CHAPITRE VINGT ET UNIÈME
titucle, en ces quelques lignes, l’opinion que je m’étais formée en discutant avec celui qui, malgré nos divergences d’idées politiques, voulait bien m’appelèr avec tendresse son mauvais sujet d’ami, et qui s’intéressait singulièrement au succès de mes ouvrages. (Voir ses lettres sur Dieu et les clieuæy Mœurs et pratiques , la Magie au dix-neumème siècle.) Cet homme était le T. R. P. Ventura, hier encore l’uii des éminents docteurs de l’Église militante. Une fois ou deux, notre conversation roula sur ce sujet, à propos du texte de saint Paul qu’il me semblait trouver d’accord avec la pensée que je développe. Que si, pourtant, quelque erreur ou quelque témérité se glisse dans ma parole, il est juste de l’attribuer à celui de nous deux qui n’est ni l’homme supérieur ni le théologien.
Ce que je prétends établir, en tout cas, et c’est là le nœud de ce chapitre, c’est que, dans l’homme, à la seule exception de l’âme intellectuelle, rien n’est esprit. C’est que lorsque cette àme unique quitte le corps destiné à devenir non point esprit, mais à se voir spiritualisé sous l’empire de l’âme, le corps tombe privé de vie et plein de corruption. 11 se corrompt ; mais sans que rien détruise en lui sa mystérieuse essence germinative et corporelle : ratio corporalis.
Ainsi le germe d’une graine peut-il attendre pendant des siècles, — et quelquefois môme séparé du parenchyme de sa graine, — le rayon de soleil et la goutte de rosée qui doivent le vivifier un jour! [Les graines de Pompéij etc.) Mais entre cette semence inerte par elle-méme,
et attendant dans la tombe le retour de l’âme, pour se plonger avec elle dans un nouveau milieu et y aspirer par tous ses pores une vie de corps spiritualisé; entre ce germe et le principe vital des écoles du monde idolâtre, que reconnaît une école moderne, en le modifiant, rien de semblable; et nul n’a le droit d’y chercher une ombre de similitude. Car le
U-: MONDE MAOigUE.
germe que nous supposons reste inerte, si i’ûme n’aide à le vivifier, tandis que le principe vital est une âme véritable, une Ame secondaire. Et quel que soit le but de ceux (|ui l’imaginent, ils ne peuvent se dispenser de la répandre dans nos organes pour y remplir par elle-même, sous le nominal et vain empire de l’âme intellectuelle, et souvent meme après le départ de cette âme supérieure , toutes les fonctions dont l’ensemble forme et constitue la vie corporelle.
Mais les Esprits, bons ou mauvais, se servent-ils du germe expectant de la résurrection, — s’il existe, — comme d’un moyen naturel de produire les apparitions fantasmatiques? — Je l’ignore absolument; je n’y vois pour eux nulle nécessité ; mieux j’y pense et plus j’en doute.