercher environ vingt-quatre heures’ auparavant. Il y a maintenant plus de sept mois que je reçus son invitation...

» Depuis dix jours que je ne l’ai vu, je le trouve horriblement changé, mais conservant toutes ses facultés intellectuelles et parlant distinctement. Les docteurs D... et F... se tiennent auprès de lui. L’état des poumons est alïreux; on attend sa mort à minuit.. . Je commence la magnétisation. M. T. L. J., étudiant en médecine, prend des notes sur ce qui se passe, Verbatim. La huitième heure sonne : les médecins le déclarent à l’agonie, et les extrémités sont glacées. Je roidis ses membres, et, vers minuit, je le mets, au dire des médecins, dans un état de catalepsie Je veux alors attirer son bras, et j’y réussis, contre mon habitude.

— (( Dormez-vous? — Oui endormi maintenant; ne

m’éveillez pas; laissez-moi mourir ainsi. » Ces mots sont tout juste perceptibles. — « Sentez-vous toujours une douleur dans la poitrine? — Aucune; je me meurs. » — On attend sa mort dans quelques minutes. Je réitère ma question; mais il s’opère un changement prononcé sur le visage du somnambule . Ses yeux roulent. . . les taches hectiques et rondes qui s’étaient jusque-là fortement dessinées au centre de chaque

joue disparaissent subitement En même temps la lèvre

supérieure se tord, et se retire des dents qu’elle couvrait; la mâchoire inférieure tombe avec un bruit qu’on peut entendre, laissant la bouche largement ouverte, et découvrant en plein sa langue noire et gonflée. Aucun des assistants n’est, je le présume, étranger au spectacle de la mort; mais le hideux aspect que nous offre M. Yaldemar a dépassé toute idée : c’est à qui s’éloignera.

» Rien, dans ce corps, plus le moindre signe n’annonce la vie; et, concluant qu’il était mort, nous nous préparons à lé remettre aux gardes, lorsqu’un fort mouvement de vibra-

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