‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 194 sur 243 · CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME

Le scalpel de M. Flourens analyse le cerveau , tombe d’aplomb sur le principe vital, et le maîtrise. — Comment? — Ce qu’il faut penser do cette découverte. — Le pianiste et le piano.

Nous devons maintenant , reprenant notre route, ajouter aux forces de M. le rédacteur en chef de X Union médicale et de son école celles de M. le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences. Car, ce principe de vie que nous nions et que nous reléguons dans la région des chimères, le

voilà devant lui face à face; il le voit et le palpe Suivons

de l’œil la pointe si finement trempée de son docte scalpel !

« Dans mes expériences sur le système nerveux , nous dit M. Flourens, le point capital est la séparation de la vil l’intelligence, la séparation de toutes lesproprîétés vitales d’avec toutes les propriétés intellectuelles. »

» Pour LA PREMIÈRE fois , cette séparation, cette analyse est certaine, car elle est tout expérimentale. Je sépare les propriétés par les organes. J’appelle propriété distincte toute propriété qui réside dans un organe distinct. Je dis l’intelligence distincte de la vie, parce que l’intelligence réside dans un organe où ne réside pas la vie, et, réciproquement, la vie dans un organe où ne réside point l’intelligence; parce que je puis ôter V organe de l’intelligence , et Vintelligence par conséquent, sans toucher à la vie , sans ôter la lie, en laissant la vie tout entière. »

« 11 y a dans la vie des forces qui en gouvernent la matière j des forces qui en maintiennent la forme; des forces qui mettent l’ètre vivant en rapport avec le monde extérieur, et l’homme avec Dieu. J’appelle vie les deux premiers ordres de ces forces; j’appelle le troisième ordre intelligence. » {Cosmos, V. XII; ‘22 janvier 1858.)

Oh! non, de grâce! L’intelligence, autant que nous pou-

1J-: 3IONJ)K .MACIQÜK.

VOUS laisser tomber ce mot sur les facultés de la l)étc, n’est point distincte de la vie; je veux dire qu’elle n’a point un principe distinct de celui de la vie, et, si le sens des paroles de M. Mourens est le contraire du nôtre, ce qui nous semble être de toute évidence, l’honorable savant, dont les travaux sont une des richesses scientifiques de notre époque, se trompe et s’égare cette fois. Ses expériences l’auront déçu. Comment donc? Son scalpel, en supprimant l’organe de l’intelligence, supprimerait l’intelligence elle-même, et celleci serait perdue du coup? L’intelligence et son organe seraient donc une seule et même chose? Énormité que répudie sans doute le haut mérite de M. Flourens.

Qui ne le sait? l’unique effet de la suppression de l’organe, c’est d’ôter à l’intelligence V instrument à l’aide duquel elle fonctionne dans son état d’union avec le corps. Mais, cet organe enlevé, l’intelligence ne disparaît pas autrement que ne disparaît d’un concert le joueur de flûte, aux mains duquel se brise sa Ilûte entière ou l’une de ses clefs. Son instrument détruit, ou lésé, le voici réduit dans ses moyens, ou muet, mais présent, mais plein de vie musicale, plein d’ame. Eh bien donc, lorsque s’exerce l’une des facultés de notre ame, c’est le même spectacle qui se répète. L’exercice de cette faculté cesse d’être possible aussitôt que l’organe, c’est-à-dire aussitôt que l’instrument dont elle se servait, est détruit; mais la destruction de l’organe ne peut atteindre plus sérieusement la faculté dont il est l’interprète et l’agent que la destruction de la flûte n’atteint le talent ou la personne du joueur.

Aussi , quoique dans la série de nos organes chacun d’eux se distingue et diffère de l’autre, ne nous sentons- nous pressés par aucune raison d’admettre, avec M. le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, que « l’intelligence est complètement distincte de la vie, et la vie complète-

Page 1