‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 198 sur 243 · CHAPITRE VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-TROISIÈME

formayii). Ce mot, en conséquence, voudra dire, pour le moment, la force vitale, la vertu formatrice d’un être! Ainsi, lorsqu’il nous arrive de nommer la forme d’une créature vivante, ce mot, pour nous, signilie son âme, le principe formateur qui la fait ce qu elle est, et non point autre chose.

Pour les organes qu’elle vivifie, la forme est donc à la fois, et à chaque instant de la vie, une sorte de moule actif et invisible. Elle est le principe do l’action et de la configuration d’un courant de matière que sans cesse elle attire, conserve, et rejette; qu’elle travaille et gouverne, et qui, chez l’animal, a pour nom le corps.

Ayant assez dit sur ce point pour être facilement compris, j’ajoute que l’âme de la brute et celle de la plante, c’est-à-dire l’âme sensitive et l’âme végétative, ne vivent qu’aulant que vit la brute ou la plante qu’elles animent. Créées de Dieu dans le but unique de donner une vie matérielle, elles cessent d’être, ou d’avoir la vie, aussitôt qu’elles cessent de la donner. Elles ont alors rempli leur mission complète’.

Trois facultés distinctes caractérisent Vâme des végétaux : ce sont les facultés de nutrition, d’accroissement, et de reproduction !

A ces trois facultés, dont elle est également douée, la forme de la brute, ou l’âme sensitive, en ajoute trois autres particulièrement caractéristiques : la première est la faculté sensitive, ou celle d’appréhender les choses sensibles sans appréhender leur matière. Ainsi, par exemple, l’animal voit ce rocher; son âme l’appréhende, mais sans que rien entre en lui de la matière du rocher. La seconde est la

1 La science profane nie généralement ces âmes aujourd’hui, [mais en les reconnaissant sous d’autres noms. Une négation, d’ailleurs, ne, fait rien rentrer au néant ; sinon , que fussent devenues nos {)ropreSi âmes, que fût devenu Dieu lui-mème?

LE MONDE MAGIQUE

faculté estimative, par laquelle l’animal distinguera, — par exemple en fait d’aliments, — le bon du mauvais. La dernière est la faculté de spontanéité , que nous nous garderons de

confondre avec la liberté ' !

Enfin, l’ûrne intellective, ou la forme Jaimamey joint à ces six facultés trois facultés additionnelles. La première est celle de se former des idées ; la seconde est celle de raisonner, et la troisième consiste dans le liLce-vouloir '.

L’âme, c’est-à-dire la forme de la brute ou de la plante, ■est immatérielle, mais sans être pour cela même douée d’intelligence. Elle est le principe périssable qui fait que chacun de ces objets est ce qu’il est, en tant que brute ou que plante, et n’est point autre chose. La plante ou la brute, une fois atteinte par un mal ou par un coup destructeur, son âme sensitive ou végétative, c’est-à-dire sa force formatrice et conservatrice, périt. Car, pour être immatérielle, cette forme n’en est pas moins sujette. à la mort^.

^ Et comment les physiologistes qui veulent doter nos corps d’une âme secondaire, d’un principe dont les fonctions seraient d'organiser, de sensitiver et de faire végéter en nous la matière, comment ces physiologistes pourraient-ils nier au corps de la brute et de la plante l’âme sensitive et l’âme végétative ?

2 On distingue, à un autre point de vue, dans la forme spirituelle de l’homme, l’âme proprement dite et l’esprit. La première est le siège des affections, de l’amour, de la haine, du courage, du dévouement. On dit, par exemple, de l’homme dévoué : Il a de l’âme. L’esprit est le siège des qualités ou des dons de l’intelligence. Mais ces facultés diverses appartiennent à un seul et même principe. Arrêtons-nous cependant et tâchons de nous borner ici au nécessaire.

3 âlais quelles traces ne laisse-t-elle point de son passage 1 Chaque partie de l’être qui eut âme, fùt-ce même un morceau de bois, en •conserve pendant un temps V inimitable empreinte! La chimie, armée ■fie toute sa puissance, ne saura jamais, par une opération synthétique, recomposer, réorganiser une graine, un fruit, un simple rameau, dont son analyse aura décomposé les éléments ! A plus forte raison ne îîaurait-elle reformeq cette âme. Tous les savants du monde, avec tous les trésors , tous les procédés et tous les moyens de toutes les sciences, pourraient-ils créer ou refaire une graine de sénevé, y infuser et faire entrer l’esprit de vie qui doit un jour animer la plante, cet

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